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Didon, les flammes et les vagues

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MessageSujet: Didon, les flammes et les vagues Jeu 11 Aoû 2016 - 18:45

Carthage
Didon
Carte d'IdentitéDidon
Nom : Didon
Surnom : La Reine de Sang
Âge : 40 ans
Type de personnage : Mortelle
Caractéristiques principales :
Obscurité, dureté, tendresse enfouie
Dieux et Déesses vénérés :
Didon croit en elle-même. Elle ignore les dieux, même si elle sait qu'ils existent.
Demeure : Palais de Carthage
Description détaillée
Enfance

Un trait de lumière déchire l'univers. L'air presse contre les membres. Le froid fait glisser ses dents sur la peau. La coquille molle se referme autour de sa perle.
Les dents sont revenues. Des lignes d'or flottent dans les airs, et un rectangle pourpre. Du fonddes ténèbres, l'urgence surgit et emplit toute la pièce. L'équilibre engourdi se défait. Une vague se dresse, puis amène un repos tiède et cotonneux.
Les dents viennent toujours. Toujours la vague les chasse. Mais la coquille a disparu.

La suivante s'efforce de me faire apprendre des choses. Elle m'ennuie. Je ne peux que lui lancer ce regard vide, teinté de noir. Je sais déjà tout ça. Je l'ai lu dans les parchemins.
Pygmalion est là. Non, je ne veux pas jouer avec lui. Il ressemble trop au père. Il est si jeune, et il se prend pour un guerrier, puis pour un diplomate, et là, il veut se faire monarque et moi, je devrais être sa femme. C'est hors de question.
Le père est pitoyable, assis là sur son trône, tout tremblant, à lire à la hâte, à crier des ordres dans toutes les directions, sans aucun soin pour leur destinataire. Il est le détestable. Et il fait des erreurs. Je le vois bien – j'ai tenté de lui dire, une fois, et il n'a pas écouté une petite fille. J'ai vu les conséquences. Lui a préféré fuir derrière un bouclier de justifications, invoquant autant de causes extérieures ad hoc que de desseins divins pour expliquer son échec. Mais je sais que les dieux n'ont que faire du misérable pantin qu'il est.

Adolescence

Le mariage s'était passé sans encombre. J'avais écouté attentivement tout ce qu'on m'avait dit, fait une liste très détaillée dans mon esprit, répété les mouvements, et contrôlé la qualité des vêtements. Longtemps, devant le miroir, je m'étais exercé à feindre les expressions ; joie, excitation, amour : j'étais à présent capable de me tromper moi-même en extérieur, tout en restant sous le masque un pilier de glace. Je suis le symbole de la stabilité, et non un papillon de feu qui s'éteindra après le délice. De toute façon, ce mariage avec mon oncle n'était qu'une question de politique : Sychée, plus jeune que le père, lui succéderait bientôt. Mais comme il semblait me trouver des attraits, j'allais au moins lui faire croire un temps que la chose était réciproque ; qui sait, je pourrai peut-être gagner un peu d'influence et l'empêcher de foncer tête baissée dans le mur ?

Nous sommes parvenus à une sorte de marché tacite. Il me laisse faire ce que je veux la journée, et je le laisse faire ce qu'il veut la nuit. Je passe mon temps à étudier, à regarder par-dessus son épaule pour contrôler les décisions importantes, puis je vais flâner dans la ville où je rencontre les sujets et j'écoute leur vie. Tyr est fascinante pour ses gens. J'ai passé trop de temps enfermée dans le palais pour ne pas aller glisser dans les rues et observer des vies si différentes, si lointaines de la mienne, et pourtant que je sens si proches. Je me sens comme le vent, venant de nulle part et partout à la fois, courant puissante dans les rues, sans poids, enveloppant doucement les gens dans un tourbillon, avant de disparaître subitement. Puis lorsque le soleil commence à caresser les crânes des bâtiments, je prends le chemin du retour, toujours teinté de l'ambre du soir qui me fait un manteau. Enfin la nuit tombe, et je vois le visage fatigué de Sychée. Je m'apprête pour la nuit sous ses yeux, et son visage regagne un peu de vie. Mes entrailles remuent à l'idée qu'il trouve du réconfort dans mon corps. Je le sais faible ; la royauté lui écrase les épaules. Mais après tout, c'est lui qui refuse de me laisser faire. Alors il me révulse, pendant qu'au plus profond de moi une petite étincelle ne veut pas s'éteindre, elle répète qu'il a besoin d'anesthésier sa souffrance, et que je peux lui offrir cela. Au fond, c'est un homme bon, un peu naïf et maladroit par moments ; mais tous me semblent inexpérimentés et étroits d'esprits. Par moments, il m'impressionne même en gérant correctement certains problèmes, et seuls. Mais ce qu'il fait la nuit me remplit d'une liqueur noire et gluante. Voilà comme tous les soirs l'instant de bascule, où je choisis de lui résister ou de lui céder. Voilà comme tous les soirs sa voix qui me sort de ma rêverie, douce, avec une pointe d'inquiétude, brisée, mais tendre. Il ne se rend compte de rien. Comment peut-il être aussi aveugle ? Et aussi entêté à garder le pouvoir ? La chaîne qui me retenait debout cède, un drap couvre la mare noire qui bouillonne, et je vais me coller contre lui.

