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[EVENT] Le Grand Temple de Paphos

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MessageSujet: Re: [EVENT] Le Grand Temple de Paphos Ven 7 Aoû 2015 - 12:38

Chypre était magnifique. C'était une île splendide avec ses falaises, ses forêts, ses plages de rêves et surtout, Paphos. Uranie était tombée amoureuse de cette ville. Toujours vadrouillant d'une cité grecque à l'autre, cela faisait un moment (elle ne saurait dire combien de temps exactement) qu'elle y avait déposé son baluchon. Les soirées qu'elle y avait passées avaient été magiques, et les jours meilleurs encore. Quel plaisir, pour une Muse, de voir comment la Nature réveillait l'inspiration des Hommes ! Nombreux artistes résidaient sur ce petit bout de terre. Et depuis un moment, sans qu'ils ne le sachent, une Muse était à leurs côtés, engendrant un sursaut d'inspiration et une volonté artistique renouvelée, pour le plus grand bonheur de tous.

Mais Uranie, prétendant n'être qu'une simple mortelle, ne restait jamais longtemps au même endroit et l'heure de son départ approchait rapidement. Heure finalement annulée lorsque la rumeur de la construction d'un nouveau temple en ville commençait à courir. Plus qu'un prétexte pour rester en ces lieux, la Muse vit là une occasion unique de vivre quelque chose d'exceptionnel. Souhaitant y assister, elle décida de repousser son départ au lendemain de l'inauguration de cette construction inattendue. C'était également un moyen de se rapprocher de l'Olympe, indirectement. Sans regretter son habitat premier, Uranie ne pouvait s'empêcher de ressentir une légère nostalgie, de temps à autre.

Alors elle était restée. Et des jours, des semaines, des mois s'étaient écoulés jusqu'à ce qu'enfin, le temple domine majestueusement une place noire de monde, venu pour célébrer les dieux et fêter ce renouveau pour la ville. Ils ignoraient encore de quelle ampleur serait ce fameux renouveau.
Uranie avait décidé de se rendre à l'inauguration accompagnée de quelques amis à elle, amis qu'elle s'était faits sur l'île. Amis, elle le savait, qu'elle devrait quitter très prochainement mais c'était comme ça. Elle s'attachait aussi peu que possible, même si ce n'était pas simple.
Elle avait également revêtu sa plus belle robe, pâle, particulièrement simple mais la mettant tant en valeur...Notamment quand elle tressait ses cheveux, comme aujourd'hui.

Laissant les autres parler entre eux, elle se contentait d'observer et d'écouter attentivement Abercius. Peut-être ce temple serait-il en l'honneur des Muses ! Ce serait bien, ça changerait un peu, se dit-elle.

« Car oui, c’est bien Hadès, le Zeus souterrain, qu’honorera ce temple ! »

Là, elle sut que les choses tourneraient mal. Elle connaissait assez le monde divin pour comprendre que ce n'était pas du tout, mais alors pas du tout une bonne idée. La foule rugissait son indignation, et elle se dit qu'elle avait raison. La fille de Zeus regarda autour d'elle et elle ne vit pas que de simples mortels. Son sang olympien lui permit de repérer quelques personnes qui venaient également d'autres cieux ; ainsi que des morts. Pas mal de morts. Ce n'était pas normal, et pas bon pour elle. Ses premières inquiétudes furent égoïstes. Elle tentait de dissimuler son visage, ne souhaitant pas être reconnut comme fille de l'Olympe. Puis, elle s'inquiéta vraiment de ces présences étranges.
Sa tentative de cacher son angoisse naissante fut un échec lorsqu'elle aperçut du coin de l’œil, avant qu'il ne prenne une apparence enfantine, Hadès. Ça n'avait duré qu'une seconde, mais elle en était sûre. Son tonton était bien dans le coin, et ce n'était pas une très bonne nouvelle.

Uranie se mit alors à l'écart, laissant ses amis derrière elle. Sans entrer à l'intérieur, elle se rapprocha du temple et vit un trio de non-mortels discuter assez vivement. Elle aurait souhaité se faire la plus discrète possible afin d'entendre leur conversation mais une immense statue vint s'interposer entre eux en chutant. Prise de panique, elle eut un geste de recul qui la fit tomber à son tour. N'attendant pas que la poussière se dissipe, elle se releva et prit encore du recul pour tenter de comprendre ce qu'il venait de se passer.
Devant elle, le temple était déjà à moitié détruit et fumait inexplicablement. Elle le savait, elle l'avait senti de suite et, malheureusement, elle n'avait pas eu tort : là où se trouvaient les dieux, rien de bon ne se produisait.

Autour d'elle, c'était la panique. Ça criait, ça courait, ça implorait. Elle n'arrivait pas à savoir ce qu'il se passait vraiment. Alors bien qu'elle fut bousculée de tous côtés, elle tentait de s'avancer vers le temple et ce qu'elle y vit la pétrifia d'effroi. Personne ne pouvait en sortir. L'entrée était bloquée et l'intérieur, en train de cramer. Elle voyait trop de ses connaissances, même quelques-uns de ses amis périr sous ses yeux.
Un frisson lui parcourut l'échine quand tout devint plus sombre. Le soir arrivait, certes, mais cette lumière n'avait rien de normale. Elle tournait le dos au temple pour regarder l'horizon. Et quelle ne fut pas son incompréhension en voyant une infinité de papillons noirs devenir un mur sinistre et infranchissable.

*Que faites-vous donc ?* Se demanda-t-elle intérieurement, à défaut de pouvoir discuter avec les dieux machiavéliques. Elle avait un mauvais pressentiment.

Devant elle, elle vit une petite fille, peut-être de 6 ou 7 ans pas plus, roulée en boule sur le sol. Autour de cette dernière, tout le monde courait, paniqué, sans réfléchir, n'ayant pas d'autres buts que de sauver sa vie ou celle de ses proches. Ce qui ne pouvait être blâmé.
Mais Uranie décida d'agir autrement. Peut-être n'avait-elle pas d'autres pouvoirs que celui d'inspirer un artiste coincé, mais au moins pouvait-elle se rendre utile. La panique n'avait pas réussi à embrouiller son esprit et elle arrivait encore à réfléchir plus calmement qu'elle ne l'aurait espéré.
Alors elle se rapprocha de l'enfant et la prit dans ses bras. Elle vit alors qu'une brûlure avait attaqué son bras. Elle était en sueur et ne pouvait rien faire d'autre que de gémir de douleur. Uranie la comprenait bien, c'était pas beau à voir.
Alors, difficilement, elle regarda autour d'elle pour tenter d'apercevoir quelque chose qui pourrait l'aider. Et pour la première fois aujourd'hui, les dieux semblaient de son côté. Au loin, à une dizaine de mètres devant elle, elle entrevit une gourde abandonnée au sol. D'instinct, elle se précipita pour la ramassa, la petite toujours dans ses bras. Elle ouvrit l'objet et eut la bonne surprise de voir qu'elle était encore au moins à moitié remplie. Essoufflée et tremblante, elle s'éloigna tant bien que mal de la foule en panique et posa l'enfant au sol. Elle arracha un morceau de sa robe et l'humidifia autant qu'elle le pouvait. Elle garda le reste de la gourde pour le verser sur le bras amoché et le donner à boire à la fillette. Ensuite, elle enroula le morceau de tissu autour de la blessure, ce qui fit crier la blessée de douleur mais elle n'avait pas le choix. Que faire ensuite ? Impossible de laisser la petite fille ici, seule. C'était inconcevable.

*Amuse-toi autant que tu le veux, Hadès. Mais elle, tu ne l'auras pas.* Pensa-t-elle une nouvelle fois des mots qu'elle aurait aimé dire directement au concerné ; mais loin d'elle l'envie de lui courir après.

Démunie, elle regardait l'enfant sans savoir quoi faire de plus pour l'aider ; sans savoir non plus comment aider les autres, comment aider l'île à échapper aux griffes de ses démons qui se complaisaient dans leur état de dieux, à jouer les marionnettistes.
Soudain, les raisons de sa fuite de l'Olympe lui paraissaient très claires. Comment aurait-elle pu rester vivre au milieu de tant de malveillance ? Oui, les dieux étaient puissants...
*...Mais quelle bande de gros débiles.*
Et Zeus n'allait rien faire ? C'était la flemme ou peut-être la peur de faire face à Hadès ? Et ses sœurs ne viendraient-elles pas ? Elles allaient laisser autant d'artistes géniaux périr sans bouger le petit doigt ? Uranie était terriblement déçue. N'y avait-il personne pour venir les aider ? Chypre n'en valait-elle pas le coup ? Ni ses habitants ?
En guise de réponse à toutes ses questions intérieures, une pierre venant du toit du temple, détruit par Perséphone, vint heurter Uranie dans le dos, lui faisant embrasser la poussière du sol. Ça avait un goût de ténèbres et de suie.

Toujours consciente, elle constata que son esprit ne l'avait pas abandonné, contrairement à sa force. Elle eut beaucoup de peine à se mettre ne serait-ce que sur ses genoux. Une douleur lancinante, attaquant toute sa colonne vertébrale, accompagnait à présent le moindre de ses faits et gestes, mais elle parvint à se relever malgré tout. Une fois debout sur ses jambes tremblante, elle ressentit quelque chose s'insinuer en elle.

PRENEZ GARDE, JE VEILLE
     

*Génial. Ça, c'est vraiment génial.*

Cette phrase accabla Uranie, au moins autant que lorsqu'elle découvrit que la petite qu'elle avait tenté de secourir avait disparu. Il n'y avait personne devant elle et plus de gourde non plus. Y avait-il vraiment eu une petite fille ? Le bas de sa robe déchiré lui indiqua que oui. Alors où était-elle ? Elle avait disparu. Disparu...
Le peu de volonté qui lui restait s'évanouissait et elle retomba au sol, accablée par les pertes que l'île subissait. Elle n'avait plus que la force d'attendre que le caprice divin soit terminé. Tout était difficile à présent. Se retourner pour se mettre assise face au désastre, c'était difficile. Regarder ce maudit temple qui n'en était plus un, c'était difficile. Pleurer, c'était difficile.  

P'tit résumé:
 
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MessageSujet: Re: [EVENT] Le Grand Temple de Paphos Sam 8 Aoû 2015 - 16:36

Icare se rappelait le soulagement et la fierté qu’il avait approuvé quand les dernières flammes se furent éteintes, quand de parfaits inconnus le félicitaient et remerciaient pour son acte. Il devait avoir mal au bras, comme à présent, mais l’adrénaline et le soulagement l’empêchaient de trop souffrir. Quelques secondes de répit bien méritées… Puis il avait entendu à nouveau des cris, des appels à l’aide, et surtout, les alertes « au feu ! » qui résonnaient à nouveau dans la salle. Il avait d’abord cru à une plaisanterie de très mauvais goût, espérait que ses oreilles lui aient jouées un mauvais tour, mais les flammes dévoraient bel et bien le bâtiment une seconde fois, plus imposantes que les dernières. Rapidement, la fumée avait envahi les lieux et le jeune homme avait dû plaquer un morceau de tissu sur sa bouche pour ne pas étouffer. Il ne se souvenait pas être sorti du temple mais s’imaginait poussé vers la sortie en même temps que des centaines d’autres visiteurs affolés. Il fallait croire que l’instant de survie avait pris le dessus sur l’entre-aide et que chacun luttait désormais pour sa vie dans cette atmosphère de chaos. Le temple était désormais presque entièrement effondré et ne ressemblait plus qu’à une masse informe de pierre et de flammes. Il avait visiblement su sortir avant que la dernière issue ne soit bouchée par une nouvelle chute de pierre, écrasant au passage les malheureux qui essayaient d’échapper à la fournaise.

Désormais, il se trouvait au milieu de la foule terrorisée, sous le choc et incapable de réfléchir correctement. Il n’y avait que cette petite voix qui murmurait, telle une mélodie dans sa tête, « tu aurais pu tous les sauver. Tu as été incapable d’éteindre quelques flammes et cette erreur leur coûtera la vie à tous ». Ne pas perdre espoir, il n’était peut-être pas trop tard. Dans un sursaut d’espoir, il reprit conscience de ce qu’il se passait autour de lui et tenta de prendre la parole malgré le feu qui semblait ravager ses poumons.

- Ecoutez-moi, je vous en prie ! Il faut se diriger vers la plage, et… s’il vous plait !

