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La vie immédiate [feat Hadès]

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MessageSujet: La vie immédiate [feat Hadès] Jeu 7 Mai 2015 - 19:43

Ma présence n'est pas ici.
Je suis habillé de moi-même.
Il n'y a pas de planète qui tienne
La clarté existe sans moi.
Née de ma main sur mes yeux
Et me détournant de ma voie
L'ombre m'empêche de marcher
Sur ma couronne d'univers,
Dans le grand miroir habitable,
Miroir brisé, mouvant, inverse
Où l'habitude et la surprise
Créent l'ennui à tour de rôle.


Il y avait encore du bruit, dans le royaume des morts. Étonnant.

Perséphone effleura du bout du doigt la surface de l’eau. C’était comme une feuille de papier que l’immobilité de sa peau venait trancher nettement. Le fleuve était lisse et s’écoulait sans remous autre que ce bruissement qu’elle entendait aujourd’hui. Seule la marque de son doigt fendant l’équilibre plat de cette fuite en avant venait perturber mollement la monotonie du spectacle pendant quelques centimètres en aval, avant que tout ne redevienne comme avant.

Tout finissait toujours par rentrer dans l’ordre. Nulle place ici pour le hasard, tout était calculé et millimétré avec soin, presque amour, par son digne époux le roi des Enfers. Le seul Dieu qui ait un véritable pouvoir sur les humains d’ailleurs, songea Perséphone.

Tout finissait par rentrer dans l’ordre et cela la rendait folle. Au commencement de son ère infernale, la déesse fille n’entendait jamais aucun bruit. Elle ne percevait strictement aucun de ces petits parasites de la vie quotidienne qui nous accompagnent comme un essaim en arrière-plan, quelle que soit notre activité. Ici, le silence était complet. Les fleuves étaient muets, les âmes sourdes et aveugles et les esprits ici étaient de ceux qui s’étaient tus. On n’imagine pas comme la musique de la vie, aussi faible soit-elle, peut vous manquer.

Mais c’était un parti pris. Cette mélodie toujours renouvelée est frivole et éphémère, et Perséphone avait du accepter que la frivolité n’était plus son apanage. Elle avait appris à aimer les Enfers et leurs lois autant qu’elle aimait Hadès.

Voilà pourquoi, probablement, elle entendait ce jour-là couler le Cocyte. C’est avec des gouttes d’eau qu’on fait des océans, n’est-ce pas. Ou bien avec des larmes qu’on fait des fleuves.

Même aux Enfers on trouvait plus gai que ce coin du Tartare pour une promenade digestive, mais Perséphone trouvait une étrange sérénité à cette atmosphère sous tension perpétuelle. On sentait que l’ambiance du lieu aurait du atteindre un point de rupture, mais l’éternité était scellée pour les âmes qui y demeuraient et la reine des Enfers se retrouvait un peu dans ce mélange bizarre de déséquilibre et de stabilité.

Perséphone était songeuse. Elle avait conscience d’avoir changé en profondeur depuis le début de son ère, mais elle ne pensait pas en arriver là un jour. Avait-elle donc à ce point oublié qu’elle venait à l’origine de la surface de la Terre et non de ses entrailles ? Il lui semblait, maintenant qu’elle se trouvait là et s’y sentait chez elle, qu’elle était faite pour régner sur les Enfers. Elle avait juste besoin d’un peu de temps encore pour découvrir complètement la vraie Perséphone. Pas celle qui folâtrait au soleil, mais la souveraine froide de son royaume des Enfers et la maîtresse, main dans la main avec Hadès, de toutes les âmes humaines qui existaient, avaient existé et existeraient. Celle dont la main cueillait les vies et non plus les fleurs. Elle voulait prouver aux Enfers qu’elle était digne d’eux.

Perséphone songeait, et elle songeait au dernier jugement qu’elle avait rendu. C’était d’une jeune fille qu’il s’agissait, Antigone. Son histoire et ses retentissements tentaculaires s’étaient étendus jusque dans ces lieus reculés. Cette gamine avait même, pendant toute une soirée, monopolisé Hadès. Elle l’avait arraché de l’étreinte de son immortelle amante, elle, une simple mortelle insignifiante dont les préoccupations avaient si peu d’ampleur face aux responsabilités que le couple infernal affrontait chaque jour.