C'est marée haute. Le vent souffle dans mes cheveux et emporte cette couche molle qui me recouvrait. On a sorti des étendards. Je n'irai pas à l'enterrement. J'ai encore assez à faire avec la bibliothèque. Et pourquoi assister aux funérailles de celui qui pour moi était un fantôme ? Il y avait eu bien moins de pompe pour ma mère. Mais elle était forte, au moins. C'est ce que racontaient les suivantes, quand elles s'asseyaient à côté de moi, sur le grand lit, parce que je leur avais demandé de me parler de maman ; leur regard quittait le monde physique, et elles se rappelaient une femme tendre, qui faisait attention à elles, à leurs vies et leurs proches, et qui tenait tête au père lorsqu'il avait une idée déraisonnable. Alors, elles me prenaient la main, posaient leurs yeux sur mon visage, soulevaient légèrement les commissures de leurs lèvres, et me disaient que je lui ressemblais beaucoup, à cause de mes cheveux, de la natte serrée que je leur faisais à l'arrière, et de mes yeux gris. Je sentais qu'elles m'aimaient bien. Elles avaient l'air de souffrir avec les deux garçons, j'avais pu observer quelquefois comment ces écervelés les traitaient. Je voyais bien que moi, en comparaisons, leur offrais repos et soulagement. J'aimais ce rôle de pilier diffuseur de sérénité. Mais je fulminais aussi contre les rois dérisoires qui étalaient leur être et leur injuste pouvoir en écrasant les autres. Pour tout le calme que je faisais couler en fleuve autour de moi, il y avait la même quantité de lave qui s'accumulait en moi dans un creuset, comme si huit Phlégétons confluaient en spirale vers le point le plus intérieur de mon intérieur, mêler leur feu au sombre dégoût liquide qui repose là.

Sychée est mort. Pygmalion a tué Tyr avec lui. Je pourrais m'opposer à lui, en tant que femme du souverain, mais il a de nombreux partisans. C'est aussi mon cas. Me prononcer officiellement contre lui déclencherait définitivement la guerre civile qui est sur le point de naître. L'hostilité monte dans la ville, entre les partisans de Sychée et ceux de mon frère.
Cela ne peut pas continuer ainsi. Je ne peux plus me promener dans Tyr et m'y sentir en sécurité, et même au début, je sentais que quelque chose avait irrémédiablement changé. Il va me falloir sauvegarder tout ce que je pourrai, puis partir avec ceux qui me sont fidèles.
Dans les nuits qui ont précédé, nous avons chargé un navire de tout ce qui pouvait être emmené sans attirer trop l'attention. Mais cette nuit, pour le départ, nous allons voler les parchemins que j'ai repérés et discrètement marqués les jours précédents, puis ils iront rejoindre les vêtements et les bijoux dans l'endroit le plus protégé du navire. Nous embarquerons aussi des vivres pour deux mois, le nécessaire pour survivre en mer, et les outils les plus fondamentaux dont nous aurons besoin pour nous reconstruire une ville. Voilà, j'ai vu monter à bord tous les hommes et toutes les femmes. Toutes mes suivantes sont là aussi sauf… Ah, voilà. Celle qui était chargée de voler une part du trésor royal – je lui ai dit de prendre exactement la moitié, mon dû, mais je le distribuerai entre chacun de mes sujets lorsque nous serons établis. Bien. Tout est près à présent. Il est temps de lever l'ancre. Adieu Tyr.