Peine perdu, personne ne faisait même attention à lui. Les plus polis se contentaient de l’ignorer alors que d’autres le poussaient violemment pour se frayer un passage vers un endroit où ils se sentiraient en sécurité. Une mère lui agrippa même le bras avant de le culbuter et emmener sa fille loin du temple. Ce geste réveilla la douleur dans le bras d’Icare qui se rendit compte de l’importance de la brûlure. Sa main gauche le lancinait et ses doigts semblaient comme paralysés, douloureux au moindre mouvement. Pour en avoir déjà fait l’expérience, le jeune homme savait qu’il s’en remettrait et les élancements finiraient par disparaître après quelques jours, tandis que ses mains retrouveraient leur agilité passées… à supposé qu’il sorte vivant de cette île, bien entendu, ce qui n’était pas gagné d’avance.

Soudain, une poigne ferme enlaça son bras valide et le tira en arrière. Il cru entendre une vois de femme mais le bruit l’empêchait de bien entendre. « Restons pas ici », ou quelque chose comme ça, mais il ne réagit même pas, se laissant entraîner par l’inconnue, et fut davantage étonné qu’on veuille le sauver que par la race de la femme en question. Pourquoi une centaure l’aiderait-elle ? Ses cheveux bruns tressés lui arrivaient au bas du dos et les traits de son visage… se faisaient de plus en plus difficiles à discerner à cause de l’obscurité naissante. Quelle heure était-il ? Il était impossible que la nuit sot déjà tombée, pas aussi tôt, pas aussi rapidement. L’inventeur porta son regard vers le ciel, auparavant bleu, mais dont la teinte virait dangereusement vers le noir, telle une nuée de papillons absorbant peu à peu la lumière. Seules les flammes offraient désormais une source de clarté dans ce dôme sombre où la plupart des personnes criaient leur désespoir. Pour sa part, Icare restait silencieux, comme si appeler à l’aide les sauverait tous. A quoi bon hurler s’il n’y avait personne pour vous entendre ? Même les dieux semblaient les avoir abandonnés, ou du moins prendre un malin plaisir à les voir dépérir sur leur petite île de Paphos, minuscule monticule de terre perdu au milieu de la mer.

PRENEZ GARDE, JE VEILLE

Visiblement, l’un des résident de l’Olympe tenait à les voir vivre encore quelques temps, et le garçon se surprit à sourire bêtement, tout espoir n’était pas encore perdu. La centaure l’emmenait vers la côte dans un but qui lui était inconnu, mais il ne s’agissait pas d’une mauvaise idée. Le dôme s’étendait-il seulement jusque là ? Peut-être restait-il un espoir de passer en dessus, ou au moins de trouver une faille pour s’y engouffrer. Rapidement, l’esprit logique d’Icare se remit à fonctionne à plein régime et il tenta d’échafauder un plan pour s’en sortir vivant, lui et la créature qui lui avait, d’une certaine manière, sauvé de apitoiement. Mais il y avait tant de personnes à secourir, et il n’avait que deux bras, bien que l’un d’eux ne soit plus bon à grand-chose. Cependant, il oubliait la créature qui l’accompagnait, peut-être accepterait-elle de l’aider ? D’un geste brusque, il échappa à la poigne de l’inconnue et s’arrêta brusquement, regardant les visages qui passaient devant lui avec attention. Il n’était pas parvenu à sauver toutes les personnes prisonnières dans le temple, il devait l’avouer, mais au moins pouvait il encore en secourir au moins une, une seule personne mais qui lui permettrait de se sentir utile et non pas manipulé par il ne savait quelle force divine. Ses yeux se posèrent sur une jeune femme, immobile au milieu de l’anarchie. A première vue, elle ne semblait pas blessée, mais tout sentiment semblait avoir abandonné son regard, y compris l’espoir ou l’envie de vivre. Il se dirigea rapidement vers elle et la prit par le bras en essayant de la relever.

- Levez-vous, on doit partir.

Mais elle ne semblait pas réagir, comme si toute force l’avait quittée, mais Icare ne comptait pas la laisser là. Au prix d’un effort considérable, il parvint à la redresser et mis l’aida à rester debout en maintenant son bras sur ses épaules. La fatigue accomplissait son œuvre et le fait de maintenir l’inconnue sur ses deux jambes n’arrangeait en rien son état. Pourtant, il se surprit à avancer, un pas, puis un autre, encore un, jusqu’à la centaure. Il la regarda, suppliant, et demanda presque en criant pour être sûr de se faire entendre :

- Aidez moi à la porter, c’est une amie.

Il ne l’avait jamais vue de sa vie, mais il avait peur que la créature ne les abandonne à leur sort. Après tout, il n’avait jamais rencontré une personne de cette espèce et n’avait pas la moindre idée de leur réaction dans une telle situation. Il savait simplement qu’ils n’étaient pas connus pour leur Amour pour le genre humain, mais il espérait que l’hybride soit différente, le supporte et accepte d’aider la jeune fille. Voilà pourquoi il avait menti sur leur amitié, pour espérer qu’elle ne l’abandonne pas là comme si elle avait été une simple inconnue. Mais avec ou sans l'aide de la centaure, il comptait bien se rendre à la mer avec celle qu'il venait d'assister et trouver un moyen pour sortir de cette île de malheur.


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MessageSujet: Re: [EVENT] Le Grand Temple de Paphos Mer 12 Aoû 2015 - 0:49

Cela commença par une étincelle et se propagea dans les pensées de Hecate comme un feu de foret.

Sa folie avait été rallumée.

Cette gamine l'avait giflée. Les derniers soupçons de raison de la déesse furent
balayés face a l'immensité de sa colère. Elle oublia tout ce qui n'était pas vengeance. A commencer par la raison de sa présence ici.

Mais il aurait été trop simple de répliquer par le même geste. Et puis la deesse n'était pas du genre à s'abaisser à ce genre de pratique. La titanide ne prit même pas la peine de faire attention au message de Eros et s'avança dans le but de mettre son plan à exécution.

Avisant un homme étendu à terre à moitié coincé par un des morceaux de plafond Hecate sourit.

Son sourire était froid mais il ne transparaissait pas une seule once de la cruauté des actes qu'Hécate avait l'intention de produire.
Sans un mots elle lui insufla sa malédiction. Recevant la douleur graduellement l'homme se mit a crier. Et cela irait en empirant. Il subirait de plus en plus de supplices sans rien pouvoir faire, pris au piège dans son esprit.
Étendant son illusion la déesse fit s'étendre les cris de douleurs dans le temple. Partant de ce misérable homme, la malédiction se propagea comme une mauvaise maladie, doucement mais surement. Ce sortilège atteignait seulement une personne après une autre et devait se transmettre par contact. Certains étaient donc épargnés pour l'instant. Mais Hécate ne se faisait pas d'idée, il ne devait y avoir personne d'épargné.

Hécate avait décidé, elle ne s'arrêterait pas avant que Perséphone se soit excusée de son comportement immature. En attendant faire souffrir parents et enfants ne lui posait aucun problème.

En général quand elle entrait dans ce genre de transe il etait rare de pouvoir l'en sortir. Il n'empêche que c'était possible.
Du coin de l'oeil elle vit alors deux choses qui attirèrent son attention. Tout d'abord, la petite Atalante semblait déterminée à étriper le faux prophète et Hécate se disait qu'il était peut être approprié de recompenser cet acte. Ensuite, elle imagina le sourire de Thanatos alors qu'il parlait a Hadès de son plan qui ne manquerais pas d'être machiavélique.

L'idée qui germa de cette vision fut tout aussi désastreuse que la malédiction .

Laissant son oeuvre s'étendre tranquillement en même temps que montait une symphonie de cris, Hécate alla tout d'abord voir la guerrière.

"Bonjour guerrière d'Artémis. Je t'ai entendue quand tu disais vouloir te debarasser de ce grand prêtre - comme à peu pres la moitié des personnes dans ce temple. Nous n'avons pas besoin ni de fausses publicités ni de quelqu’un créant ce genre de problème. (elle designa le temple d'un grand signe de la main). Si tu réussi à jeter cet imbécile - qui me porte particulièrement sur les nerfs à vociférer comme ça - dans les Enfers je t'offrirais une récompense. Ce que tu voudras. Même la vie à nouveau. Reflechis-y"

La déesse lui toucha l'épaule pour la protéger de la malédiction. Elle devait protéger cette fille pour qu'elle puisse agir.

La satisfaction de savoir que le prophète y laisserait sa peau calma un peu la fureur de la déesse mais elle ne leva quand même pas sa malédiction. Ce serait trop facile, sa fureur ne partirais pas comme ça. Pour se changer les idées Hécate commença à marcher dans le temple. Outre les débris et les cris qui montaient ou bien même les gens qui fuyaient ce n'était pas tant que ça la panique.
De loin elle vit même une muse participer à la fête. Elle avait l'air surprise, outrée, et protectrice. Tout ça en même temps, et cela rendait son expression encore plus interressante. La laissant s'occuper de la petite qu'elle semblait prendre - malgré son manque évident de savoir faire -  sous son aile la déesse continua sa promenade rédemptrice tout en évitant les pierres qui semblaient avoir pour vocation d'assomer des gens. Elle provoqua une explosion et les pierres qui bloquaient l'entrée volèrent pour rejoindre celles qui tombaient du fait de la déesse printanière. Le centaure qu'elle avait aperçu depuis la fenêtre avant l'inauguration était présent lui aussi et tirait le jeune héros de tout à l'heure par le bras.

C'est alors  qu'elle vit Thanatos. Hécate ne voulait actuellement vraiment pas être du côté de la déesse reine mais pas question de rejoindre un clan sans savoir le but derrière cette mascarade.
Il lui fallait donc trouver Thanatos. Celui-ci justement était avec Hadès et il lui semblait que du coin de l'oeil il la designait. Bien, il avait donc prevu quelque chose la concernant. Ou au moins il l'avait vu. Autant lui éviter le déplacement et aller voir ce qui se tramait dans son esprit dérangé. Mais tiens, n'était-ce pas Sisyphe à côté de lui ? Il n'y avait pas une histoire entre eux-deux ? Celle où Thana finissait avec une jolie paire de bracelet sur mesure. Cette histoire avait - chose rare - fait rire la déesse.
Elle s'appliqua à ne rien montrer cependant et quand elle lui parla cependant il n'y avait aucune trace de l'amusement qui agitait ses pensées.

"Je sais pas ce que tu as prevu mais je suis un peu énervée là." La titanide désigna les gens atteint par sa malédiction. "J'ai donc utiliser tes jouets pour essayer de me calmer." Elle eut un vrai sourire à la mention de son opposition à la poupée de Hadès. "Quelle est la suite du programme ? J'ai moi aussi envie de m'amuser."

Il était un petit homme... :
 

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MessageSujet: Re: [EVENT] Le Grand Temple de Paphos Lun 31 Aoû 2015 - 13:08

Des papillons d'ombres, un massacre à perpétrer, des gêneurs, et la participation d'Hadès lui même. On ne pouvait pas le nier, Thanatos avait de la suite dans les idées, et sa créativité égayait agréablement le paysage. Si seulement toute cette finesse d'esprit avait pu lui inspirer un peu de contrôle sur ce flot ininterrompu de paroles...

"J'ai bien saisi ton idée, mais j'ai le sentiment insistant que tu viens de manquer une excellente occasion de te taire, mon très cher Thanatos.
Son regard se durcit, sans qu'il ne se départisse de son sourire.
"Tu sais, je conçois que tu profites de la situation, et j'ai bien conscience que me mettre en colère soit une activité très amusante de ton point de vue. Je ne te ferai pas le plaisir de te soulever par le col avant de t'expliquer comment je pourrais faire une guirlande de tes entrailles métalliques, que j'accrocherais au portail de l'érèbe pour t'apprendre.
Il ponctua sa phrase d'un déni de la tête, très calme.
"En vérité, j'ai profité de ta petite installation pour innover."

Il se retourna pour balayer les alentours du regard.

"Une seconde. Si, je le vois qui s'approche.

Il désigna une direction du menton.

