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" Puisque mon coeur est mort, j'ai bien assez vécu " [Eros & Thanatos]

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MessageSujet: " Puisque mon coeur est mort, j'ai bien assez vécu " [Eros & Thanatos] Lun 22 Juil 2013 - 11:36

Edit Atalante : Enfers, le Tartare



Si nous devions commencer cette histoire à la manière d’un conte, nous aurions pu dire « Il était une fois un jeune dieu inconscient qui jouait avec le destin des hommes comme un chat avec une souris ».

Eros, petit dieu de l’amour aussi arrogant que surpuissant, aussi magnifique que frivole, était l’insouciance incarnée. A l’inverse de son frère Antéros, qui représentait l’amour sage, mûr et profond, Eros n’était que fougue et passion, il enflammait les cœurs puis les durcissaient au gré de ses envies. Quelle cruauté, me direz-vous ! Et vous auriez raison. Eros était cruel, et le pire était qu’il ne s’en rendait qu’à peine compte…

Ce jour-là, ainsi, débuta par une énième manifestation de cette cruauté joyeuse qui le caractérisait. Au sein de la société mortelle qu’il aimait à observer de temps à autres, il avait repéré une femme et un homme qui, à défaut d’être très proches, se retrouvaient souvent au même endroit au même moment. Et puisque Eros n’était pas de ceux qui apprécient d’observer trop longtemps, il décida d’agir, afin de s’amuser un peu. Il n’y a rien de plus divertissant que de tourmenter ces pauvres âmes humaines !

Aussi Eros eut l’excellente idée de percer le cœur de la jeune femme d’une flèche d’or, contraignant le cœur touché à aimer de tout son cœur celui qui croiserait son regard. Ce fut l’homme. Afin de rendre le jeu plus palpitant, Eros se garda bien de tirer une flèche en sa direction à lui, c’eut été trop facile et trop ennuyeux. Ce fut ainsi que la jeune femme se consuma d’amour pour un homme qui n’était qu’à peine conscient de son existence, tandis qu’un des dieux les plus puissants de l’Olympe riait à gorge déployée.


Eros rit longtemps de sa petite entreprise, tout à fait réussie selon lui. Puis il l’oublia. Ce ne fut que quelques temps plus tard que tout fut différent, lorsque de retour dans les environs, il découvrit la jeune femme, dont l’aspect était si changée, si misérable, que même Eros en fut bouleversé. Le choc fut tel que l’émotion le transforma aussitôt en petit enfant, comme cela lui arrivait parfois. Ainsi dissimulé derrière un épais nuage, il examina son ancienne victime. Elle mendiait avec pitié, le regard vide et douloureux, une main décharnée tendue vers les passants qui ne lui adressaient ni mot ni regard. Ses vêtements, autrefois ouvragés, n’étaient plus que haillons. Et les traits de son visage… Tirés, affaissés, défaits, tristes… Oh, si tristes ! La gorge d’Eros se noua brusquement.

Enfin, tout ceci ne pouvait pas être entièrement sa faute ! Elle avait dû connaitre quelques tourments qui avaient mené à cette décadence. Afin de s’en assurer, Eros décida de prendre une apparence mortelle et de venir la voir. Il quitta son perchoir céleste et, sous sa forme d’enfant commun, traversa la ruelle avant d’apparaitre devant la jeune femme. Ses yeux étaient si vides qu’elle ne semblait même pas le voir.

   -  Dame, vous m’avez l’air malade, dit-il de sa petite voix.

La femme porta enfin son regard sur lui, un petit sourire amer étirant ses lèvres sèches.

   -  Comme tu es beau, mon enfant.

Sa voix semblait brisée.

   -  Que vous est-il arrivé ?

   -  J’ai connu l’Amour. Et l’Amour m’a détruite. Vois-tu cet homme là-bas ?

Eros tourna la tête.

   -  Oui.

   -  J’ai tout donné pour lui. D’un seul coup, il est devenu mon obsession, ma raison de vivre, ma vie entière. Mais mes transports n’étaient pas partagés. Il m’ignora et me rejeta sans ménagement. Alors… J’ai tenté de le conquérir, par tous les moyens. Je lui ai offert mains trésors, et j’ai ainsi perdu tout ce que j’avais. J’ai délaissé mon enfant, pour mieux épier les allées et venues de cet homme, et mon enfant est mort de faim. J’ai tenté de le rendre jaloux, en m’offrant à d’autres hommes, même les plus malvenus, et j’en suis tombé malade. J’ai tout perdu. Par amour. Mon enfant, je t’en conjure, ne tombe jamais dans le piège de l’Amour. L’Amour est maudit. Et moi, je maudis l’Amour !

Eros fut si ébranlé par ces propos que des larmes perlèrent à ses yeux. Mais quelque chose de pire encore survint. La jeune femme se leva, le visage complètement impassible, comme si son âme-même l’avait quitté. Elle regarda le monde sans le voir, puis elle se retourna et monta sur le muret qui se trouvait derrière elle. Eros le remarquait seulement, mais il ne s’agissait pas réellement d’un muret. C’était en vérité une rambarde, car ils se trouvaient sur une sorte de pont, perché à plusieurs dizaines de mètres d’altitude. Avant qu’il eût eu le temps de comprendre ce qui se passait, la jeune femme sauta dans le vide. Elle ne cria pas, et le bruit de sa chute fut aussi silencieux que celui d’un oiseau se posant sur son nid.

Eros, qui était le seul à avoir assisté à la scène – un mendiant qui meurt ne reçoit pas les regards de la foule, de la même façon qu’un empereur qui nait les reçoit tous – et il fut ainsi le seul à étouffer un cri d’horreur. Il dut détourner le regard lorsque, se penchant par-dessus le rebord, il aperçut la silhouette gisante de celle dont il avait précipité la perte. Un effroi glaçant envahit tout son corps. Il était tétanisé.



Pendant plusieurs jours, Eros fut incapable de la moindre action et de la moindre parole. Plus rien ne l’amusait, ne l’égayait, ne l’intéressait. Il avait même renoncé à retourner dans le palais céleste de sa mère, tant la compagnie d’autres dieux le contrariait. Il voulait, il devait être seul. Mais plus les jours passaient, plus Eros comprenait qu’il ne trouverait pas d’issue appréciable dans cette tragédie. Il fallait qu’il fît quelque chose, car le temps seul ne suffirait pas à le sortir de là.
Ce fut ainsi qu’Eros, dieu infantile et lumineux, se rendit à un lieu qu’il n’avait jamais foulé, et qui en rien ne lui correspondait. Le Tartare.

Il paya son du à Charon qui le mena sur le Styx, tandis qu’Eros tentait de toutes ses forces de garder une contenance. L’atmosphère sombre et brûlante des Enfers, sans parler des cris plaintifs des âmes égarées qui lui parvenaient aux oreilles, contrastait fort avec son environnement coutumier. Il tremblait de peur. Charon devait le mener directement à Thanatos, Dieu de la Mort, une figure dont Eros avait entendu parler maintes fois, mais que jamais encore il n’avait approché. Il aurait d’ailleurs préféré qu’il en restât ainsi.



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