Il n’était rien au monde que Perséphone aimât avec une ferveur et une constance plus enflammées qu’Hadès. Durant la moitié de l’année, elle était tenue loin de ses bras. Durant toute une averse, il l’avait délaissée pour une péronnelle capricieuse et puérile.

Sa décision était prise, son jugement rendu. Elle avait envoyé la princesse au-delà des prés d’Asphodèle, au-delà du Cocyte et du Tartare. Elle l’avait envoyée vers l’autre rive du Phlégéthon. La prison où les geôliers sont inutiles et les barreaux de feu.
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MessageSujet: Re: La vie immédiate [feat Hadès] Mar 19 Mai 2015 - 0:02

Hadès n’avait pas pour habitude de se déplacer pour demander audience à qui que ce soit. Il se contentait le plus souvent de recevoir et de convoquer, de tenir séance d’une oreille distraite et de répondre sans amabilité ni sentimentalisme aux petites souris qui lui adressaient leurs supplications hésitantes.
Se déplacer était un honneur qu’il ne rendait à personne, ou presque personne. Évidemment, tout ne peut pas se dire et se faire depuis le confort d’un trône, certains évènements récents avaient pu le démontrer. Cependant, la manie qu’avait celui qui régnait sur les morts de rendre ses visites aussi informelles, aussi peu sérieuses que possible, n’était pas parfaitement innocente. Elle ne ressortait pas uniquement de la simple fantaisie, mais visait implicitement à faire remarquer qu’Hadès n’avait d’honneurs à rendre à personne, fussent-ils aussi basiques qu’une visite de courtoisie en bonnes et dues formes.

Les dieux se déplaçaient ; ou bien ils souffraient son absence absolue de respect pour leur étiquette plus ou moins implicite. Les autres se contentaient de recevoir ce qui leur tombait sur la tête.

Les choses étaient toutefois différentes lorsqu'il s'agissait de ses propres terres. Certes, il était difficile de lui mettre la main dessus lorsqu'on le cherchait, et la solution consistait souvent à attendre son bon vouloir, en prenant si possible son mal en patience. Mais il était très courant de le croiser, quelque soit la partie des enfers dans laquelle on se trouvait, et qui que l'on soit par ailleurs. En fait, il disait même bonjour, à l'occasion. Sisyphe avait notamment toujours droit à un petit coucou souriant de sa part.
Hadès aimait rappeler son omniprésence. Parcourir son territoire, en long en large et en travers lui faisait plaisir. Mais surtout, il s'arrangeait pour corriger sur son passage tout ce qui pouvait s'aviser d'aller de travers.

Aujourd'hui, par exemple, ce n'était pas par hasard qu'il se dirigeait vers le Cocyte, dont les rives arides et salées n'offraient pas grand chose à la vue.
Non, Hadès allait jouer les médiateurs entre deux petites filles ; deux petites filles un peu caractérielles.

Antigone avait probablement provoqué plus de remous qu’elle n’aurait pu en rêver. Pour une quelconque raison, L'Olympe entier avait décidé de se mêler de sa mort, jugeant que l'Asphodèle était trop doux pour qui avait renié les dieux avec tant de violence, et peu soucieux apparemment du mépris que recevait leur opinion auprès du maître des lieux. Il était, en vérité, tout disposé à la laisser à l'oubli en compagnie des autres âmes en peine, jusqu'à ce que Perséphone ne se mette en tête de prendre sa défense.
Elle avait décidé qu'elle méritait un traitement de faveur. Et, admettant que les Champs Elysées étaient peut être trop d'honneur, et ne trouvant pas de meilleur compromis, elle l'avait, d'autorité, placée directement dans son palais.
La petite avait donc coulé quelques bonnes semaines au sein même de la résidence d’Hadès, significativement plus silencieuse et plus calme que de son vivant.

Mais, l’enthousiasme et l’affection que Perséphone avait pu lui adresser s’étaient rapidement émoussés. Sans que rien ne se produise en particulier, sans, qu'à vrai dire, la présence de cette invitée inédite ne perturbe quoi que ce soit, la reine des enfers avait graduellement changé de couleur. Et, aux dernières nouvelles, elle avait décidé de l’envoyer profiter d'une éternité de souffrance à un endroit où elle ne risquerait certainement pas de la revoir.