Impossible de se méprendre sur cette haute silhouette, dont la chevelure étrangement soignée s'agitait au rythme d'un rire rien de moins que dément.
Sisyphe, dans toute sa splendeur.
Thanatos n'avait accordé le passage qu'à un échantillon choisi de la population du tartare. Hadès avait laissé le passage à l'une de ses connaissances les plus remarquables

"Je dispose d'une petite minute, alors je vais en profiter pour mettre plusieurs points en évidence. Tu peux humblement hocher la tête de temps en temps.

Il marqua le compte avec ses doigts.
J'attire ton attention une bonne fois pour toutes, il n'existe pas d'univers parallèle dans lequel je sois d'assez bonne humeur pour souffrir de ton impertinence à l'égard de Perséphone.
Deuxièmement, j’aimerais insister sur le caractère tout à fait exceptionnel de ma participation, Thanatos. Une fois tout cela nettoyé, pas la peine de me proposer un deuxième opus, j’espère que cela t’apparaît comme une évidence.
Troisièmement, je vais te faire la faveur d'occuper Perséphone ET de te laisser le champ libre jusqu'à l'aube, parce que je sais que le final sera à la hauteur. Évite tout de même d'abuser de mes bonnes dispositions à ton égard."


Il marqua une pause, tandis qu'un discours incohérent ponctué des éclats d'un rire hystérique se rapprochait.

"Sans transition, je te présente mon innovation, fit-il avec un petit air théâtral dans la direction incriminée. Enfin, je crois que vous vous connaissez déjà."

Ah, Sisyphe, on aurait dû en faire toute une chanson. Hadès lui vouait une certaine sorte de sympathie toute personnelle. Quelque chose qui mélait aversion, pitié et affection filiale. Oh, il ne fallait pas s'y méprendre, que que cette espèce d'insecte lui tire sur la manche en se passant de toute forme de respect homologuée ou intentée n'était pas très plaisant. D’ordinaire, il avait déjà assez souvent envie de l’écraser entre le pouce et l’index sans avoir à subir son, hm, comment désigner une telle éructation sonore désagréable, son rire. Il éprouvait, par ailleurs, un petit pincement de regret à l'avoir libéré de la colline d’éternelle souffrance où il était censé voir défiler l'éternité, et à tout cela s’ajoutait le sentiment un peu nauséeux que le personnage lui inspirait.
Mais Hadès passa outre tout ce beau passé commun pour partager un instant le rire de son supplicié préféré ; il était vraiment trop satisfait de son coup pour décemment s'en empêcher.

La longue vie d'Hadès recélait quelques bons souvenirs, certes ; mais, la vision de Thanatos épinglé au marbre du plais royal de Corinthe comme le dernier des imbéciles, et aussi impuissant que furieux réchaufferait probablement le coeur d’Hadès pour encore de longs siècles à venir.
Il était si heureux de les voir de nouveaux réunis, qu'il laissa Sisyphe terminer son horrible laïus.

Décidément, la soirée allait en s’améliorant ; au contraire du dernier venu. Elle était loin, l'époque où il pouvait tenir tête à un dieu un peu éméché. L'intelligence qui habitait son regard, cette force de caractère brûlante, et surtout, toute cette cruauté mêlée d'une démence froide, tout cela avait commencé à quitter le regard de l'ex-souverain de Corinthe.

“Mais, c’est toujours un plaisir,
remarqua-t-il, comme s’il n’avait pas prêté attention aux provocations qui précédaient. Sisyphe avait peut-être raison de penser qu’il n’y avait pas tant de raison d’accabler un homme qui passait déjà l’éternité à pousser un rocher glissant au sommet d’une colline. “Tu vois, j'aime qu'on se mette au travail de bon coeur ; je sais que c'est ta spécialité. Alors, je t'ai gardé un petit quelque chose à faire.

Pour des raisons pratiques, et surtout, parce qu'il appréciait d'être le seul à s'écouter parler, Hadès dispensa son prisonnier de l'usage de sa voix pour le temps qu'il passerait encore en sa présence. Il conservait le plaisir de l'écouter pour d'autres.

"Je ne te présente pas Thanatos ; j'ai décidé de te confier à sa bonne garde. Je suis sûr qu'il sera très heureux de s'assurer qu'il ne t'arrive rien de fâcheux jusqu'au lever du jour. Il aime beaucoup qu'on reste à côté de lui, qu'on lui fasse la conversation, ce genre de choses.
Je te laisse te charger de ça ; évite seulement de me l'accrocher à une quelconque dalle de marbre, ça m'embêterait d'avoir à venir le détacher."


Hadès adressa à Thanatos un sourire affable, avant de se tourner vers Hécate, qui s'était approchée dans la foulée. Un sillage de hurlements de douleur la suivait, ajoutant à la panique qui avait suivi l'incendie, puis la pluie de rochers.

"Je ne me lasse vraiment,
déclara-t-il, vraiment jamais d'écouter vos impertinences, à tous les deux - trois. Ce qui va se produire, - Bonsoir Hécate - c'est que je vais récupérer Perséphone, pendant que vous terminerez votre massacre comme ça vous chante.

En passant, puisque vous êtes deux, essayez de convaincre Eros que la plus grande partie de ces gens méritent une mort douloureuse et lente. Promettez de sauver tous les amoureux sincères, dédiez lui un vrai temple en pierres roses, achetez-le, attachez-le, essayez d’attirer son attention en vous embrassant langoureusement...

Je compte sur vous,”
lança-t-il en s’éloignant, ponctuant son départ d'un petit geste de la main, à mi-chemin entre un "salut" et un "débrouillez-vous", et déliant du même coup les lèvres de Sisyphe.

Il repartit énergiquement dans la direction du temple, en évitant de piétiner ceux qui gisaient dans le chemin. La panique gagnait en ampleur, les cris également. Personne n'y était allé de main morte.
Hadés n'avait toutefois pas vraiment de remords à voir massacrer les partisans de cet édifice abscons. Thanatos avait mené Paphos dans ce traquenard lui-même, certes. Mais, il fallait être plusieurs pour faire une fête, et parmi tous les imbéciles qui n'avaient pas eu l'intelligence, sinon de s'employer à détruire l'édifice, du moins de quitter la cité, aucun n'avait relevé l'incongruité des festivités. Tant pis, il faudrait bien qu'ils comprennent. D'autant que le responsable avait tout à fait convaincu Hadès de l'intérêt de la démonstration.

Pour l'heure, il valait mieux se concentrer toutefois sur ce qui était plus ou moins hors de contrôle. En particulier, de Perséphone, apparemment très occupée à apprendre aux pierres à voler, avec quelques victimes collatérales.
Hécate, Hécate, tu n'es vraiment pas décidée à faciliter les choses, pas vrai ?

Le rideau de flammes qui prenait le temple n'avait plus grand chose à voir avec l'amusement froid qu'Hadès avait laissé prendre derrière lui. Il constata en passant au travers que sa femme lui avait insufflé une bonne mesure de fureur et de détermination, avant de l'élever en dispositif protecteur autour de ceux qui étaient restés en son sein.
Il ne peut retenir un sourire ; il la reconnaissait bien là. Au demeurant, toute sa présence investissait familièrement les lieux.

Mais, il lui semblait que les frasques des deux autres idiots ne lui réussissaient pas tout à fait. Pour preuve, ce tir involontaire de marbre sur les chypriotes de passage. Il n'aurait peut-être pas dû la laisser seule, au milieu de ce cirque, en compagnie d'Hécate, et en travers d'un nouveau moyen pour thanatos de se défouler aux dépends d'un certain nombre de mortels naïfs.

Il allait falloir la calmer, et trouver quelque chose à faire de tous ces gens, qu'il ne pouvait du coup plus vraiment décemment occire jusqu'au dernier.
Hadès dégagea sans trop de difficulté une voie vers son épouse parmi une foule efficacement absorbée par d'autres problèmes plus évidents. Il déposa un baiser sur son front en guise de salut.

"Percy. Tu es en train de faire de mon temple un hospice pour les malheureux", fit-il remarquer avec un léger sourire.

Il porta son regard sur les "jouets" d'Hécate, épinglés au sol par ce qui ressemblait à une méthode de torture élaborée. Il était difficile de les manquer, au volume où ils hurlaient.

" On ne la convaincra pas de lever cette affliction avant que son orgueil ne se soit remis de cette gifle, commenta-t-il.

Quand bien même lui ou Perséphone eut été compétent en matière de sorcellerie, il était inutile d'espérer défaire l'oeuvre d'Hécate. Sauf peut être au moyen d'une mort rapide, mais ce n'était pas exactement le propos.

" Laisse les se défouler ; ça reposera tour le monde."

Il ne souhaitait pas vraiment que l'événement dégénère en une bataille rangée entre les deux andouilles qu'il avait laissé d'un côté, et Éros et sa propre femme de l'autre. Pourtant, il lui semblait que la nuit était partie pour prendre cette tournure. Tous les protagonistes étaient bien trop têtus pour céder du terrain.

Il avait donné jusqu'à l'aube ; même si tout ne ne passait pas comme prévu, il s'en tiendrait là. Et, s'ils décidaient tous de jouer à qui pissait le plus loin, il en profiterait pour leur rappeler que sa patience admettait tout de même quelques limites.
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Il monta sur un arbre, etc, etc.:
 
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MessageSujet: Re: [EVENT] Le Grand Temple de Paphos Sam 10 Oct 2015 - 1:32

Tout sourire s'effaça de mon visage en même temps que toute impression de victoire de mon esprit, alors que Perséphone m'assénait son poison au visage. Les mots corrosifs, elle les avait criés directement dans ma tête, afin que personne d'autre de l'entende. Elle souhaitait me faire souffrir – une foudre furieuse l'animait toute entière. Comment osait-elle ? Tant d'irrévérence dans la bouche d'une dame de ce rang – la femme d'Hadès ! C'était tout simplement inconcevable qu'elle me traitât d'égoïste aussi crûment – et même, qu'elle m'en traitât tout court. Il était pourtant d'une évidence limpide que, dans cette histoire, c'était loin d'être moi, l'égoïste. Car qui s'était échiné à composer patiemment – oh, j'avais été si patient ; j'avais réprimé tant de pulsions face à ces êtres répugnants et pas plus intelligents qu'un têtard à tête molle – avec les humains pour leur faire un temple, et tout cela pour sortir Hadès de sa triste, triste et ennuyeuse routine ? Une routine, qui, d'ailleurs, ne pouvait que découler du mariage avec Perséphone ; en réalité, c'était elle l'égoïste, c'était elle qui forçait Hadès au désœuvrement le plus total, en l'obligeant à rester à ses côtés, à se plier à ses désirs d'ordre, à refouler ses sublimes passions meurtrières. Perséphone… « Tu te fourvoies totalement, pensai-je, et tu es la plus aveugle de nous deux. Mais, soit : j'admets que mon comportement peut sembler égoïste à première vue (quoiqu'en douter ne démontre-t-il pas que tu ne vois pas en quoi il profite à Hadès, en quoi celui-ci en a besoin et en quoi je lui offre la distraction sur un plateau d'argent ?) ».  Mais s'il paraît égoïste, c'est à première vue seulement – et considérant la colère de la déesse, qui la rend bornée –, et c'est la raison – mais la seule et unique raison – pour laquelle je décidai alors de ne pas relever ce point.

En revanche, l'accusation de manquer d'intelligence était d'une autre mesure ; elle était probablement impardonnable. L'ire commençait de sourdre en moi, sous une pluie de dégoût acide, lorsque je fus parcouru tout entier d'un frisson de haine envers la dame infernale. Il y avait beaucoup de choses que je pouvais laisser passer – du moins de la part de créatures divines (et d'autant plus divines que Perséphone était, à y réfléchir, plutôt jolie à regarder ; je me ressaisis, secouai la tête et maudis la présence d'Éros : « satané dieu de l'amour, des sentiments odieusement collants et dégoulinants et des actions passionnellement irréfléchies », jurai-je intérieurement). Mais cette accusation, il m'était divinement impossible de la laisser passer. Je désirai soudain sentir sa vie entre mes doigts, les serrer peu à peu, les relâcher trop vite, la griffer cruellement, en boire le malheur jusqu'à la lie et tout lui recracher au visage – souillon !

