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"[...]qu'elle se rende compte alors / Que c'est peine perdue de vénérer le royaume d'Hadès."

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MessageSujet: "[...]qu'elle se rende compte alors / Que c'est peine perdue de vénérer le royaume d'Hadès." Jeu 9 Jan 2014 - 23:26



Thèbes était en ébullition. La foule avait complètement perdu l'esprit, et se déversait dans les rues comme autant de petites rivières furieuses, inondant chaque ruelle qui passait à sa portée. Les habitants de la ville avaient plus ou moins assiégé le palais, criant et pestant une chose et son contraire, réclamant pour la plupart la libération de ... mais non, ce récit ne présentait aucun intérêt. La foule en colère en viendrait peut être aux mains, mais cela n'aurait aucune sorte d'importance. Le fin mot de l'histoire n'aurait pas lieu au milieu de l'opulence du palais royal, mais bien entre plusieurs cadavres plus ou moins froids et plus ou moins décomposés, loin de la ville et de son agitation.

Quelque part dans la périphérie de Thèbes, on enterrait Polynice, le traître. Il fallait croire que l'autre, Tirésias, était vraiment devin et qu'il était capable d'un minimum de persuasion puisqu'il avait convaincu créon de changer d'avis sur l'ordre du dieu des morts ; ce n'était pas trop tôt en tous cas. Ce prophète avait peut-être sauvé la peau d'un paquet gens sans le savoir.
Hadès n'aimait pas les devins. Il n'aimait pas le foin, les apparitions publiques, les temples, et de manière générale, il détestait avoir à se préoccuper des affaires des vivants. Ce qui pouvait se passer à la surface du sol, il le laissait à ceux qui lui avaient confié l'en dessous sans une once de regret. Et le plus souvent, le monde entier supportait très bien son absence des affaires publiques.
Le fait même qu'il aie eu besoin d'intervenir était une offense. Un devin, il avait fait passer sa bonne parole par un stupide devin ! A ce stade là, son petit message n'avait plus valeur d'avertissement.
Créon, roi de Thèbes, avait laissé pourrir à la surface le corps de son neveu pendant des jours et des jours, envers et contre tout. Or, les morts avaient vocation à être enterrés dans les formes, de manière à rejoindre l'enfer dans les plus brefs délais ; faire de la rétention était se moquer ouvertement des dieux de l'en-dessous. Hadès avait du mal à supporter qu'on lui tienne tête, et il considérait avoir fumé par les oreilles suffisamment longtemps avant de se décider à agir ; aussi avait-il pris grand soin de n'envoyer son devin que trop tard.
C'est à dire que la demi-mesure, les avertissements, les secondes chances, cela ne lui plaisait pas. Il allait faire amèrement regretter au roi de Thèbes de l'avoir obligé à corriger le tir lui-même, et il allait en personne se charger de superviser l'opération. Créon avait déjà changé d'avis - grâce au devin, un type efficace. Il était en train d'enterrer Polynice, il comptait même revenir sur sa décision ! Mais ce serait trop tard, très précisément trop tard. Il arriverait juste à temps pour constater le massacre ; ce serait pitoyable, émouvant, cela marquerait un tant soit peu les esprits, et Hadès ricanerait discrètement avant de retourner s'occuper de ses affaires.

Antigone, la soeur de Polynice et la nièce du roi, avait voulu enterrer son frère malgré l'édit de Créon. Pour cela, et pour donner l'exemple, son oncle avait décidé de la sentence : l'emmurer vivante au fond d'une caverne et la laisser crever comme un chien. C'était d'un goût très discutable, et terriblement ironique d'enterrer vivante celle qui avait risqué sa peau pour rendre sa dignité à un cadavre. D'autant plus que, ce crétin qui dirigeait la ville avait trouvé amusant de déclamer à tort et à travers le nom du roi des enfers, comme un genre de plaisanterie. Comme si Antigone devait regretter de céder aux exigence de celui qui ne le lui rendrait jamais.

Eh bien, puisque l'on doutait à ce point de son intervention, il était venu. Pas exactement pour sauver la petite - aha, comme si c'était le genre de la maison, quelle blague - mais bien pour remettre les pendules à l'heure.
C'est à dire que la mort d'Antigone, pour plusieurs raisons, aurait des conséquences vraiment regrettables pour cet idiot de Créon, qui ne le savait pas encore. En conséquence, Hadès s'assurait que la mort de la jeune fille advint assez tôt pour ne pas être empêchée, dusse-t-il l'étrangler de ses propres mains.

*Ce serait tout de même dommage d'en arriver là. Ne me déçois pas, ma petite, je suis certain que tu t'en tireras très bien sans mon aide.*


Oui parce que, dans le fond, il préférait gagner sans avoir à tricher. Et puis, il croyait au potentiel de cette demoiselle, à sa compétence en matière de drame, et à son dévouement incroyable à contenter la mort.

