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Il Faut Deux Rebailes pour voler [Icare et Hermès]

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MessageSujet: Il Faut Deux Rebailes pour voler [Icare et Hermès] Dim 20 Mai 2018 - 10:07

Aujourd'hui, je ne vais pas vraiment bien, j'ai besoin d'être seul. J'ai besoin d'être loin de tout, loin de tous ces maudits dieux, loin des humains aussi, qui ne valent pas mieux qu'eux, loin des monstres que je ne voulais plus combattre, loin des amours de Papa, loin de la nature, loin de la vie, loin de l'idéal, mon bel idéal tant convoité, je veux être seul, m'éloigner de moi, même. J'aurais aimé m'exiler dans le néant, mais je n'ai trouvé qu'un arbre, perdu dans un désert de plaine, aux environs d'Athènes. Je me cache sous son ombrage, quand une dizaine de souvenirs m'assaillissent, et, comme frappé par un éclair, je comprend que cet oranger, derrière moi, est à l'origine de tout, de mes convictions, de mes idéaux, de ma liberté.


Non, c'est juste une coïncidence.




Je me rappelle de ce jour comme du plus important de ma vie, une vaste plaine, un simple oranger, et, dessous, une infinie tristesse. Je sortais d'Athènes, je venais d'y porter au roi, Egée, une missive, de la part de papa. Je n'avais eu aucune information de sa part sur son contenu, et il m'était impossible de l'ouvrir, celle-ci était scellée, je n'avais même pas le droit de savoir pourquoi je parcourais les montagnes, pourquoi je traversais les océans, je devais juste obéir bêtement, et plus le temps passait, plus j'avais envie de tout foutre en l'air, de m'enfuir, de ne plus jamais revenir, de vivre comme un mortel, de me fondre dans la masse, de m'éteindre comme une étoile en plein jour, j'avais envie de lui faire avaler, à papa, ses messages, les cadavres des monstres que j'ai dû tuer pour aller libérer sa bien-aimée qu'il oubliera le lendemain, alors que moi, son visage, sa voix et son nom résonneront dans ma tête jusqu'à sa mort. Pas par amour, par respect envers quelqu'un que j'ai libéré, par admiration envers leur visage rempli de reconnaissance ... Si seulement papa faisait de même après chacune de mes missions ... Quand je me vois coucher avec toutes ces filles, je crois comprendre pourquoi je n'arrive pas à être amoureux, je crois que papa a du mal à faire la différence entre romantique et érotique, parfois. Enfin bon, je me suis quelque peu égaré dans mes pensées.

Ce jour-là, je sortais donc d'Athène, lorsque je vis, adossé à ce même arbre, du moins je crois, un adolescent, qui pleurait encore et encore. Il pleurait à en purifier le Styx, a en éteindre le foyer d'Hestia,  il aurait même pu parvenir à toucher le cœur de pierre de Gaïa avec ses complaintes muettes. Le garçon devait avoir environ la vingtaine, les cheveux hasardeux, les yeux d'un bleu céleste, noyé dans un torrent de sanglots, cela me faisait mal de le voir comme ça, réellement, je n'aime pas voir des gens pleurer, encore moins des humains, ils ne doivent pas perdre du temps à pleurer, ils doivent vivre, profiter, s'amuser, ils ne sont pas immortels, eux. Je l'ai observé pendant plusieurs minutes, je ne savais pas quoi faire. J'avais peur d'être trop brutal et de raviver sa tempête de pleurs, mais j'avais peur aussi de ne pas l'aider, de le laisser là, seul, malheureux. Alors j'ai fait la chose la plus stupide qu'il m'ait été autorisé de faire, comme si ça ne pouvait être pire que mes autres idées. Avec un air le plus confiant possible, je m'assis à côté de l'enfant, et j'essayai de lui parler, de le consoler, ma main posée sur son épaule droite :    


- Euh ... Ca va ?