L'envie de la gifler me rappela le soufflet qu'elle avait gracieusement offert à Hécate – mon amie, la lunaire et magnifique Hécate. Cela, je le jurai, elle le paierai tôt ou tard dans la douleur – et dans le déshonneur. (Ce fut rapidement noté en glyphes indélébiles et brillants dans un recoin sombre de mon esprit.) Je dus rassembler toute ma volonté pour résister à cette pulsion destructrice qui bouillonnait, qui menaçait d'animer mes bras et d'enclencher un terrible combat, un combat dans lequel Perséphone, c'était une nécessité, souffrirait de tout son être. Mais je restai impassible encore quelques instants, contenant dans les limites de ma fragile enveloppe les hoquets empoissonnés, les vibrations tranchantes et la pyrotechnie méprisante qui avaient soudain fleuri dans mes entrailles d'airain. Je savais ce que je valais, après tout : mon intelligence était indéniablement supérieure à la sienne, sans quoi elle ne se conduirait pas de façon aussi puérile. Et il me restait dans ma manche encore tellement d'atouts qu'elle en pâlirait de peur si seulement elle pouvait constater ne serait-ce qu'une infime part de mes plans géniaux, si elle pouvait soulever, l'espace d'un instant, un coin du voile de mon âme et admirer ne seraient-ce que deux ou trois recoins du formidable dédale de mon esprit. Elle était faible, et moi, je serais vainqueur, quoi qu'il arrive. Tout simplement parce qu'elle n'était pas capable de réellement savoir à quoi elle tenait.

Quoi qu'il en soit, si je n'étais pas moitié aussi intelligent que ce que je m'imaginais être, il me suffisait de me penser deux à trois fois plus intelligent – et c'était là chose facile tant mon esprit était vif, tant j'étais incommensurablement ingénieux. Le problème était réglé – et je décidai (avec beaucoup de force d'âme) de laisser couler cette seconde insulte à ma grandeur.

Ce fut ensuite le mépris qui m'investit tout entier, lorsqu'elle parla du cosmos et de comment je croyais pouvoir le modifier. Cette péronnelle n'avait pas la moindre idée de ce dont elle parlait. Moi, je connaissais très bien mon sujet : fils de la Nuit elle-même, allégorie divine de la Mort, petit-fils du Chaos, neveu de l'Amour et de l'Obscurité, cousin des Cieux supérieurs et du Jour, j'étais un primordial, moi, Madame. On ne me dit pas ce que je dois faire, on ne me dicte pas ma conduite, et on ne m'apprend certainement pas ce qu'est l'ordre du monde, comment il doit être et comment il va réagir à mes actions réfléchies, calculées, froidement planifiées en vue de parvenir à mes fins – et bien entendu de prodiguer de bons soins à mes amis ; j'entends par là, ceux que j'apprécie, ceux qui sont susceptibles de souhaiter le même ordre du monde que moi. Je n'attaque pas le cosmos, annonçai-je avec grandiloquence dans mon esprit, devant une foule de fantômes en liesse, je l'oriente, je le dirige, et plus ! je le construis. Les esprits applaudirent le mien. Le contentement lisse recouvrit tous mes précédents sursauts de rage et de dédain qui avaient manqué de m'emporter dans leur flot brûlant. La calme superbe et le superbe calme reprirent leur juste place sur le trône de mon âme apaisée. Je savais qu'aucune de ses paroles ne m'atteignait. Je savais qu'il n'y aurait qu'un seul vainqueur et que ce serait moi.


Pourtant, Perséphone faillit me décontenancer. Elle avait décidé de me braver en plaçant le temple et les rares vivants qui s'y trouvaient sous sa protection. Un instant, je vacillai, surpris, et songeant à ces petits cœurs qui n'étaient pas encore descendus aux Enfers – j'eus un haut-le-cœur. Non seulement elle ne se doutait pas que j'avais les moyens de la neutraliser, mais elle ne se rendait apparemment pas compte que je n'avais que faire du temple. Une petite dizaine de vies ne faisait pas le poids face aux centaines d'autres que je pourrais cueillir, aussi facilement que le jour, à l'instant même où l'envie m'en prendrait. Je ne faisais durer les choses que pour savourer ce moment, si elle tenait à faire l'héroïne, je n'aurais qu'à lui démontrer son impuissance et ma suprématie, l'inanité totale de sa résistance. La confiance déferla en moi.

Puis, lorsque la voix d'Éros retentit dans l'air, s'y dissolvant lentement, et imprimant sur nos tympan un terrible ultimatum, je me fis la réflexion que je n'avais pas souvenir d'être un jour passé par autant d'émotions en un temps aussi court. La crainte et le respect prirent le dessus, alors que je considérais l'intervention de mon oncle. Pourtant, une rapide utilisation de mes géniales méninges m'assura une élégante issue, et la sérénité chanta à nouveau ses odes tranquilles aux profondeurs insondables de mon être.

Et la réponse d'Hadès fut comme un doux acide qui coulait dans les fissures imperceptibles de la haute tour de mon aplomb. Il me sembla d'abord que son approbation m'était une douche chaude et revigorante, mais bientôt le fluide mordit doucement mes membres, déposant sur eux des sillons de flammes. Je savais que j'étais allé trop loin, mais je ne m'en repentais pas pour autant ; je sentais autour de moi le liquide corrosif griffer mon corps comme avec d'anciens barbelés, quand au plus profond de moi dansait un satyre autour de son feu de camp, il sautait, courait, tournoyait, et sa flûte de syrinx déversait en moi des glaçons qui s'entrechoquaient dans une harmonie aléatoire – c'était vers la réalisation de ces symphonies sensibles que mon être était tourné.

Sisyphe, ruminai-je intérieurement, ta vue sublime les cubes de gel qui retenaient mes plus violentes pulsions sanguinaires. Jusque là, j'avais été miséricordieux et je tuais avec parcimonie ; ta simple présence était une faille dans les écluses par laquelle l'eau s'engouffre, fait pression, déforme les battants et finit par les éclater. Le sang coulerait, les chairs seraient labourées, les yeux fondus et les âmes torturées, condamnées à une errance infinie dans les lieux les plus abjects du Tartare. Hadès avait fait une erreur en me collant cette moisissure, une erreur que paieraient tous les autres. Aussi ne me fis-je pas prier, dès qu'Hadès fut parti, pour orner mon regard d'éperons rocheux qui trancheraient l'ego et la stupidité de cette vermine, puis je me tournai vers Hécate, lui offrit un sourire d'autant plus gracieux que je tournais le dos à la caricature de la bêtise humaine.

-Bien le bonsoir, Hécate. Étant donné ton comportement dans les dernières minutes, je suis porté à réviser le jugement quelque peu mitigé que j'ai pu émettre à ton propos – la simple idée que j'aie pu douter de toi me révulse. Tu viens donc de gagner mon admiration à une intensité jusque là inégalée, et si tu souhaites à présent faire partie de ma petite fête, je serai Ô combien ravi d'accepter une déesse de ta dignité. Mais d'abord, tu le comprendras certainement, j'ai une ou deux histoires à régler avec la déesse qui sert de f… Avec la Reine Infernale, conclus-je avec une déférence entièrement feinte.


La crème fouettée de ma haine précieuse se tourna vers le temple.

-Perséphone !

Je m'étais exprimé distinctement, sans crier, mais ma voix avait une intensité suffisante pour couvrir le tohu-bohu ambiant, le crépitement des flammes, et même sa rage qui l'assourdissait.

-Ma petite, je m'excuse du trouble que j'ai manifestement causé en ces lieux.

Ma voix sonnait presque faux, à mes seules oreilles – il faut dire que je jubilais, à cet instant, de me faire tout petit devant elle, d'être penaud, de me repentir. Et je l'étais un peu, bien entendu.

-Je reconnais que j'ai commis d'horribles erreurs ici, et voilà que tu reprends le contrôle du temple (mon beau temple, j'aurais simplement souhaité qu'il ne soit pas détruit, mais j'y ai été obligé). C'est une chose juste, sans doute, je te le laisse volontiers, si c'est ce que tu veux en échange d'écouter Hadès et de ne plus t'interposer. Tu vois, je pourrais décider de me venger, nous pourrions initier une lutte infernale entre nous deux, mais pour ma part, je n'en ferai rien. C'est pourquoi il me plairait beaucoup que tu suives le conseil de ton mari et que tu nous laisses faire, au moins pour la contrepartie que je te cède généreusement. Mais après tout, le Dieu et Empereur des Enfers, l'être qui t'est le plus cher et le plus proche te le demande, alors, je pense que tu peux te fier à lui. Malgré la liaison qu'il a eue avec Hécate par le passé, tu sais, c'est quelqu'un de bien et de confiance.

Je laissai prendre la mousse au chocolat. Il n'y avait plus qu'à laisser reposer, et toutes les vengeances que pourrait imaginer Perséphone (ou Hadès, qui n'apprécierait sans doute pas autant que ma dernière pique sur sa femme) ne seraient plus contre moi d'aucune utilité. En effet, Perséphone avait à présent une dette envers moi – en même temps que je lui enfonçais le poignard gelé de la délicieuse vengeance dans le flanc – et Hadès, en plus du fait qu'il allait avoir d'autres chats à fouetter (ou d'autres déesses), devrait même m'en être reconnaissant. Je n'avais bien entendu lâché l'information que sous l'effet d'une spontanéité irréfléchie (feinte avec un talent dont je me féliciterais encore longtemps), mais bien davantage, je venais d'éviter à Perséphone le désavantage d'entendre la terrible nouvelle de la bouche d'Hécate elle-même, qu'elle aurait pu lui lancer au visage comme des poignées de sable. Pour être tout à fait honnête, j'étais moi-même relativement surpris que je consentisse à me priver d'un tel spectacle où les acteurs tout à coup brisent leur pièce d'un coup de marteau et invitent la vie quotidienne, intime, honteuse, sur la scène, face aux regards avides de tous, que les comédiens oubliaient vite mais qui faisaient toute la délectation de la situation. Mais je laissai vite les tourtereaux à leurs tendresses.

J'adressai à Éros un message mental d'une nature similaire au sien (mais univoque), et à celui que m'avait envoyé Perséphone, secret et insidieux ; Éros devrait choisir un camp.

-Mon cher oncle, je sais que je suis jeune et que tu te considères à bien des égards et à juste titre comme plus compétent en matière de gestion et de conservation du chaos que moi, son humble serviteur et descendant, mais je te promets que l'équilibre historique ne sera pas brisé, et que je consens même à t'accorder une – mais une seule – condition restrictive sur les heureuses âmes que j'emporterai dans les ombres des Enfers.


À peine avais-je fini de m'adresser au dieu de l'amour que je sentis, dans la toile magique qui enserrait l'île, la présence d'Antigone. Normalement, ce bouclier tuait tous ceux qui le traversaient. Mais d'une part, la petite n'était pas tout à fait vivante, et de l'autre, la mort d'un mortel était toujours une action consciente et délibérée de ma part ; jamais je n'aurais laissé mourir un tel joyau. Un frisson me parcourut l'échine. C'était le moment parfait : Antigone allait revenir, et tout ne serait qu'un gigantesque feu d'artifice tiré à ma propre gloire. Alors je défis pour elle les nœuds du filet invisible et létal qui enserrait l'île, pour l'extraire de la toile d'araignée gigantesque dans laquelle elle était engluée. Elle apparut bientôt près de moi, détrempée, pâle, au bord de la vie, dégoulinante de suicide, de liberté, d'espoir, de poison, au regard toujours aussi profond et aux cheveux élégamment dérangés. Elle serait d'une aide précieuse près de moi, et elle détournerait l'attention de Sisyphe.

-Bonsoir, Ô chère Antigone. On voulait nous quitter, alors qu'un éclatant avenir brillait au loin ? Je ne pouvais pas laisser gâcher un tel potentiel, petite humaine, tu es un trésor de ténèbres et de métal. Bienvenue, donc, aux côtés de l'illustre Dieu de la Mort.


****


Ce dont Thanatos ne se doutait pas – et quelle faute, aurait-il vainement pensé, pour un Dieu tel que lui ! pour un être aussi brillant ! – c'était qu'en déliant les fils turquoises de son piège pour Antigone, il les avait temporairement étirés de telle manière qu'ils offraient à présent un passage ténu et fluctuant vers l'extérieur de l'île. Au fond de l'eau, et un peu au-dessus de la surface, on voyait parfois le filet scintiller légèrement autour de la brèche qui s'était formée. Peu la verraient, et peu passeraient, mais les quelques chanceux qui se trouvaient sur la plage, qui remarqueraient le phénomène et seraient assez hardis pour s'élancer dans les eaux obscures, ceux-là peut-être survivraient, et cela semblait être leur seule, leur ultime chance de s'accrocher à ce petit morceau de pain dur qu'est la vie.
La Lune projette sa face sur le miroir aqueux, les abysses en sont rendues plus mates, plus ternes et plus brumeuses. Un voile, où se mêlent une opaque fumée et des nuages translucides et immaculés, recouvre le ciel. La plage boit la mer comme un philtre empoisonné. La houle régulière marque l'avancée de la trotteuse dans sa promenade absurde, sans fin, qui ne fait que l'enfermer davantage à chaque tour. Tout périt, tout flétrit, et le monde continue de respirer calmement dans sa douce indifférence. Les vagues se brisent sur le rivage.