C’était un peu brusque, pour ne pas dire parfaitement illogique, mais Hadès n’avait pas objecté. Après tout, Perséphone supplantait les règles infernales de la justice, même si elle usait habituellement de ce privilège dans l’autre sens. La seule véritable restriction à ses décisions était le mot de son mari, et, il n’avait rien dit.
Rien encore, en tous cas.

Mais il allait y venir.

Le Tartare s’étendait sous ses pas sans lui prêter attention. Ni les pierres tristes, ni les arbres morts, ni les corbeaux ne se tournaient vers lui sur son passage. L’Hadès s’accordait à lui même dans une harmonie sourde. Il se fondait dans le décor comme une contrebasse dans un orchestre, et sa simple présence conférait à l’ensemble une profondeur très perceptible, sans qu'il n'aie besoin de s'imposer.

Il savait très bien où se trouvait Perséphone, tout comme il savait où trouver sa main gauche sans avoir besoin de la chercher. Elle était penchée sur la rive du Cocyte, perdue dans la contemplation d'une ondée de verre.

Il posa une main légère sur son épaule pour s’annoncer.



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MessageSujet: Re: La vie immédiate [feat Hadès] Ven 26 Juin 2015 - 3:25

Perséphone tressaillit lorsque la main d’Hadès effleura son dos, mais ce fut plus par habitude que par surprise. Ce jour, elle comprenait les Enfers et elle comprenait surtout enfin l’unité qui y régnait. Son époux lui en avait déjà parlé à mots couverts sans qu’elle parvienne à saisir ce qu’il cherchait à lui faire comprendre. Sur le moment, elle avait ressenti de la frustration de ne pas ressentir la même chose. Une de ses aspirations premières dans l’existence était une symbiose parfaite avec lui.

Mais les choses avaient changé. Elle était une déesse des lieux et des espaces, elle l’avait toujours été. Elle habitait les espaces, chaque recoin des étendues sous son influence portait distinctement sa marque, son souffle et quelque chose d’elle d’essentiel. Cela faisait d’elle un être qui ne pouvait être réellement concentré en une seule et unique enveloppe corporelle. On ne pouvait réduire Perséphone aux limites physiques du personnage qui arpentait les Enfers ou les champs de blés. On ne pouvait non plus réduire ses réactions et ses pensées à ceux d’une personne singulière. Elle portait en permanence les lieux aux tréfonds de sa personnalité.

Lorsqu’elle était arrivée aux Enfers, elle avait ressenti une détresse sans nom. Elle n’était liée à rien, en bas. Ses liens et ses racines avaient été tranchés, elle chancelait et perdait son équilibre. Elle n’était qu’un oiseau abandonné, un albatros désarçonné. Puis elle avait commencé à prendre ses marques, à reconnaitre ces nouveaux espaces comme les siens, et son pouvoir avait commencé à étendre ses ramifications, lentement mais sûrement, vers tous les recoins des Enfers. C’était par ce processus que Perséphone, toujours, se trouvait être un peu le lieu duquel elle avait l’autorité. De là venait sans doute une bonne part de sa nature changeante et ambivalente, comme la nature. Il fallait la voir comme une partie d’un tout plus grand encore que la simple interlocutrice qu’elle représentait.

Ce jour-là, en s’adressant à elle, c’est à une partie de ce qui constituait l’essence des Enfers qu’Hadès s’adressait. Du reste, il était lui-même totalement l’essence des Enfers. Ce qui contribuait, entre autre, à l’unicité de leur couple.

Elle ne se tourna pas vers lui. Elle ne prononça pendant un long moment aucune parole. Elle avait senti tout son environnement se mettre progressivement sous tension à son approche.

On dit parfois que dans certaines circonstances, les mots sont inutiles. C’est la plupart du temps faux, mais dans ce cas là Perséphone jugea préférable de se taire. Ils savaient tous les deux pourquoi elle était là, pourquoi il était là. Il s’était déplacé, songea-t-elle. C’était sans doute mauvais signe pour elle. Elle ne craignait pas le courroux de son Hadès, mais sa contrariété et son impatience. Il avait d’autres chats à fouetter, et Perséphone s’était octroyé la mission de veiller sur la tranquillité d’Hadès.