Enfin bref. Hadès suivait la procession qui devait emmener Antigone vers sa fin depuis un bon bout de temps. Il ne s'était pas trop fait remarquer, étant entre autres choses invisible, mais ce n'était pas tout à fait une étape amusante du plan. L'ambiance avait été jusque là, pour ainsi dire mortelle, et l'averse qui s'était déclarée en cours de route n'avait pas vraiment aidé. Le cortège était... partagé. Ceux qui hurlaient pour la libération de la jeune fille et ceux qui voulaient voir le sang couler avaient très vite été écartés à coups de latte, de sorte que ne restaient plus que les gardes. Les gardes et Hadès, en route pour une exécution dans les règles, dans un silence de plomb et sous une pluie froide et grise. Une escorte comme on en voit rarement de pire, assurément.

Les cavernes se rapprochaient. Le dénouement était proche, et le roi des morts comptait bien assister à la fin depuis les premières loges.

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MessageSujet: Re: "[...]qu'elle se rende compte alors / Que c'est peine perdue de vénérer le royaume d'Hadès." Dim 23 Mar 2014 - 11:56

Ploc.

Ploc.

Ploc.

Ploc.

Rien d’autre que ce petit bruit si léger. Des gouttes qui choient l’une après l’autre, inexorablement et paisiblement, sans autre espoir de s’en sortir. Fascinantes, ces gouttes. Ploc, une de plus qui avait suivi le chemin des précédentes sans se poser de question. Ploc, elles explosent au sol. Ploc, elles éclaboussent imperceptiblement, se divisent encore jusqu’à devenir de minuscule particules d’eau sale. Ploc, leur bruit opacifie tout le reste et obsède, comme une cadence primitive.

La conscience d’Antigone ne se concentrait que sur ce rythme-là, et arrivait à oublier tout le reste. Puis un garde la bouscula, lui attrapa le bras, la serra un peu trop fort, lui fit mal. Alors revint la foule autour d’elle, les hurlements des thébains, la pluie battante et bien trop dense, sa pauvre robe trempée qui lui tenait plus froid que chaud, le léger tremblement qu’elle sentait au tréfonds de ses entrailles sans pouvoir déterminer s’il s’agissait de son corps qui cherchait désespérément à trouver un peu de chaleur quelque part dans cette chair ou sa peur, qu’elle ne savait pas encore qu’elle ressentait, mais qu’elle extériorisait tout de même déjà. Extérioriser, ouvrir les vannes quand la coupe est pleine, se confier, parler pour ne pas déborder, pleurer quand on a quelque chose à pleurer, hurler quand on a à hurler… Des lieux communs, qui lui avaient été refusés depuis toute petite. Cela avait des conséquences auxquelles les personnes qui l’avaient ainsi muselée n’avaient pas songées. Plus l’eau est retenue longtemps derrières les portes du barrage, fussent-elles lourdes, plus violente sera la vague lorsque tout cèdera.

Et le jour était arrivé où tout cédait.

Antigone inspira longuement, et fut prise d’une quinte de toux qui la plia en deux. Ce fut à peine si elle ne tomba pas à genoux sur le sol pour tenter de reprendre son souffle. Elle avait respiré de l’eau et il faisait trop froid pour une petite aussi maigre.

Les gardes la regardaient en ricanant. Avec difficulté, elle se redressa, et releva la tête doucement. Certains y virent une marque de défi. A vrai dire, c’était déjà une question de vie ou de mort. Elle ne devait pas partir avant que ce soit son heure. Défier le monde ne la gênait pas, elle aimait même plutôt ça, mais en l’occurrence elle ne voulait surtout pas laisser aux gardes le fardeau de devoir la porter jusqu’au lieu de son supplice. Pour oublier les cris et les bruits de bagarres qu’elle entendait toujours autour d’elle, elle se reconcentra sur ce bruit de goutte qui tombe. Ploc, ploc, elle s’y reconnaissait presque. Une fois qu’elle est tombée, la goutte ne peut revenir en arrière ; tout le long que dure sa chute, elle a le droit de tenter de mettre une dernière fois de la grâce dans son existence, mais il ne lui plus permis d’espérer quoique ce soit.

Pour Antigone, c’était déjà fini depuis longtemps. A présent, elle chutait en tourbillonnant à une vitesse folle vers le dur sol de pierre sur lequel elle allait venir s’exploser. Cette idée lui tira un sourire absurde. Défier le sort, quelle idée inutile ; cueillir du bout du doigt la goutte avant qu’elle ne meure, à quoi bon ? Puisqu’elle est de toute façon bien trop fragile pour demeurer éternelle, et qu’un jour ou l’autre il faudrait bien qu’elle se fonde dans un tout plus grand qu’elle.