Les vagues se brisent sur le rivage:
 

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Dernière édition par Thanatos le Mar 2 Aoû 2016 - 16:49, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [EVENT] Le Grand Temple de Paphos Ven 23 Oct 2015 - 17:13

Les plaines célestes étaient vidées de toute présence divine, seuls quelques serviteurs restaient fidèles à leur poste. Le seul domaine encore occupé était celui du dieu de la vigne, d'où s'élevaient de monstrueux ronflements. D'un seul coup, ils cessèrent et le dieu concerné s'éveilla en sursaut. Le silence était particulièrement anormal. Il roula mollement sur le sol et se releva presque droit comme un i. Un i très chancelant.

Il quitta son habitat divin pour tenter de trouver quelqu'un qui saurait lui expliquer ce qu'il avait fait la veille au soir, même si aucun des dieux n'en serait capable. Qui s'occupait des affaires de Dionysos, franchement ? Traînant sa carcasse dans les cieux, il fut néanmoins surpris par l'absence de tous ses congénères. Après avoir erré quelques temps, nu comme un ver, il entendit une rumeur s'élever du domaine d’Éros. Intrigué, il se dirigea dans cette direction.

Il tomba nez à nez avec Psychée, la compagne du dieu de l'Amour, qui s'offusqua immédiatement de sa tenue. Dionysos rit nerveusement, se vêtit automatiquement et s'excusa. Il ne tint pas longtemps avant de demander à la belle femme ce qui se passait pour que personne ne soit présent. Elle lui résuma la situation de Paphos, obtenant ainsi un dieu du vin estomaqué. Surtout très curieux, il la remercia et la pria de bien s'occuper de Chiron avant de se volatiliser.



Dionysos se retrouva immédiatement juché sur le haut d'un phare qui s'avérait plutôt inutile. Tout autour de lui n'était que noirceur et il relia rapidement ce fait aux paroles de Psychée. Avec un effort de mémoire, il supposa que c'était là l’œuvre de Thanatos. Une moue triste se dessina sur son visage. Si tous les méchants s'étaient décidés à agir, il ne pourrait pas faire grand chose. Mais soit, maintenant, il était là et il se devait de bouger son fessier dodu.

Il fit un rapide tour sur lui même et découvrit l’ampleur des dégâts : le règne du chaos, les décombres, les cris, les morts. Liste non exhaustive. Le dieu de la vigne lâcha un long soupir et cria :

« C'est pas juste, vous auriez pu m'attendre pour faire la fête ! Bande de nuls ! »

Dépité, il sauta de son perchoir et atterrit près d'un petit groupe sur la plage. Sûrement des gens qui cherchait à sauver leur peau. Il se frotta les mains et jeta un coup d’œil dans l'assemblée ; quelques hommes, femmes, un ou deux enfants en pleurs... et un centaure qui faisait un peu tâche. Suspicieux, il s'avança vers la créature féminine, les sourcils froncés et détailla son visage sans piper mot. Il haussa les épaules et se dirigea vers la mer jusqu'à ce que les vaguelettes viennent lécher ses pieds nus. Apparemment, Poséidon n'était pas de la partie. Bizarre bizarre. Il ramassa un coquillage et le jeta « au loin ».

Oh, il traversa la barrière, pour sûr. Mais plongea de l'autre côté en un petit tas de poussière qui se répandit très vite dans les flots. Suivant une seconde la course des résidus, il observa un scintillement sous la surface. Intrigué, il plongea pour découvrir ce que cela pouvait bien être. Il entendit un cri de femme lorsqu'il s'approcha au plus près de la barrière mais n'en tint compte. En tant que dieu, elle ne lui ferait rien. Enfin, c'est ce qu'il se disait. Ahah...

Il put néanmoins confirmer ce qu'il pensait. Le scintillement correspondait à une faille, si infime soit elle. Il revêtit sa forme de gros chauve, poussa sur ses bras pour passer au travers et se retrouva de l'autre côté de la barrière. Il fit de même dans l'autre sens et reprit sa forme normale, sans que personne n'ait remarqué quoi que ce soit. Il avait légèrement augmenté l'étendue de la fissure avec son imposante corpulence.

Il retourna jusqu'au rivage et sortit de l'eau en se dirigeant vers le petit groupe, un sourire exagéré fixé sur les lèvres. Un jeune garçon les regardait lui et la mer, alternativement, avec des yeux plein de terreur. Il lui tapota amicalement la tête, bien qu'il le secoua plus qu'autre chose tellement il tremblait de peur.

Il frappa dans ses mains, radieux, alors qu'autour d'eux tombaient les cendres du palais.

« Salut, moi, c'est Dionysos ! »

Il tendit une main devant lui mais personne ne vint la serrer. Il fit la moue.

« Bon. J'arrive après la guerre, mais là en dessous, il désigna le coin de mer dont il sortait, il y a un trou dans la barrière. »

Quelques murmures inquiets s'élevèrent. Son ton se fit pressant.

« Roh et puis zut ! Vous voulez pas sauver votre peau ? Je sais seulement vaguement ce qu'il s'est passé ici mais je sais très bien que ça va encore plus mal finir ! »

Cependant, personne ne le croyait. Une voix s'éleva :

« Et qu'est-ce qui nous prouve que c'est pas un piège, hein ? »

Dionysos lui lança un regard désolé.

« J'aimerais le faire, mais la barrière ne me ferait rien. Ayez simplement confiance, je vous montrerai la voie.. »

Il essaya de leur insuffler une petite dose d'apaisement pour les désinhiber.


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MessageSujet: Re: [EVENT] Le Grand Temple de Paphos Jeu 29 Oct 2015 - 22:13

- Aidez moi à la porter, c’est une amie.

Je froncis les sourcils une fois de plus dans cette journée pourrie qui commençait à me taper sur le système. Pour qui me prenait-il? Je ne transportais pas les gens moi, personne ne montait sur mon dos. C'était mon dos. Je commençais à reculer, prête à faire volte-face et fuir tout ce danger qui ne m'inspirait pas grand chose de bon. En effet, le chaos c'était propagé bien au-delà du temple ; désormais, la plage était assaillis de citoyens blessés, effrayés et même des cadavres calcinés jonchaient les rues. Quelques personnes tentaient de calmer la foule en vain. Qui d'autres auraient pu créer un tel bain de sang à part les dieux eux-même ? Ils avaient tués Chiron et ils paieraient pour ça et pour tous les autres crimes. Nous n'étions pas des marionnettes, ils n'avaient pas le droit de se servir de nous comme tel.



Mon regard se porta de nouveau sur le jeune homme que j'avais essayé de sauver de la foule. Quel ingrat, j'avais voulu le sauver et maintenant il m’empêchait d'avancer en voulant que je traîne un autre macchabée sur le dos. Il n'était pas dans un bel état d'ailleurs, son visage presque brûlé reflétait tant bien que mal son désespoir et ses vêtements n'étaient guère plus en bon état. La culpabilité, la seule chose sur cette Terre qui m'empêchait de suivre mon instinct. J'hochai de la tête et je vis l'homme s'approcher de moi pour mettre la femme sur mon dos. Je reculai vivement en me cabrant à moitié :

- Personne, je dis bien personne, ne monte sur mon dos !

Je vis son air dépité mais j'en eus assez de perdre mon temps en blablatage et je pris la femme entre mes bras, un en-dessous de sa nuque et l'autre sous ses genoux. Je repartis au galop vers la plage en essayant tant bien que mal de me frayer un passage dans la foule dense qui hurlait. L'autre essayait de tenir l'allure mais avec ses deux seules jambes il avait beaucoup de mal, ah ces humains... Je ralentis ma cadence et bientôt je sentis l'eau salé s'écraser sur mes sabots, nous ne pouvions pas aller plus loin.

Les bateaux s'écrasaient toujours sur ce dôme invisible qui nous écartait de toute tentative de fuite. Il aurait peut être mieux valu fuir par les terres ? Il était maintenant trop tard. Alors que j’essayai de réfléchir, je vis un homme, un humain sans aucun doute, essayer de se faire écouter par les pauvres civiles. Son discours n'avait aucun sens, il ne pouvait pas y avoir de faille. Je voulu avancer dans sa direction mais je le vis disparaître sous une marée de personnes. Mon regard balaya la zone qu'il avait indiqué du doigt et je fronça les sourcils pour espérer mieux voir. Un éclat brillant apparaissait de temps à autre sur la carapace transparente suivant la place du soleil dans le ciel mais à un petit endroit il n'y avait aucun éclat, j'eus beau tourner ma tête dans tous les sens, rien ne venait troubler la surface normalement là. Comment avait-il pu le savoir? Qui était cet homme ? Que venait-il faire ici ? Un des dieux avait-il décidé de les aider finalement ? Non, pas possible ils étaient beaucoup trop occupé à se taper dessus que ce n'était pas une poignée d'humains qui allait les déranger.

Soulagée, j'entrevis une sortie possible, il n'y avait qu'un seul problème. Je ne savais pas nager, ou plutôt si mais j'avais horreur de l'eau.
Je me penchai vers l'homme qui m'accompagnait pour lui faire part de ma trouvaille :

- Il y a une faille dans le dôme, juste là !

Un éclat lumineux passa dans ses prunelle avant de redevenir terne. Il fallait que je réussisse, c'était ma seule façon de survivre. L'eau paraissait tellement profonde, je n'aurais jamais la force de traverser tout ce bout de chemin à la nage. Il le fallait pourtant, pour Chiron au moins. J'avançai un sabot dans l'eau, puis un autre. L'écume vint me lécher les paturons et des frissons parcoururent mon corps entier. J'essayai de ne pas y penser et je m'enfonçai dans les eaux plus profondes. Mon fardeau commençait à peser dans mes bras et j'eus beaucoup de mal à garder sa tête hors de l'eau. Au fur et à mesure de mon avancée, je croisais les débris des bateaux qui avaient chavirés et leurs membres qui essayer de ne pas couler. Je jetai un coup d’œil vers la berge pour estimer ma progression, qui se limitait à une cinquantenaire de mètres au plus...
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MessageSujet: Re: [EVENT] Le Grand Temple de Paphos Dim 10 Jan 2016 - 21:47

Si tout ne se calmait pas très vite, si Perséphone ne trouvait pas un soutien ou appui rapidement, quel qu’il soit, un ou deux fusibles allait griller dans son système nerveux. Elle avait déjà entamé sérieusement sa métamorphose en l’espèce de furie illogique qui prenait parfois possession d’elle. Comment Hadès, songea-t-elle, son Hadès, sa moitié, dont le souffle lui était à peu près aussi indispensable que l’arrogance à Thanatos, n’avait-il pas pu voir à quel point elle était proche de basculer ? Un état sombre et trouble s’ouvrait comme un gouffre devant elle. Plus uniquement de la colère : un résultat de sa nature binaire ; elle était sur le point de devenir tout à fait dangereuse, aussi bien pour elle-même que pour l’équilibre des forces olympiennes qui cette nuit-là était déjà sérieusement ébranlé.

Il était nécessaire qu’elle se calme. Sa petite altercation avec Hécate, cela dit, lui avait tiré un demi-sourire presque satisfait : on sous estime beaucoup les vertus thérapeutiques d’une bonne gifle à une meilleure ennemie. Sans compter qu’elle la soupçonnait, malgré ses dires, de n’être là que pour plaire à Thanatos à qui il était évident qu’elle faisait les yeux doux ; que ces deux là fricotent autant qu’ils le veulent, songea-t-elle avec mépris, mais qu’ils ne se sentent pas obligés pour ce faire d’occire des dizaines d’humains et de mettre toute une île à feu et à sang.