Elle continuait à jouer avec la surface du Cocyte, sans pour autant ignorer Hadès. Le silence se fit pesant.

« Tu désapprouves. »

C’était une affirmation interrogative.

Des flashs d’Hadès avec Antigone, Hadès parlant avec Antigone, Hadès parlant d’Antigone, pensant à Antigone, éclataient dans son esprit comme des bulles à la surface d’un lac d’acide. Il n’y avait pas que cela, bien sûr, mais l’amertume était grande dans les entrailles de la déesse.

Tout doucement, elle retira sa main du cours d’eau et la leva un peu en arrière, la présentant à Hadès. Son regard était perdu droit devant elle. Elle voulait qu’il vienne placer sa paume au creux de la sienne.

Elle lui montrerait alors des images, des images concrètes et précises, en couleurs et en lumières, en sombre et en obscurité. S’il effleurait ses doigts, il verrait Antigone depuis sa naissance à sa mort, puis à différentes étapes de la mort. Il comprendrait comment Perséphone avait passé une éternité à l’observer, la jauger, tenter d’apprivoiser son mode de fonctionnement. Sa gorge se serra un peu.

Une idée est un remous, un mouvement. Les raisons qui font passer un jugement d’un opposé à un autre ne sont parfois ni nettes ni véritablement définies. Elles sont des émotions plus que des raisonnements, des appréhensions plus que des craintes fondées. Elles sont tout ce que l’on sait et qu’on ne savait pas avant. Tout les fils emmêlés que l’on ne voit pas derrière la tapisserie. Toute l’objectivité dont on est capable, l’humilité qu’on est prêt à mettre, et la subjectivité incompressible.

Il saisirait que les motivations de Perséphone étaient plurielles, que son lien avec Antigone était ambivalent et sa décision partagée.
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MessageSujet: Re: La vie immédiate [feat Hadès] Dim 5 Juil 2015 - 1:06

Elle tressaillit.
Comme toujours.
Elle semblait y tenir.

Il ne pouvait pas lui en vouloir, il y tenait aussi. Le sursaut était peut-être mieux maîtrisé ; mais cela ne voulait pas dire qu’il ne survenait pas. Il était toujours un peu surpris lorsqu’il rencontrait Perséphone, malgré les années. Toujours surpris de l’apercevoir, comme s’il était sonné par l'éclat qu'elle renvoyait. Toujours surpris qu’elle n’ait pas disparu définitivement, pendant qu’il tournait le dos.

A chacune de ses apparitions, un bref élan, l’espace d’une seconde, lui soufflait d’en profiter. De l’enlever une deuxième fois. De la fourrer dans une boite et de ne plus jamais la laisser ressortir.
Le temps d’un battement de cils, il envisageait alors la viabilité de l’opération. Il se disait que ce serait facile. Peu lui importait la famine mondiale, la colère de l’une ou de l’autre, ou même une nouvelle guerre divine. Il la garderait pour lui tout seul pour toujours.
Il avait simplement besoin d’une boîte.
Immanquablement, il concluait qu’il temporisait trop.

Et puis, ça lui passait.
Il remettait l’éventualité à une prochaine fois.

A bien y réfléchir, c’était une très bonne raison pour tressaillir quand il approchait.  

Redescends sous terre, Hadès, tu vas finir par avoir l’air idiot.

Arbitrer, donc.
Certes, la question était idéologique ; il ne pouvait accepter qu’un caprice, fût-il celui de Perséphone, décide du sort d’une morte, pas dans cette mesure. Sa place était aux limbes, quoiqu’en disent tous ceux qui étaient bien prompts à ne jamais rien faire, mais à exprimer bien haut leur avis.
A la rigueur, le palais pouvait être un compromis, si sa princesse l’avait décidé. Mais une vengeance aussi futile que celle qu’elle tentait de forcer était un pied de nez inadmissible à la moelle même de ce qui constituait les enfers, c’est à dire leur impartialité. L’on pouvait décider d’exceptions, mais, certainement pas, et en aucun cas pour des motifs personnels ; c’eût été écrabouiller du pied l’Hadès tout entier pour en faire de l’engrais.