Sous la lumière de la Lune, alors que Tyr s'éloigne, je pense d'abord à Pygmalion. Petit frère… Aurais-je pu faire quelque chose de différent pour t'éviter de sombrer dans une telle folie du pouvoir ? Si j'avais joué avec toi, aurais-je pu modifier même légèrement la teneur de tes imaginations ? Aurais-je pu apaiser ce cœur assoiffé de force et de contrôle, en diminuant l'instabilité profonde qui habite au fond de toi ? Je sais que maman te manque à toi aussi. Elle manquait aussi au père, ça l'a brisé encore un peu plus. Mais elle manque également aux suivantes que tu méprises dans ta souffrance, et à tout Tyr dont tu t'apprêtes à devenir le tyran. Ô Tyr. Des années de souffrances t'attendent. Puissiez-vous agir dans le sens de votre bien ; vous ne m'avez pas tous suivie, mais je vous connais, je sais vos peurs et vos tristesses, je sais vos forces et vos désirs, je ne peux plus qu'espérer profondément que vous utiliserez ces trésors qui affleurent à votre surface.

Nous nous sommes arrêtés pour faire escale à Chypre. Nous avons fait le plein de provisions, et de nombreux membres de l'équipage ont aussi fait connaissance d'une personne avec qui ils souhaitent partager leurs vie, et qui ont accepté de venir avec nous. Je vois d'un bon œil l'arrivée de ces nouveaux sujets, mais reste étrangement distanciée de ces relations d'amour ; je leur suis étrangère, elles me semblent relever d'un autre monde que celui-ci, comme si tous ces gens sortaient d'une ancienne légende, ou du mythe des origines.

Nous avons débarqué à de nombreuses reprises sur la côté, au Sud. Mais il n'y a jamais eu nulle part pour s'établir avant celle-ci. L'emplacement me semble parfait : sur cette portion délicieusement rectiligne de littoral, on pourra établir une magnifique ville portuaire, redévelopper le commerce maritime et avec lui les chantiers navals, et de nombreux autres métiers. À peine débarqués – quelqu'un avait dû voir le navire arriver et alerter des soldats – le roi des lieux arrive, monté sur un magnifique cheval dont, bien sûr, il ne descendra pas. Jouant mon rôle comme je sais si bien le faire, je lui fais une grande révérence, le flatte et m'humilie devant lui, le priant de m'offrir une terre. Il a l'air réticent, mais je perçois un peu d'hésitation dans ses yeux. Je sais aussi qu'il ne me donnera jamais autant que ce dont j'ai besoin, même s'il consent, avec une réticence palpable, à me donner quelques terres. Je vais donc jouer sur son ego : en me montrant apparemment ridicule, il acceptera mes termes sans réfléchir, et je parviendrai à mes fins. Il ne devra me donner, lui dis-je, qu'autant de surface qu'il peut en tenir dans cette peau de bœuf, que tient là ma suivante (elle la déplie et la montre ostensiblement). Il rit aux éclats, bien entendu, et accepte, sous-entendant avec une subtilité très discutable que tous mes sujets devront rester dans le navire tandis que je dormirai debout sur la peau de bœuf qui me sert de royaume. Silencieusement, je le remercie et le prie de revenir le lendemain pour l'attribution des terres selon les termes d'un marché que je lui ai fait signer sur parchemin.
Les chevaux galopent vers l'intérieur des terres. Je les observe un moment avant de me retourner : sous le regard du soldat qu'il a laissé pour vérifier que j'honore bien ma part du marché, j'appelle les couturières et les couturiers, les tanneuses et les tanneurs, et je leur demande de couper la peau dans le sens de l'épaisseur dans autant de couches qu'ils le pourront. Oui, si elle n'est coupée qu'en deux, cela ira aussi. Ensuite, ils devront la couper en de très fines lamelles mises bout à bout, de manière à maximiser la longueur totale de la ligne qu'on pourrait tracer avec. Puis, chacun, pendant la nuit, s'activera pour disposer à terre, en demi-cercle contre la côté, les lamelles de peau de bœuf, selon le tracé que nos géomètres auront déterminé.
Le lendemain, la grande Carthage est née.