Cela dit, après réflexion, si idylle il devait y avoir entre Hécate et Thanatos, un tel scénario n’en était sans doute pas le plus irréaliste des théâtres.

Plantée au milieu de son temple, elle regardait avec un désarroi grandissant la pagaille s’intensifier. Quelques présences plus ou moins familières bouillonnaient autour d’elle sans qu’elle puisse vraiment voir leurs enveloppes corporelles : Hadès bien sûr, la poignée d’infernaux qui mettaient un point d’honneur à mériter ce titre, mais aussi Eros et bientôt Dionysos. Elle était en train de se demander où ils étaient lorsque l’avertissement d’Eros résonna dans les crânes ; voilà qui était plutôt satisfaisant. Elle allait devoir lui faire savoir qu’elle aurait peut-être besoin de son aide.

Elle escalada légèrement un mur effondré et s’assit dessus, les jambes dans le vide, tournée vers l’extérieur. Elle craignait de ne s’être quelque peu emportée. Des débris du temple étaient encore en train de retomber ici et là, faisant peut-être quelques blessés. Son expérience des Enfers lui avait appris qu’il ne fallait pas toujours trop se soucier des dommages collatéraux ; de toute façon, il y avait une telle quantité de ses collègues dans le coin qu’en cet instant précis le hasard n’avait une important que très relative. Si quelqu’un se prenait un caillou dans la tête, c’était qu’un olympien l’avait voulu.

Au loin elle aperçut une jeune femme en train de secourir une petite fille ; quelque chose était louche. Elle plissa un peu les yeux et fit la moue. Une Muse. Ce n’était plus seulement des dieux et des titans qui investissaient les lieux mais toute une population folklorique pas très humaine. La Muse avait mieux à faire que de s’occuper de cette enfançonne, songea-t-elle. Comme par exemple filer un coup de main pour aider à recouvrer un peu de clarté dans ce coin qui s’était considérablement assombri. Les papillons de Thanatos faisaient plutôt bien leur travail ce qui avait tendance à faire fulminer la reine des Enfers ; or il lui avait semblé reconnaître Uranie. Le Ciel et les astres étaient son domaine, elle pourrait peut-être essayer d’être efficace de ce côté-là. Avec beaucoup de diplomatie Perséphone infléchit légèrement la course d’un morceau de mur qui passait par là. Sa cible fut suffisamment atteinte pour être désarçonnée un instant et laisser s’échapper la gamine. Il ne restait plus qu’à espérer qu’Uranie comprendrait toute seule ce que l’on attendait d’elle.

Quant à l’enfant, elle guida distraitement ses pas jusqu’à un jeune homme qui semblait plus ou moins sensé, pour l’instant assommé certes, mais en partance pour la mer. Avec une petite impulsion de sa part il se réveillerait juste quand la petite arriverait et il faudrait qu’il s’occupe de la conduire jusqu’à un passage hors de cette île cauchemardesque. Elle suivit des yeux le trajet de l’enfant jusqu’à ce qu’elle arrive auprès du jeune homme, veilla à ce qu’il ne lui arrive rien, puis après avoir réveillé ce dernier elle se retourna et se laissa tomber au bas du mur, de nouveau à l’intérieur du temple.

C’est alors qu’elle prit conscience de ce qu’il était en train de se produire. Un nombre croissant de ses protégés se tordaient de douleur au sol en poussant des cris à fendre l’âme. Ses dents se serrèrent si fort qu’Hécate dut les entendre crisser. Pour une querelle personnelle cette pimbêche se permettait de jouer avec la douleur des êtres humains qu’elle prétendait défendre quelques instants auparavant. Bonjour, je m’appelle Hécate, je te regarde de loin en gloussant comme une gamine prépubère avec le beau Thanatos et je rêve de me faire remarquer du titan le plus timbré de l’Olympe avec des combines requérant le moins de scrupules possible.

Il lui fallut un gros effort pour se tirer de la contemplation fulminatoire dans laquelle l’avait mise cette soudaine épidémie. Elle ne pouvait plus gérer la situation seule.

Eros. J’ai besoin de toi. Il faut que tu m’aides.

Son message avait des accents désespérés ; c’est à cet instant précis qu’Hadès arriva près d’elle.

Elle s’appliqua à ne pas tressaillir lorsqu’il l’embrassa sur le front ; elle eut cependant le sentiment que le centre de l’univers s’était déplacé en même temps que lui et que l’importance des événements de ce jour-là étaient somme toute assez relative face à l’intensité du regard qu’elle pouvait porter sur son bien-aimé. Ses nerfs à vif se calmèrent immédiatement. Qu’importe ce qu’Hadès disait, c’était toujours beau. Elle ne pouvait cependant cette fois-là pas renoncer à la lutte qu’elle avait engagée contre la folie furieuse des acolytes de son époux. Tout ce qu’elle souhaitait, la seule chose pour laquelle son âme brûlait à présent, c’était un peu de paix et sentir Hadès à ses côtés.

Elle ouvrit légèrement la bouche comme si elle allait parler, mais ne répondit rien. Perséphone n’est pas loquace. Elle détourna légèrement le visage et son regard se posa sur le sol ; elle sentait bien la tension monter, elle sentait bien qu’Hadès la sentait aussi et qu’il y était hostile.

Elle lui saisit le visage entre ses mains ; si la scène s’était déroulé dans un film hollywoodien, une chanson d’amour se serait déclenchée à cet instant précis. (Je présente toutes mes excuses à mon lectorat pour cette ruine totale de l’ambiance romantique Persy/Hadou. Je fais partie d’une ligue anti-sentimentalisme à l’eau de rose dans le RP. C’est très sérieux.) Elle savait très bien qu’il n’était pas aussi hostile qu’elle au pantin diabolique qui agitait son bâton ridicule un peu partout et s’amusait à tout faire sauter un peu partout un peu tout le temps –c’est-à-dire Thanatos ; elle ne pouvait pas lui demander le soutien qu’elle attendait d’Eros. Il ne prendrait certainement pas partie pour l’un ou l’autre des camps tant qu’il n’avait pas une très bonne raison de le faire, et être son épouse n’était certainement pas une bonne raison à ses yeux. Tout au plus savait-elle que ni Thanatos ni Hécate n’oseraient jamais l’attaquer un peu trop directement par peur des représailles.

« Je suis très calme. »

Maintenant qu’il était là, c’était vrai. C’allait probablement l’être un peu moins avec l’apostrophe des Bonnie and Clyde infernaux en approche directe. Ne pouvant pas pénétrer le temple, ils restèrent à une distance respectable ; mais Perséphone ne lâcha à aucun moment le regard d’Hadès, ni son visage, son attention, ni sa concentration focalisée sur le phénomène intéressant d’attraction de chacune des particules de son corps vers la personne dont elle tenait si légèrement et pourtant si puissamment la figure. En cet instant précis, toute la zone qu’elle avait soumise à son influence s’était presque arrêtée de respirer. Son existence était suspendue à la dualité d’une déesse amoureuse. Les quelques siècles qu’ils avaient déjà passés l’un à côté de l’autre ne changeait pas grand-chose à l’affaire.

Thanatos parla. Perséphone n’écouta pas.

Thanatos avait parlé et Perséphone avait entendu.

La marée de rationalité qui était un peu plus haute depuis les quelques minutes où Hadès s’était tenu près d’elle de nouveau reflua brusquement, laissant voir à Hadès un regard totalement différent bien que sa position n’ait pas varié d’un cheveu. Ses doigts ne se crispèrent pas sur la peau qu’elle touchait. Ses pieds ne vacillèrent pas. Seuls ses iris changèrent de couleur. Le dieu des Enfers put les voir se vider, se délaver, devenir plus pâle que la plus pâle des mort, puis s’embraser et s’obscurcir, se teinter d’un noir effrayant, du noir qui fait pleurer les enfants et perdre les promeneurs, du noir des horreurs terrestres et humaines, plus foncé que le Tartare et le fond du Styx, plus profond que la plus suicidaire des âmes humaines.
Perséphone basculait.

Hécate, Hadès. Pourquoi la chose la troublait-elle autant ? La question ne se posait plus dans l’âme désormais chaotique ; quand il n’y avait plus rien chez Perséphone, il restait son amour pour Hadès. L’essence du monde, son essence absolue résidait là, elle ne comprenait pas pourquoi personne ne le voyait aussi bien qu’elle. Pourquoi toutes les personnes qui étaient extérieures à leur deux corps, alors même qu’ils avaient le mauvais goût de n’être pas Hadès, ne pouvaient-ils pas au moins saisir que la seule vérité nécessaire était la relation qui la liait à Hadès ?

Sans que ses lèvres ne se desserrent ses mots et sa voix retentirent dans tous les environs, audibles même aux mortels qui peuplaient le temple, écho pressant mais froid.

« La seule douleur que quiconque puisse me causer est celle qui se déroule sous mes yeux chaque jour. Votre tort à tous est d’être les aveugles misérables que vous êtes. Vous ne voyez rien de ce qui fait l’universalité du monde et relie l’existence au non-être, la vie à la mort et le néant au tout. Même toi, Thanatos ; surtout toi, Hécate. Mais tout ça m’est bien égal. Aimez-moi ou haïssez-moi, aimez Hadès ou détestez-le, vous êtes des mouches insignifiantes. Comprenez-le, et puis mourez. »

Une vague de chaleur traversa le temple. Tous les mortels atteints de la malédiction d’Hécate furent pris d’un ultime spasme puis retombèrent sur le sol, les yeux vitreux du même noir que celui qui avait habité la déesse. Perséphone venait d’envoyer la moitié de la population encore vivante du temple du temple vers les limbes, femmes, hommes et enfants confondus. Charon allait avoir du travail.

Perséphone retira enfin doucement ses doigts des joues de son amant et se laissa tomber au sol. Les humains qui avaient assisté à la scène commençaient à entrevoir l’ampleur de ce dont ils étaient les victimes. Les flammes brûlaient toujours, plus sombres qu’auparavant.

Derrière un reste de colonne, Abercius se faisait tout petit, une moitié du visage brûlée, l’autre moitié effarée.

BOUH:
 

Le p'tit résumey:
 

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MessageSujet: Re: [EVENT] Le Grand Temple de Paphos Mer 23 Mar 2016 - 22:40

BE ALL MY SINS REMEMBERED


To be, or not to be? That is the question—
Whether ’tis nobler in the mind to suffer
The slings and arrows of outrageous fortune

Antigone est un morceau de papier qui s’envole en tournoyant légèrement dans la brise et qui, pris par les eaux, s’imbibe d’atomes d’hydrogène, de carbone, et de quelques ions chlorure de sodium. La structure se délite en laissant flotter des lambeaux blancs et flasques, poreux surtout, qui se confondent avec l’écume. C’est un peu comme une éponge qui suce malgré elle toutes les émotions liquides avec lesquelles elle est en contact direct.

Or to take arms against a sea of troubles,
And, by opposing, end them?

Une petite fille se retourne dans son lit un soir parce qu’elle n’arrive pas à dormir. La petite fille est une petite morte et le lit un linceul maritime. Elle ne peut pas se laisser engloutir totalement parce que quelque chose la démange, une irritation qui date du fond des temps.  C’est une légère brûlure, une inflammation bénigne, une petite pelote de frustration et de refus accumulée au cours des âges. Déroulez les fils, nouez-les, allez les chercher un peu plus loin au fond des uns et des autres, récupérez-les et enroulez les très serrés sans les tisser. C’est cette chose-là qui s’est retrouvée dans les intestins d’Antigone un beau jour au réveil. C’était prédestiné ? C’était un dieu qui l’avait mise là ? En posant un pied par terre elle l’avait constaté et elle était allée enterrer son frère.  

To die, to sleep—
No more—and by a sleep to say we end
The heartache and the thousand natural shocks
That flesh is heir to.

Ensuite, on s’était battu, on avait agrippé avec ses poings le petit garçon qui nous semblait nous menacer, et on l’avait tapé avec toute la force de sa rage, éphémère mais intense à sept ans quand c’était encore la nature qui déterminait nos affects. On s’était battu, on avait crié pour une fois quand sa mère voulait imposer une loi qui alors nous semblait tyrannique et il fallait qu’on se révolte, on était l’incarnation de la justice et on avait tout un monde de jeunes qui allaient changer le cours du destin pour une fois derrière soi. Puis un matin, on s’était calmé, on s’était levé et on avait décidé d’aller enterrer son frère, parce que pourquoi pas. On l’aurait fait même si on y avait été autorisé. Mais on ne l’était pas, alors ç’avait été plus fatiguant, et après on avait du se reposer.