Il ne s’agissait pas de trancher. Le verdict était clair.

“Non, je cueille des pâquerettes.”
C’était dit sans méchanceté. Il ne sourit que du regard.

Non seulement il désapprouvait, mais c’était bien aux limbes qu’elle irait finalement, et sans recours possible. La fin de cette conversation finirait pas le montrer avec clarté. La question n’était pas là ; le coeur du problème n’avait rien à voir avec une mortelle de seize ans, déjà aussi éteinte qu’une bougie usagée. L’asphodèle en était plein.

Non, c’était simplement un moyen détourné pour Perséphone de s’attaquer à lui. Elle lui en voulait ; il n’était pas certain qu’elle en soit consciente. Peut-être était-elle incapable de concevoir qu’il lui ait directement et volontairement causé du tort.
C’était toutefois le cas.
Il n’était pas persuadé d’arriver à tasser l’affaire souplement.

Hadès prêta à son épouse le bout de ses doigts.

Les images virent avec violence, démentant totalement l’air sage des petits doigts qui les traduisaient. Antigone naquit et grandit, erra par les chemins, pleura son père, enterra presque Polynice et cria souvent. Elle s’appliqua à naître et à mourir, une centaine, un millier de fois ; elle s’éteint lentement ,plusieurs fois, en prenant son temps, entre les bras d’Hadès, et s’appliqua, par la suite, à tenter de se tirer de l’oubli qui la rattrapait.

Le seigneur des ombres ancra ses yeux bleus dans ceux de Perséphone.

Il lui renvoya les mêmes images, plus doucement, plus sereinement. Il mit en évidence la petitesse du monstre, son existence futile. Il n’avait pas d’importance. Il s’était trouvé entre deux engrenages, par hasard, et lui y avait donné une petite pichenette.
Il n’y avait pas de quoi s’emporter. Encore moins de quoi se sentir menacé.
La place de ses petites choses était sur l'Asphodèle. Elles étaient touts parfaitement inoffensives.

“Je crois que tu t’inquiètes trop.”

Il avait le net pressentiment que cela ne suffirait pas.

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MessageSujet: Re: La vie immédiate [feat Hadès] Dim 16 Aoû 2015 - 20:55

NUL NE CONNAIT MIEUX UNE PERSONNE QUE SON ASSASSIN.

« Les pâquerettes ne poussent pas sous terre. »

C’était presque dit sur un ton de reproche. Le regard de Perséphone s’assombrit et elle commença à se fermer. Elle avait bien saisi l’absence de toute trace de rancune dans la voix de son époux qui ne lui tenait pas rigueur de sa décision, mais le soleil lui manquait plus que jamais en cet instant. Il ne comprenait pas, les images qu’elle lui avait montrées ne le convainquaient pas, il s’obstinait à ne vouloir que la tranquilliser en dédramatisant la situation. Certes, le petit morceau d’être dont il était question n’était qu’humain. Mais c’était là le plus inquiétant. Les humains sont censés être mortels, or Antigone ne semblait pas décidée à s’éteindre tout à fait. Il y avait toujours une poignée d’intellectuels émotifs, sur Terre, pour raconter à qui voulait l’entendre sa pauvre petite histoire. Des gens qui avaient du temps à perdre, bien sûr. Perséphone ressentait plus qu’elle ne réfléchissait et ces récits, sans qu’elle sache mettre de mots précis dessus, la laissaient souvent préoccupée et irritable.

Ce qu’Hadès tentait de lui montrer ne correspondait pas à la réalité, elle en était sûre. Elle avait placé Antigone sous son propre toit afin de garder un œil sur elle les premiers temps après sa mort, et la sympathie qu’elle avait montrée était plus une invention de sa part, une tentative de se convaincre elle-même, qu’un sentiment réel. Elle ne s’en était rendu compte que plus tard mais la vision de cette minuscule chose errant dans sa demeure la faisait de plus en plus grincer des dents. C’était à cause d’elle qu’Hadès l’avait laissée pendant de longs moments se morfondre seule en Enfer.