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MessageSujet: Re: Il Faut Deux Rebailes pour voler [Icare et Hermès] Jeu 24 Mai 2018 - 20:02

Ces derniers temps Icare avait beaucoup réfléchit. Il réfléchissait avant aussi, c'est un fait, mais cette fois, il réfléchissait aux choses qui comptaient vraiment. Il n'était plus question d'inventions, d'Amour, de vengeance : désormais, il philosophait sur son avenir. Voilà deux semaines qu'il avait quitté Athènes, que Talos était mort, que son père avait été arrêté. Depuis, il vivait dans la peur, n'osait plus rentrer chez lui, avait trouvé une amie qui avait accepté de l'héberger à l'extérieur de la ville. Il ne dormait plus, ou trop peu pour que l'on puisse qualifier cela de sommeil. Ses peurs le suivaient dans ses rêves et quand il fermait les yeux, c'était pour voir le visage horrifié de son cousin avant qu'il ne dévale la pente de l'Acropole. C'était Icare qui l'avait poussé, et il frottait sans cesse ses mains qu'il pensait couvertes du sang de son rival, et bientôt de celui de son père si celui-ci persistait à plaider coupable lorsque les juges lui demandaient s'il avait tué son neveu. Icare, lui, se taisait. Assistait silencieusement à la condamnation de son père. Les dieux le haïssaient, il avait été victime de leurs machinations pour lui faire perdre la raison.

Une victime, voilà ce qu'il était.
"Victime", un mot que les non croyants auraient remplacé par "lâche".

Alors, il avait pris la décision de s'isoler, avait besoin de tuer ses démons, sa tristesse et ses remords. Il avait trouvé cet oranger, loin de tout, prêt à le recevoir. Un bref coup d'œil aux alentours confirma son intuition : il était seul. Icare s'effondra, hurla jusqu'à ce qu'il n'en ait plus la force. Il espérait que les dieux entendraient son cri : il voulait qu'ils voient ce qu'ils avaient fait. Le jeune homme se sentait prêt à exploser, son désespoir avait laissé la place à une colère sans nom. Il se redressa, abattit son poing contre le tronc robuste de l'arbre fruitier. Sa main produisit un craquement sec, l'écorce aussi, et la douleur irradia dans son bras. L'arbre solitaire, bien qu'extérieur aux malheurs du garçon, en subit pourtant la colère. Coups de poings et de pieds s'écrasaient sur son corps de bois. L'arbre ne bougeait pas mais le jeune homme, lui, souffrait un peu plus à chaque coup. Bientôt, toutes ses forces l'abandonnèrent et il ne lui resta plus que ses yeux pour pleurer sur son malheur. Adossé contre l'écorce, il s'abandonna à la tristesse et à la résignation.

L'oranger était comme les dieux : insensible aux assauts du mortel. L'attaquer, c'était souffrir sans qu'il n'en soit affecté. C'est pourquoi les Hommes avaient inventé la hache. Mais existait-il une hache capable d'abattre un dieu ?

Un homme vint s'asseoir à côté du garçon qui ne le vit pas arriver. C'est ainsi lorsque la peine est trop intense : on se recroqueville dans son monde en oubliant que d'autres peuvent y entrer. L'inventeur releva les yeux vers le nouveau venu, essuya précipitamment les larmes qui ruisselaient sur ses joues. À quoi bon ? Ses yeux rouges et emplis de larmes reflétaient à eux seuls le malêtre qui l'habitait.

- Fichez le camp...

Un souffle, un murmure échappé alors qu'il détournait le regard, des paroles prononcées sans force, sans volonté - il n'en avait plus. Pas plus qu'il n'avait le courage de répéter sa phrase ou de se lever pour trouver un autre oranger au pied duquel il pourrait maudire les dieux en silence.
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MessageSujet: Re: Il Faut Deux Rebailes pour voler [Icare et Hermès] Mar 12 Juin 2018 - 18:28

- Fichez le camp...