Un des gardes la poussa alors devant elle.

« On y va. Dépêche-toi un peu, il pleut. »

Tant de perspicacité faillit faire sourire la princesse, qui se fichait bien en cet instant d’être une princesse. Elle songea un instant à remercier les dieux pour cette pluie qui, au moins, pourrait cacher aux yeux du monde si d’aventure un pleur venait à lui échapper, avant de se souvenir qu’elle avait bien trop froid pour cela. Jusqu’à la fin, elle avait choisi de ne pas montrer autrement que par ses actes à quel point ce pouvait être la tempête sous son crâne.

Elle regardait devant elle ; ploc, ploc, faisait la petite goutte à l’entrée de sa chambre mortuaire. Elle se demandait si elle l’entendrait toujours une fois enfermée. Sans doute, alors, n’aurait-elle plus rien d’autre à entendre. La mort lui avait toujours semblé un aspect intéressant de la vie, du moins lorsqu’il s’agissait de sa propre mort ; mais mourir emmurée vivante gardait quelque chose de déplaisant, même lorsqu’on s’appelle Antigone.

Elle s’engouffra au travers de sa cage de pierre plus épaisse qu’une forteresse avec l’attraction mortelle qu’on éprouve devant une falaise. Elle était morte de peur.

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MessageSujet: Re: "[...]qu'elle se rende compte alors / Que c'est peine perdue de vénérer le royaume d'Hadès." Jeu 27 Mar 2014 - 23:00

[Il est beau ! Il est fini ! Il BRILLE dans le noir ! *foule en délire*]

Habiter un souterrain qui jamais ne voyait le soleil ne présentait, à priori, pas d'avantage évident. Pourtant il en existait au moins un ; dans les enfers, il ne pleuvait jamais.
La pluie était l'un des nombreux caprices de Zeus que tout un chacun se devait de supporter à la surface, et qu'Hadès était très heureux de ne jamais souffrir. C'était froid et agaçant, et cela faisait se sentir petit. "Eh, salut Hadès, tu te rappelles qui est le patron, hmm, hein, pas vrai ? Oublies pas de retourner dans ton trou une fois que t'auras fini" Pouvait-on lire entre les gouttes. Ou alors, c'était un petit message d'approbation, allez savoir.
Hadès rejeta en arrière ses cheveux trempés en soupirant. Il avait oublié que l'autre ne pouvait pas s'empêcher de se mêler de tout. Ce n'était que de la pluie, mais, et alors ? C'était encombrant et désagréable. Et c'était en train de s'approprier sa propre affaire de manière tout à fait malvenue.

Il n'y avait qu'à regarder la gamine ! Elle était quasiment en train de se noyer. L'eau avait donné à ses vêtements l'allure d'un fardeau difficilement supportable, et lui dégoulinait dans les cheveux. Chaque goutte de pluie semblait la frapper, l'enfoncer un peu plus vers le sol, tandis qu'elle avançait tant bien que mal, encouragée plus ou moins par les coups insistants des gardes. Eux aussi avaient froid, et peut-être peur aussi. Sans que la raison en soit évidente, la scène n'était de nature à rassurer personne.
Il était évident, à voir le visage de certains de ses gros bras, qu'ils ne demandaient rien tant qu'Antigone tombe dans les pommes, qu'ils puissent arriver vite. Mais elle ne semblait pas vouloir leur accorder ce plaisir. Elle se battait, visiblement, contre la pluie de Zeus et contre l’évanouissement certain qui devait la guetter.
C'était mignon. ! Après tant de mal pour se jeter dans les bras de la mort, elle ne voulait pas partir avant l'heure. Ce sens du panache, Hadès l'appréciait toujours. Certes, c'était se donner beaucoup de mal pour se faire dévorer par les vers, mais il considérait l'intention avec un certain paternalisme affectueux. Peu de gens partageaient sa passion particulière pour le sensationnalisme macabre.

Laborieusement, lentement mais sûrement, le lieu du crime finit par apparaître. Un genre de  bouche irrégulière et à vrai dire pas franchement impressionnante creusée dans le flanc d'une falaise.
D'ailleurs, quelqu'un un profita de l'occasion pour se croire malin. "Alors c'est ça, la chambre nuptiale d'Hadès ?" ricanna discrètement un garde.
Mais qui au juste apprenait à ces crétins ce genre de périphrases ridicules ?! Un trou dans un caillou, était à peu près tout ce que méritait comme titre cette tombe. Hadès regretta un instant de n'avoir pas opté pour « faire brûler tous les petits enfants de Thèbes » comme solution punitive. Il étala de dépit cet espèce d'andouille d'un violent croche-pied invisible. Une chute et quelques turbulences et grossièretés plus tard, on avait atteint la bouche de la caverne susnommée.