Pas un seul instant la pensée que son époux puisse porter une part de responsabilité dans la langueur qui l’abattait lorsqu’elle se retrouvait privée de sa compagnie ne lui traversa du reste l’esprit. Hadès était une idée au-delà de tout reproche. Non qu’elle le connût mal ; elle connaissait chacun des traits de sa personne, ceux qu’elle avait l’habitude d’apprécier et ceux qui l’insupportaient chez n’importe qui d’autre, ceux qui le servaient et ceux qui le rendaient bien peu appréciable aux yeux du plus grand nombre. Elle aimait ses défauts autant que ses qualités. L’idée de pouvoir avoir quelque chose à lui reprocher lui était insoutenable.

Lorsqu’il n’était pas là, il lui manquait ; et c’était de son opinion bien suffisant qu’ils ne puissent pas se voir durant six mois de l’année pour que des brins d’herbe de l’espèce d’Antigone ne le retiennent loin d’elle. Alors elle avait observé, détaillé, appris par cœur l’objet des préoccupations de son mari, pour voir s’il valait la peine d’une heure loin de lui.

La réponse aurait difficilement pu être oui, quelle qu’aient été les résultats de son expertise.

Elle en avait tiré quelques conclusions.

Antigone avait un charisme indéniable. Elle était fascinée par la mort depuis toujours et possédait une grande capacité de persuasion, ainsi qu’une certaine facilité pour entrainer les foules à sa suite. Même morte –les traces sur son cou suggéraient la pendaison– son esprit menait encore quelques sombres batailles, tout au fond. Il s’en était fallu de peu que le néant ne l’achève totalement, mais elle s’était remise en mouvement.

Et, quelque part, elle aimait Hadès.

Perséphone ne pouvait haïr complètement ce qui aimait Hadès.

« Si elle ne méritait pas tant d’inquiétude, pourquoi es-tu allé toi-même lui rendre les honneurs funèbres ? »

Elle était sûre que quelque chose d’autre lui échappait.

« Que s’est-il passé dans cette grotte ? »

Elle ne la haïssait pas, non, et pourtant elle l’avait envoyée brûler là où les flammes étaient les plus hautes. Mais Antigone, songeait-elle, avait besoin de cela pour perdurer. Elle pressentait confusément, malgré toute l’animosité ambivalente qu’elle avait pu lui porter, que le monde ne serait pas complet sans elle. La reine des Enfers était depuis toujours l’emblème de l’harmonie ; Antigone était nécessaire à un équilibre plus grand qu’elle. Sa personne en elle-même n’avait pas plus d’intérêt que cela, quoique dans d’autres circonstances elles eussent sans doute pu devenir amies.

La véritable cruauté aurait été de l’envoyer à l’Asphodèle.

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MessageSujet: Re: La vie immédiate [feat Hadès] Lun 12 Oct 2015 - 20:09

Il ignora la remarque, sur les pâquerettes. On en avait donc fini avec les politesses.

Fort bien ; parlons donc sérieusement.

Bien sûr, quelques semaines plus tôt, Hadès avait donné une explication rationnelle à son absence. Du moins, disons qu’à son retour, il avait déclaré avoir “conclu comme il se devait la tragédie que Thèbes appelait depuis longtemps de tous ses vœux”, ce qui était, somme toute, une explication aussi complète que satisfaisante sur les évènements.
Hadès n’avait aucune envie d’avoir à répondre, devant qui que ce soit, de ses activités détaillées. Il ne le faisait pas. Il estimait ne pas avoir à le faire ; par conséquent, il n’avait pas donné de détails.
Perséphone savait, que Créon appelait Hadès à grand cris depuis des semaines, apparemment très pressé de recevoir sur la tête tout ce qu’il se sentirait inspiré de jeter. Elle savait aussi comment l’histoire s’était terminée. Hadès avait invoqué un odieux hubris royal centré sur sa personne pour justifier la petite conclusion qu'il avait écrite à sa manière, et, on en était resté là. Les tenants et les aboutissants de l'affaire avaient pu paraître clairs.

Restait qu’en y regardant de plus près, on constatait bien que l’explication boitait.