Du désespoir, c'est ce que je lisais dans ses yeux, c'est ce que je percevais dans ses mots. De la douleur, de la souffrance, quelque chose de profond, de profond et de sincère. Ca me faisait mal de le voir comme ça. Je ne le connaissais pas, je ne savais pas pourquoi il pleurait, et je ne comprenais pas comment je pourrais l'aider, et je pense que j'aurais du partir. Je ne sais plus pourquoi j'étais resté. D'ailleurs, je comprend qu'il ait réagi comme ça, j'avais été très maladroit, beaucoup trop. Je n'étais pas parfait. J'étais impuissant, beaucoup trop impuissant. Un dieu. J'étais un dieu, je devrais pouvoir réconforter ceux qui ont de la peine, les rendre heureux. Ca me sert à quoi d'être immortel si je ne peux rien faire durant toute cette éternité ? Au final, un dieu ne vit pas éternellement, il existe juste éternellement. L'éternité … A croire que l'ouragan doit rester figé dans la mer, que le navire doit parcourir toujours le même voyage, que Calpyso est condamnée à rester éternellement sur sa même île utopique, cernée de toute part par un océan infini et gris d'ennui. Un océan né de toutes les larmes de tous les êtres. Un Océan qui n'aurait jamais dû exister. Mais sans eau, pourrait-on avoir cette même envie de voyage, de partance et liberté qui nous prend ? Sans ennuie, pourrions-nous nous révolter ? A vrai dire, je n'en sais rien. D'ailleurs, en parlant de calypso, est-elle vraiment malheureuse ? Elle mène sa vie paisible, sur son île, avec ses servantes, sa plage, son palais, ses robes. Et puis viennent parfois des voyageurs. Ils lui apportent l'odeur de la mer, ainsi que les récits de leurs épopées. Est-elle heureuse ? Peut-être. Tout dépend de si elle a trouvé le sens à sa vie où non, en son exil. Et ouais, qu'est-ce qui vous fait croire que je ne suis pas philosophe, dans mes temps perdus ? J'étais donc perdu dans mes réflexions les lus fantasmagoriques et les plus désorganisées, le temps passait. A côté de moi, cet inconnu, il pleurait, il pestait contre l'oranger, il hurlait, il souffrait. Je … C'est bizarre. Je ne ressentais rien. Je restais calme. Et pourtant, j'avais mal à le voir, un peu comme si quelqu'un appuyait sa dague contre ma gorge. Je restais calme comme un dieu, conscient de son immortalité. Mais j'avais mal, comme un homme. Et dans ce cas, j'était plus humain que dieu. Les dieux, eux, pour s'amuser durant l'éternité, ils baisent, ils violent, ils festoyent. Moi je ne sais pas aimer. Alors j'attend.




S'il te plait, laisse-moi t'aider. Ca me fait mal de voir quelqu'un comme ça.
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MessageSujet: Re: Il Faut Deux Rebailes pour voler [Icare et Hermès] Jeu 19 Juil 2018 - 19:44

Dans un sens, la phrase de l'inconnu l'apaisa. Icare ne resentait plus les rien, les émotions l'avaient déserté. Ni la peine, ni la peur ne chuchotaient plus à son oreille des mots qui l'auraient enfoncé plus profondément dans son malheur. Seule la voix de cet homme résonnait dans son être, un son qui illuminait les ténèbres, une main qu'il pouvait saisir, des épaules sur lesquelles partager un peu du poids qui reposait sur les siennes. Cela faisait bien longtemps qu'on ne lui avait pas proposé de l'aide. Généralement, les gens se contentaient de le  regarder comme le fou qu'il était, s'éloignaient comme si sa démence était contagieuse. Certains avaient peut-être voulu l'aider mais jamais ils ne l'avaient formulé aussi clairement que cet homme assis à côté de lui. Il n'y avait qu'un inconnu pour lui proposer un coup de main. Ceux qui le connaissaient savaient qu'il était perdu.
Un sourire étrange fendit les lèvres de l'inventeur alors qu'il articulait dans le vide :

- À moins que tu ne possèdes une hache capable d'abattre un dieu, tu ne peux rien pour moi.

Un son à mi-chemin du rire et du sanglot monta de sa gorge. Comme si cet homme pouvait faire quoi que ce soit pour lui. À cet instant, Icare aurait presque souhaité que le grand Zeus abatte sa foudre sur l'oranger, qu'il foudroie les deux malheureux qui se trouvaient à ses pieds et que l'inconnu comprenne enfin l'injustice qui frappait le garçon.

- Les dieux sont cruels, ils me prennent tout. Ils ont rasé Paphos, ils me poussent au meurtre et maintenant, c'est mon père qu'ils souhaitent me prendre. Les dieux sont tellement cruels...

La voix était monocorde, l'énonciation d'un simple constat. L'Athénien ne savait pas pourquoi il disait ça, il voulait simplement parler, comme pour justifier ses actes. Son interlocuteur n'en n'avait certainement rien à faire, c'était même fortement probable. Mais ça faisait du bien à Icare de partager sa peine tant que l'homme ne lui disait pas la vérité en face : qu'il était devenu fou.
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