—’tis a consummation
Devoutly to be wished!

Avait-on souhaité et quémandé la mort comme une faveur auprès d’un roi avunculaire. Avait-on plutôt décidé que c’était ce qu’il fallait faire. Avait-on voulu incarner une révolte.
Avait-on, avait-on, n’avait-on juste voulu s’assoupir.

To die, to sleep.
L’avait-on accepté. Le savait-on.

To sleep, perchance to dream—ay, there’s the rub,
For in that sleep of death what dreams may come
When we have shuffled off this mortal coil,
Must give us pause.

Des filaments létaux vinrent lécher le corps qui s’était jeté sans hésitation dans un filet plus grand qu’elle, immense comme une vague sur laquelle elle n’avait jamais appris à naviguer. Elle avait posé le doigt sur un papillon de nuit et aussitôt engloutie par une masse grouillante et feutrée elle avait étouffé sans s’en rendre compte, comme dans un doux coussin de plumes empoisonnées. Elle rêvait qu’elle était un caillou, qu’elle était un roi, qu’elle était un homme, qu’elle était un dieu. Elle rêvait qu’elle n’avait jamais été une femme. Elle était une fille qui n’était pas féminine. Elle était un garçon qui avait voulu être une fille. Elle était une fille qui rêvait d’être un garçon. Elle voulait être un homme qui aimait les hommes, qui voulait être une femme qui aimait les femmes.

There’s the respect
That makes calamity of so long life.

Elle voulait ne plus aimer, la pelote se promenait dans ses organes, s’attarda dans sa gorge et dans ses yeux, se diffusa liquide dans son sang pour envahir ses poumons. Elle respirait la toile d’araignée qui était un papillon. Elle n’aimait pas les papillons mais n’avait pas le temps d’avoir peur des araignées.

For who would bear the whips and scorns of time,
Th' oppressor’s wrong, the proud man’s contumely ?

Les hommes décidaient et puis les autres se pliaient ou mouraient. Les frères se tuaient et les pères se crevaient les yeux. Les sœurs étaient aimantes mais futiles, ne comprenaient rien. Les mères couchaient leurs fils et puis après les petites filles devaient ouvrir les yeux et aimer un garçon et câliner un chien et n’avaient pas le droit d’être amoureuses de leurs grands frères. Polynice était le seul qu’Antigone avait aimé. Mais chut, les Labdacides vous ont déjà donné juste ce qu’il fallait de tragédie.

The pangs of despised love, the law’s delay
Quelle ironie ce serait, la petite Antigone née du fils de sa mère, amoureuse de son frère. Quelle dérision ce serait si tout ce temps elle avait du cacher cette attirance plus coupable encore que celles de ses parents incestueux, puisqu’elle n’avait pas l’intention de se suicider pour autant. Que ce serait drôle si elle était allée l’enterrer en espérant que leurs âmes puissent connaître l’hymen en Enfer.

The insolence of office, and the spurns
That patient merit of th' unworthy takes,
When he himself might his quietus make
With a bare bodkin?

Mais non, pas elle n’est-ce pas. Pas Antigone, la pure et la chaste, la sans péché, celle dont l’exemple sert de cours de littérature à des enfants de son âge. Vous voyez, regardez, il faut être comme Antigone, il faut résister et céder plutôt à la vague gauche de l’unique pensée droite et bonne.

Who would fardels bear,
To grunt and sweat under a weary life

Parfois elle se tournait dans son lit, pas parce qu’elle se disait que c’était mal, mais parce qu’elle pensait au monde si le monde avait su qu’elle n’aimait personne comme son frère. Si le monde avait su qu’en fait, être amoureux n’existait pas sauf pour son frère. Elle pensait aux petits cailloux pointus de son jardin sur lesquels les enfants jouaient au foot, sur lesquels elle marchait pieds nus en disant qu’elle n’avait pas mal, par défi. Elle fermait les yeux puis s’en foutait.  

But that the dread of something after death
Un jour Polynice était mort. Le devoir fraternel était de se lever un matin et d’aller jeter trois poignées de poussière sur son cadavre immonde. Elle était aussi immonde que lui alors elle s’était levée et elle y était allée. La petite pelle en plastique avec laquelle elle avait gratté avait une histoire. Elle l’avait jeté après avoir embrassé la couche de terre déjà imbibée de la pourriture fraternelle. Elle s’était enfuie avec de la saleté sur les lèvres. Elle psalmodiait comme une aliénée des mots qui firent peur aux soldats.
Θνητὰ φρονεῖ. Memento mori.

The undiscovered country from whose bourn
No traveler returns, puzzles the will
And makes us rather bear those ills we have
Than fly to others that we know not of?

Thanatos était là et elle était devant Thanatos, et il était beau et il ressemblait un peu à Polynice. Elle ne se souvenait pas de l’Enfer parce qu’elle n’y avait jamais été. Elle y avait été morte et elle n’était pas faite pour être morte. Elle était faite pour être dans un état permanent au bord du suicide, en urgence de cracher et de dire des choses ignobles et mystiques, qui ne voulaient peut-être rien dire. Elle n’était peut-être faite que pour exister dans un imaginaire collectif où elle rassurerait les simples d’esprit et provoquerait chez d’autres, au moins épisodiquement, un malaise immortel. Un malaise n’est ni vivant ni mort, il n’est qu’insidieux. Antigone n’était pas insidieuse mais elle aimait la mort, mais elle aimait la vie, et ne savait lequel des deux elle haïssait le plus.

Thus conscience does make cowards of us all,
And thus the native hue of resolution
Is sicklied o'er with the pale cast of thought,
And enterprises of great pith and moment
With this regard their currents turn awry,
And lose the name of action.—

Antigone regarde Thanatos parce qu’elle ne voit rien, parce qu’elle a froid, et elle trouve ridicule d’avoir froid. Elle devrait peut-être parler et dire et faire et avancer et agir mais elle sait surtout parler sans savoir qu’exprimer. Elle redevient consciente peut-être d’être autre chose qu’un inconscient. Elle sent que l’état de ça dans lequel elle était aux prises avec les papillons obsédants est en train de lui échapper. Une profondeur effarante, profonde, noire, laide, misérable, amoureuse, inexplorée de son esprit se referme à nouveau. La catastrophe est passée tout près en laissant sur sa peau une caresse brûlée, en rémission des péchés.

Soft you now,
The fair Ophelia!—Nymph, in thy orisons
Be all my sins remembered.

C’est fini. Antigone n’a plus couché avec son frère. Tout est bien, personne ne sait, personne n’a oublié puisque ça n’a jamais eu lieu. Thanatos la regarde avec un sourire en coin pendant qu’elle recouvre ses esprits et que ses pupilles s’accordent avec ses iris à nouveau.
Les papillons sont dangereux, gardez-vous en.

**

Une marque de plus, cicatrice floue, est apparue sur la nuque d’Antigone. Le monde s’effondrait peut-être autour. Le titan sombre n’écoutait peut-être déjà plus.

« Bonjour Thanatos. Est-ce que je suis vivante ? »

Ses entrailles cherchaient confusément Hadès.

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Credits to Hadès pour le deuxième♥
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MessageSujet: Re: [EVENT] Le Grand Temple de Paphos Lun 1 Aoû 2016 - 21:27

Pendant un instant, Hadès crut que le cosmos lui avait fait une fleur, et que tout s’était arrangé facilement. Un peu naïf de ta part, Hadès. Mais, elle lui avait dit qu’elle était calme, elle avait pris son visage dans ses mains, et l’image des mortels qui hurlaient et s’agitaient tout autour d’eux sans les remarquer s'était troublée, troublée et assourdie, jusqu’à ne devenir qu’un vague bourdonnement. Quelque part, dans une dimension métaphysique supérieure, Céline Dion tapota sur son micro, sentant que le moment était adéquat.

Hahahaha, un autre jour peut-être, ma petite Céline ! aurait grincé Hadès, s’il l’avait entendue. Le prénom de Perséphone, prononcé d’une voix bien trop suave, secoua avec violence les mortels qui se trouvaient là en même temps qu’il ramena brutalement Hadès à la réalité.

Il hésita entre la déception et une certaine fatigue morale. Belle tentative, Hadès. Qui aurait pu prévoir que menacer cet andouille ne la remettrait pas en place, mais lui donnerait au contraire, l’envie de se déchaîner ?
La petite peste. Il avait rongé son frein, hoché la tête, et attendu tout juste une poignée de minutes pour se venger. Il allait la faire souffrir ; la faire souffrir pour une gifle et trois mortels, pour ce qui n’était qu’un jeu et des enfantillages pour lui, mais qui revêtait une véritable importance pour elle, qui tenait à l’ordre et aux mortels, sans se rendre compte que Paphos se perdrait bien vite dans le cours de l’inlassable éternité, comme tout le reste.

Thanatos, tu n’es qu’un gamin toi aussi, pensa Hadès, un peu crispé par ce discours qui restait suave, suave,et dont le couperet n’arrivait pas. Un gamin bien trop intelligent pour la santé de ceux qui malmènent ses jouets ou se crêpent le chignon avec ses amies à peine plus raisonnables.

Un coup brutal que celui qui tomba sur Perséphone, tandis qu’Hadès attendait, toujours entre ses mains, immobile. L’expression qui passa fugitivement sur son visage dût être suffisamment éloquente de culpabilité pour avoir valeur de confirmation aux yeux de sa femme. Il se reprit presque instantanément. Une VIEILLE liaison. Une relation sans signification, aux débuts du monde. Cela ne lui ressemblait pas, de s’émouvoir pour si peu. Mais Thanatos avait bien joué son coup, et le mal était déjà fait.

Perséphone explosa. Les mortels maudits par Hécate furent fauchés par le souffle de la secousse.

L’attention de ceux qui tenaient encore debout était encore fixée sur la déesse lorsqu’elle se laissa mollement tomber sur le marbre du temple. Leur regard se reporta bientôt sur la personne qui la retint avant qu’elle ne se fasse mal. Un homme qui souleva l’immortelle, souffla sur les mèches qui lui barraient le visage pour le dégager, et la regarda avec une moue ennuyée.

Combien de temps faut-il à un mortel pour voir l’évidence lorsqu’elle est sous ses yeux ? Il y eut un moment de latence, durant lesquels l’assistance se contenta de fixer Hadès avec des yeux ronds. Puis, quelques-uns eurent la présence d’esprit de tomber à genoux. Il adressa aux autres un regard qui les incita à faire de même.

Ils n’étaient qu’une poignée. Les plus chanceux, assurément : ceux que deux incendies et un maléfice d’Hécate avaient épargnés par hasard. Ils bénéficièrent d’une chance supplémentaire ; Hadès n’était plus d’humeur. Il dépassa ces humains tremblants sans leur prêter plus d’attention, Perséphone dans les bras.

Il la ramenait aux enfers ; un peu comme au bon vieux temps.

*

Quelque part, loin sous le niveau de la mer, la roche pliait et craquait. Ce n’était encore que marginal, très faible. Pourtant, lorsque le soleil se lèverait, Paphos ne serait plus qu’un vague souvenir. Au mieux, il en resterait quelques morceaux entiers là bas, chez Poséidon.

Hadès était de nouveau ce petit garçon. Il s’était perché sur l’une des colonnes décoiffées du temple désormais sans toit. Son air renfrogné aurait pu servir de modèle aux vautours les plus exigeants.

Le final, il voulait voir le final. Qu’au moins cette mauvaise plaisanterie soit justifiée par une bonne chute.

Ensuite, Il déciderait de qui il accrocherait par les pieds au portail des enfers pour passer l’hiver.


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Dernière édition par Hadès le Ven 12 Aoû 2016 - 1:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [EVENT] Le Grand Temple de Paphos Mer 3 Aoû 2016 - 1:18

À écouter pendant la lecture ♫

La Lune verse sa liqueur argentée sur l'eau irrémédiablement lisse. Le monde entier crie sa sérénité dans un coton ubiquitaire. Les vagues, les vagues ne sont que le frisson du silence. Et là, au milieu du plan infini de la paix, la petite bulle d'obscurité contient sa colère, accrochée à Chypre la paisible. Il n'y a qu'une fine pellicule de magie qui sépare la béatitude de la frénésie. Mais la véritable interface, c'est cette déchirure scintillante dans le tissu mortel posé sur Paphos. Du dehors, on peut regarder le drame qui se joue derrière le voile, comme en glissant l’œil par le trou de la serrure. Mais l’œil est absent, et les dieux cruels s'adonnent libres à leurs pulsions morbides.