Hadès n’avait cure de ce que Créon pouvait bien faire de ses cadavres. Hécate, prenait offense de ce genre de choses, elle que l’on invoquait lors des cérémonies mortuaires. Dans la mesure où il se fichait plus ou moins des honneurs que la masse grouillante de mortels pouvait bien lui rendre, le maître des enfers se passait de choisir un terrible châtiment divin personnalisé à chacun des empotés qui ne lui livraient pas les corps en temps et en heure, il la laissait, le plus souvent, venger comme elle l’entendait les âmes concernées, puisqu’elle les côtoyait sans doute de plus près que lui. Éventuellement, ceux que l’on avait oubliés en route pouvaient avoir quelques surprises à l’arrivée, mais, jamais rien qui fasse se promener Hadès au delà de l’Erèbe.

Alors oui, Créon était une tête couronnée, Créon aimait citer le nom d’Hadès à tort et à travers, et Créon ignorait avec entrain les avertissements courroucés - qui n’était, on l’a dit, de la part d’Hadès, pas tant des avertissements que d’irrémédiables préavis, mais il n’était pas censé le savoir.
Le seigneur des enfers ne faisait pas l’honneur de sa présence à tous les imbéciles qui se fichaient de lui. En vérité, il avait plutôt tendance à lancer, au hasard, une catastrophe pittoresque aux cas les plus graves, par exemple, “tous les petits enfants de Thèbes meurent brutalement d’une horrible pneumonie” ou bien, “Polynice revient d’entre les morts, hante les rêves des riverains et met le feu à l’une ou l’autre maison à l’occasion”.
Non, la véritable raison qui l’avait poussé à venir en personne pour mettre en place une conclusion gracieuse et finale à cette simple affaire, avait été l’implication d’Antigone ; une demoiselle qui avait pourtant paru toute sa vie parfaitement indigne de l'intérêt royal.

On avait dû la prévenir, que s’impliquer dans les affaires d’Hadès était une entreprise aussi ingrate qu’inutile. Elle ne serait pas la dernière mortelle à apprendre qu’il n’y avait rien à rechercher auprès de lui, sinon un départ accéléré vers l’éternité.

Il n'avait pourtant - rien n'est jamais simple - pas de passion effrénée pour la mort. Il ne pensait pas qu'il faille la distribuer indifféremment à tout ce qui se présentait comme un gosse fortuitement armé d'un pistolet à eau. Mais la mort était le sens de la vie des hommes, et le seul cadeau qu'il soit en mesure de leur faire ; c'est pourquoi, lorsque cette petite s'était mise dans la tête de lui rendre honneur, pas seulement par cette tentative finale, mais par toute cette frénésie qui l'y avait amenée, il avait décidé de venir en personne.

Pourquoi, mais pour assister à quelques derniers instants, à la poursuite (ou non) de cette dernière décision, au point culminant d'une tragédie qui mènerait définitivement Thèbes vers la ruine. Il était venu témoigner, à sa manière, de son affection, et en avait profité pour ravir - si l'on pouvait dire - à thanatos l'une de ces victimes, lui qui avait le privilège de les emporter toutes.

C'était pourtant simple, non ? Y avait-il besoin de l'énoncer à voix haute ? Le ton d’Hadès se fit agacé.
“ Je ne lui ai pas rendu les honneurs funèbres ; et j’ai en vérité bien du mal à voir ce que je pourrais faire de plus absurde que de rendre les honneurs funèbres à qui que ce soit."

“Non, je suis allé m’enquérir personnellement de sa situation pour la même raison que tu l’as mise sous notre propre toit. Parce qu’elle s’était donné le mal de m’appeler, et que je ne suis pas aussi sourd qu’on le pense. Seulement, en cet instant là, elle était vivante, et à ce jour, elle ne l’est plus. Quand bien même aurions-nous dansé tut l'après-midi dans cette grotte minuscule, quelle importance ? Il est insensé de chercher querelle à une âme qui n’est plus, et il est inapproprié d’envoyer croupir avec la pourriture une petite de seize ans qui ne cherchait que la fin."

“La fin, c’est l’Asphodèle. Tu devrais la lui accorder.”


[NB: les opinions d'Hadès n'engagent que lui, et aucunement la vérité absolue in RP.
Si ça ne va pas, contacter l'auteur : p]

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