Âge adulte

Les rois du voisinage font pression pour que je me marie. Il en est hors de question. J'envoie des diplomates, et j'organise des rencontres entre souverains, auxquelles je me montre inflexible et dure. Ils finissent par me craindre, et me respecter, ainsi que mon célibat.La ville se développe petit à petit, à son rythme : heureusement, nous ne manquons pas de ressources, et le commerce, opérationnel des les premiers jours, nous permet d'obtenir ce qui nous manque sans difficulté. Les premières habitations n'ont mis qu'un mois à s'élever. Le palais a été fini en cinq ans. Vingt ans après la première foulée sur cette nouvelle terre, la population a été multipliée par cinq, entre les enfants et les nouveaux venus, et nous avons enfin une ville complète, fonctionnelle, et il ne semble plus à quiconque que nous avons été un jour chassés de notre ville. Car notre ville, c'est Carthage.
Peu de choses ont changé, et pourtant tout est nouveaux. Les tracés des routes sont plus intelligents, planifiés et non organiques, aléatoires, mais nous avons de petites rues agréables aussi. Je flâne toujours dans la ville, perpétuant mon ancienne habitude et entretenant ma tendresse pour les humains que je vois partout. Enfin, la ville est gérée selon mes directives, et les gens sont visiblement heureux.
Mais pas moi. Je reste constamment sur mes gardes, prête à une odieuse trahison de la part d'un de mes hommes. Pygmalion a laissé une trop vive blessure en moi. Je me regarde dans le miroir. Qui suis-je ? Qui est-ce ? À qui est ce nez fin, mais un peu long, ces yeux cendrés mais fatigués, et ce regard dur, implacable ? À qui, cette bouche pincée, à qui, cette peau légèrement brune qui commençait à perdre de son lisse ? À qui cette silhouette invariablement droite, inébranlable, ce chignon si propre et imposant, ces bijoux sophistiqués, ces robes qui se promenaient d'une nuance de rouge à une autre – noires les jours de colère, blanches les jours de deuil – et ces mains, ces mains usées, frêles et parfois tremblantes… À qui donc est tout cela ?
Mes yeux glissent sur le miroir, jusqu'au sol. Je me ressaisis, mais la fenêtre capte mon regard. Il y a la mer, là-bas. Je me rappelle la coquille que me faisait ma mère. La vague de la couverture. Et je les vois, les vagues, inlassablement qui recouvrent le sable sur la plage. « Nous te faisons une couverture », elles disent, « nous te ferons toujours une couverture. » Elles vont, reviennent, imperturbables. « Mais nous ne sommes pas ta mère, nous sommes le monde (elles s'élancent, s'écrasent), nous sommes indifférentes à ta vie, à toutes les vies, mais nous te ferons une couverture. »
Je me lève. Je me drape dans ma robe chaude, dans ma robe de lave. Toute mon ardeur dans un vêtement, pour combattre la mort, pour combattre la vie. Un jour j'irai noyer mes flammes sous la mer.
Thanatos
Carte d'Identité
Thana Surnom / Pseudo : Thana / Thanatos
Pourquoi ce personnage : Pour sa prestance, sa dureté extérieure qui m'intéresse beaucoup. Parce que c'est une reine. Et parce que j'ai envie de réinterpréter son suicide.
Ai-je pris connaissance du règlement ? Joker administrateur ♥
Comment ai-je découvert le forum ? Connu de toute étnernité ~
Des choses à ajouter ? Didon est de retour les amis ♫
Bon, du coup j'ai pas vraiment respecté le format d'une fiche de présentation normale, mais en tant qu'administrateur je vais considérer que les cases habituelles sont surtout à titre indicatif, et de toute façon il y a dans cette fiche à la fois son histoire, sa généalogie, son caractère et son physique. Donc voilà <3


Dernière édition par Didon le Dim 4 Sep 2016 - 4:25, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Didon, les flammes et les vagues Jeu 11 Aoû 2016 - 18:55

Oh, dis donc, Didon, tu as fait une présentation, je suis très surpris, oh là là !

Bah du coup tu es validée quelle surprise mes amis.

Edit : (Bon je vais pas me mettre des oboles moi-même non plus, et il faut que je pense à réinitialiser ce compteur)

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