Tout cela avait bien trop duré. J'avais à présent à la fois l'aval d'Hadès et le champ libre, débarrassé de l'ennuyeuse Perséphone. On avait mis tant d'effort à réunir tous les ingrédients, il y avait eu tant d'obstacles à la préparation de la recette. Mais enfin, enfin ! on allait pouvoir sortir la tarte du four, humer doucereusement son odeur, d'abord, se délecter de l'air chaud qui soufflerait sur le visage, comme on se délecte du pétrichor, la nuit, accroché au balcon sous un léger crachin. Puis le gâteau serait mangé. Le spectacle allait enfin commencer.
« Abercius ! » J'avais appelé avec calme, mais sous cette draperie factice se cachait une excitation meurtrière. « Je t'ai vu… » Ma voix était suave, enfantine, c'était comme un cache-cache et le pauvre prophète venait de perdre. Le pauvre prophète. En vérité, je n'avais pas la moindre compassion pour lui. Il n'avait toujours été qu'un outil, mais avait toutefois librement choisi de suivre la voie que je lui avais indiquée. Tout cela, tout ce qui se produisait à Paphos, était de sa faute. Les désastres ne sont jamais autre chose que le produit des fragilités humaines, après tout. De celles de tous les mortels, en fait – j'eus un haut-le-cœur. « Tu as tenté de t'enfuir discrètement du Temple quand tu as vu que les choses tournaient plus mal que tu ne l'espérais, mais j'ai une mauvaise nouvelle ! Pour toi aussi, très cher, elles tournent mal ! L'heure est venue de mourir. »
J'avais presque chanté cette dernière phrase. Je prenais plaisir à l'effrayer, comme le vulgaire animal craintif qu'il était. Il devait payer pour les mortels. Alors je me laissai emporter dans le vaste torrent – onctueux, suave, mélodieux – de ma cruauté. Il me caressait tout le corps, les bras, le cou, les jambes, le ventre, il hurlait de joie dans mes cheveux, il faisait sonner mes entrailles d'airain et mon cœur de fer. Mon âme de bronze était devenue une cloche, une gigantesque cloche, et sa mort allait en être le marteau.
Il n'y avait plus rien entre le prophète et moi. Je soulevai Abercius dans les airs, à mi-chemin entre le sol et le sommet du dôme. Dans un tourbillon de fumée noire, une colonne qui s'élevait des racines à la cime du monde, je me projetai à sa hauteur. Doucement, je soulevai le rocher qui soutenait Antigone et Sisyphe, et les amenai près de moi, après avoir fait de même avec Hadès, que j'avais placé de l'autre côté, face au prophète. « Tu es l'instigateur, Abercius. Tu es le terreau fertile. Mais le sais-tu ? Tu n'es pas la graine, tu n'es pas le soleil ni la pluie, tu n'es rien d'autre que la terre passive, fertile, fertile, certes, mais par le fleuve qui a charrié ses richesses, que tu as prélevées au gré du hasard. La graine... »
Je balayai toute l'île du regard. Le temple, les derniers vivants qui se débattaient entre les flammes et les roches, il y avait là, pensai-je, une véritable métaphore de la vie. Un combat, dans le noir, contre des éléments primordiaux, incontrôlables, une lutte pathétique que l'on est sûr de perdre. « La graine c'est eux. C'est toi. Ce sont les vivants, ce sont les morts. C'est… » Mon regard s'arrêta à ma droite. « Antigone. » Mes yeux sondèrent l'obscurité sous mes pieds. « Et Atalante. » À partir de cet instant, je ne daignai plus accorder mon attention à l'insignifiance qui, devant moi, devait pathétiquement se débattre – il était immobilisé – pleurer, pleurer pour sa vie, ressasser ses souvenirs, se repentir de ses erreurs – et quelle erreur, le repentir ! – pleurer encore, bref, être un humain, irrévocablement, un humain. Un exécrable mortel. « Tu vas mourir parce que les mortels veulent vivre. »

Les papillons se délièrent à un endroit de la demi-sphère. L'obscurité demeurait complète, l'interstice était petit, mais par un calcul optique élégant, Abercius se trouva – lui seul, dans les ténèbres totales – baigné de tendresse lunaire. « Atalante ! » dis-je de manière à ce que toute l'île m'entende, « voilà ta proie. » Je savourai l'instant qui suivit – il devait être très court, mais si intense ! – comme on savoure l'heure bleue, l'interface entre le jour est la nuit, fugace, insaisissable, mais magistrale. Tout bascule. « Tue-le. Et tu vivras. »
Il ne fallut pas plus de quelques secondes – peut-être une fraction d'une seule – avant qu'une flèche ne vienne lui transpercer la tête. La graine était plantée, les racines poussaient déjà, et le tronc, le tronc allait sortir de terre. Il fut pris de convulsions. Bientôt, il fut sur le filin étroit qui sépare la vie et la mort. De tout son corps s'élancèrent en exultant des tentacules noirs, qui cherchaient avidement à saisir les vivants de l'île. Ils arrachaient la vie tranquillement, dans une hâte flegmatique, dans une tranquillité grinçante. Chaque fois que l'un d'eux saisissait un mortel, il donnait naissance à de multiples autres tentacules, et il ne faudrait que quelques minutes, pas plus de deux, en fait, pour que l'île ressemble à un filet du diable.
Mais il eût été bien trop simple de tuer ces petits êtres fragiles aussi facilement. Il y avait eu l'explosion initiale, sous la lueur de la Lune, c'était déjà, à mon avis, un coup de maître. Mais un dénouement aussi rapide m'ennuyait. Alors bien sûr nul d'entre eux n'était encore mort. Chacun d'eux était devenu le même funambule qu'Abercius, suspendu entre les deux états des mortels. « Vous voilà à l'interface, misérables mortels. Vous n'avez aucune idée de ce qu'est la vie que vous chérissez tant, ni la mort que vous haïssez tant. Voici l'endroit du choix, la bascule, l'articulation, la frontière. Je ne vous cache pas que, ici, le choix ne sera pas vôtre mais mien. Mais, puisque je suis magnanime, et que je suis parcouru d'une terrible envie de mener une petite expérience, vous voici tous élevés de votre rang de mortel. Vous allez peu à peu devenir conscients de ce qu'est la vie, la véritable vie, vous allez la ressentir. Vous allez ressentir le flétrissement, la mort. Vous serez conscients de toutes les formes de vies qui n'existent pas, naissent, vivent, s'éteignent. Vous allez être, l'espace de quelques instants, présents à toutes les morts simultanément. Et savez vous ce qui est le plus délectable dans tout ceci ? Lorsque je vous ferai tous basculer d'un coup vers les enfers, vous serez conscients les uns des autres, et vous mourrez par centaines au lieu de mourir un. Alors. N'est-ce pas là la preuve que la mort est bonne, et généreuse ? Je sais que votre plus grande peur est de mourir seuls, alors réjouissez-vous. Ce ne sera pas votre cas. »

La tarte était posée sur la table, soigneusement coupée en tranches, disposée élégamment dans son magnifique plat, au milieu de la table nappée de dentelle. Bientôt, la dégustation commencerait.
« Oh, Atalante, excuse-moi. Tu m'étais presque sortie de l'esprit. Oui, tu dois te demander ce que tu fais là, sur ce fil, suspendue au plus près de la mort, toi à qui Hécate, et ensuite moi-même, avons promis la vie. Premièrement, je tiens à souligner que pour être aussi proche de la mort, il faut être également infiniment proche de la vie. Tu es donc dans un état plus enviable que celui de morte qui était jusque-là le tien. Ensuite, j'ai décidé que, suite à ton pacte avec Hécate, tu devais avoir une… récompense. Certes, tu ne le vivras pas ainsi, peut-être, mais que veux-tu, il fallait t'y attendre, je suis la Mort, elle est la déesse des sortilèges, et les contreparties, nous en faisons ce que nous voulons. Ta vie a un prix. La leur.
« Je dis ça avec quelque peu de grandiloquence, je le reconnais. J'allais les tuer de toute façon. Mais reconnais que, résister à la tentation de te faire vivre la même chose qu'à eux, avant de te laisser choisir de quel côté tu te laisseras choir – vie, mort, quelle différence cela fait-il au fond ? –, eh bien, c'était une chose proprement impossible. Donc je te laisse le choix, tu profites de la scène, entre la vie et la mort, puis tu peux basculer du côté qui te plaît. J'avoue cette petite faiblesse : j'aimerais beaucoup que tu choisisses la mort, mais je ne me fais pas beaucoup d'illusions. Oh et, j'ai aussi fait profiter Sisyphe et Antigone du spectacle. Je suis sûr qu'ils en seront très heureux. »
« Au moins l'une des deux », pensai-je. Sur les parois du dôme sombre commençaient à apparaître, fugacement, les visages des morts, des mourants ; leurs voix résonnaient dans les têtes des mortels de Paphos, et, immobilisés, ils contemplaient l'abysse qu'était le statut de dieu de la Mort. C'était bientôt l'heure – je sentais monter en eux l'angoisse, les parois de roche du défilé étroit où ils étaient enfermés se rapprochaient d'eux. Ils parvenaient à des états psychologiques si intenses qu'ils les pensaient impossibles. Ce n'était que pure délectation.
Et voilà ! Je croquai la tarte. Atalante avait été le marteau ! Mon esprit de bronze retentissait partout. Les cercles de plombs se dissolvaient dans l'air. De la bague qu'elle portait, je fis jaillir mon pouvoir, et des ondes mortelles submergèrent tout ce qui était vivant dans l'île, la mort pulsait depuis cette bague, réceptacle de mon pouvoir que je n'avais donné à Atalante qu'a cet effet, la mort pulsait depuis la bague, depuis moi-même, elle pulsait, pulsait, pulsait – et ils avaient basculé. Atalante du côté des vivants. Sisyphe, de celui des morts. Et Antigone… Antigone était toujours sur le fil.
Ces trois-là étaient les seuls dont l'esprit se trouvait encore sur l'île – des autres, il ne restait rien. Le dôme s'effrita et laissa passer petit à petit des fragments de Lune et d'étoiles. Le rideau se baissait. Il était temps de faire le salut. Je remontai près d'Hadès, et lui fis une élégante révérence. Je me mis au bras d'Antigone, et annonçai, plein de satisfaction.
« Chers amis, j'espère que le spectacle vous a plu. Sisyphe… Je suis miséricordieux, comme tu le sais, et par-dessus le marché, je ne suis même pas rancunier. Aussi, tu disposes du temps de cette clepsydre avant de retourner définitivement aux Enfers pousser ton rocher. » L'instrument apparut flottant au dessus de sa tête. « Antigone, je te raccompagne », ajoutai-je d'un ai galant. « Et Hadès, tu as toutes mes salutations ! Je n'ai plus rien à faire ici. » Une dernière révérence, un tourbillon de fumée noire, et nous disparûmes.


Nous irons contempler le sourire des morts
Nous marcherons très lentement les yeux ravis
Foulant aux pieds sous les gibets les mandragores
Sans songer aux blessés sans regretter les vies

Il y aura du sang et sous les rouges mares
Penchés nous mirerons nos faces calmement
Et nous regardons aux tragiques miroirs
La chute des maisons et la mort des amants


La Lune soupire, les vagues caressent la plage, les arbres secouent leurs branches. Les cadavres se reposent. Il n'y a que cette petite barque qui flotte sur la mer d'huile, où quelques humains ont échappé à la Mort qui a déferlé sur l'île, profitant d'une certaine arrogance, d'une confiance en soi si infaillible qu'un dieu avait pensé impossible qu'on s'échappât. Néanmoins, ils ont été témoins de tout. Ils ont fait partie du tumulte, et à présent, ils sont plongés dans cette paix incommensurable ; la sérénité du dehors les noie. À présent, tout est fini, le calme a immergé l'île elle-même, et l'horreur ne subsiste que dans leur souvenir. Ils porteront en eux le contraste qui, ailleurs, s'est dissout.

Les cercles de plombs se dissolvaient dans l'air:
 

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