Trempée, se noyant quasiment entre chaque goulée d'air, cernée de toutes parts  par un honorable échantillon de la garde de Thèbes, Antigone finit par ralentir, puis par s'arrêter. Peut-être le manque d'éclat de ce tombeau improvisé lui inspirait-elle autant de consternation qu'à Hadès ?
En tous cas, le cortège royal ne laissa pas la princesse contempler sa demeure éternelle et définitive très longtemps. Il s'ouvrit, la laissant seule se faire avaler par la caverne, sans tambour ni trompette. Personne n'ouvrit la bouche. Le rugissement seul de la pluie daigna faire ses adieux à la princesse pour la dernière fois. L'ode funèbre plutôt minimaliste d'un enterrement peu conventionnel.
Bien sûr, Hadès lui emboîta le pas.

Ils se retrouvèrent tous deux entre trois murs de granite ; une arche de pierre et cent-cinquante hommes armés les séparant désormais de tous les autres vivants.
Les gardes la regardèrent encore un instant. Et puis, celui qui avait poussé Antigone quelques minutes plus tôt fit signe qu'on amène les briques.

Très rapidement, le mur atteint une hauteur très honorable. Il était presque fini, à vrai dire, et la dernière petite lucarne qui laissait encore filtrer le soleil semblait sur le point de tirer sa révérence, lorsque quelque chose passa par l'ouverture.

Une torche allumée. Sans un mot.

C'était vraiment trop aimable.

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MessageSujet: Re: "[...]qu'elle se rende compte alors / Que c'est peine perdue de vénérer le royaume d'Hadès." Mer 23 Avr 2014 - 16:31

Antigone prit une grande inspiration, puis frissonna. La mort allait venir d’une grandiose façon, et son sens très aiguisé de la beauté morbide et de la mise en scène macabre ne pouvait que s’en réjouir. Être emmurée vivante, vierge, aussi jeune et pour une aussi terrible erreur judiciaire avait une classe dont l’humanité mettrait longtemps à se remettre. Rien n’y manquait : ni l’amour tragique et déçu, ni les jalousies, ni les tromperies, ni les histoires de famille… Sans oublier, bien entendu, l’indispensable intervention des dieux. Tout ceci aurait été parfaitement délicieux si elle n’avait pas eu aussi froid et peur. Le léger tremblement moite des muscles de son ventre et de ses épaules était épuisant, de cette fatigue plus lassante et usante que le bénéfique et sain besoin de sommeil lorsque l’on vient d’accomplir quelque chose de grand ou d’utile.

L’humidité suintait à travers tous les murs. Comment se faisait-il que cette brume grisaillante et désagréable parvînt à s’infiltrer alors que l’oxygène salutaire semblait avoir totalement disparu entre ces quatre murs ? Antigone se dressait pour l’instant encore debout, mais bientôt il lui semblait qu’elle aurait à s’affaisser sur le sol ; ses membres ne pourraient pas soutenir son poids, fût-il léger, si un peu d’air ne venait pas les aider. Très lentement, tournant le dos à l’ouverture que l’on bouchait à présent derrière elle, elle s’assit sur le sol froid. Le bruit sourd des pierres qu’on calait les unes après les autres résonnait dans cet antre de noirceur. Seule une torche avait été laissée allumée, consumant un peu plus d’oxygène à chaque instant. Tant mieux, cela abrègerait le tout et ferait peut-être durer son agonie un peu moins longtemps.

Elle devait être laide à présent, songea-t-elle. Cela la dérangeait aujourd’hui alors qu’elle s’en était toujours moquée. Il faut être belle lorsqu’on meurt ainsi, afin de parachever l’esthétique qui s’en dégageait. Que se passerait-il si l’humanité avait à se rappeler une petite fille maigre, sale, en haillon et aux traits grossiers ? Elle aurait du avoir de longs cils, des cheveux soyeux, des lèvres roses au moins à défaut d’être rouges, et même sa taille fine ne pouvait pas, songeait-elle, rattraper ces yeux enflés par le froid et cette peau rougie par l’humidité. Il aurait fallu, pour que tout soit parfait, qu’elle soit en état d’inspirer du désir, même si à présent plus personne ne pouvait la voir.

Mais Antigone, perfectionniste, se fichait bien qu’aucun œil humain ne se pose plus jamais sur elle, si les dieux pouvaient la voir.

« Connaître une vraie amitié, et pouvoir prouver à cet ami à quel point aucun autre lien n’est plus fort. »

Elle avait murmuré du bout des lèvres, comme si elle avait peur de troubler le silence qui flottait.

« Faire l’amour avec un garçon que j’aime. »

L’eau dans ses cheveux dégoulinait sur le sol, sa petite robe lui collait à la peau d’une façon telle qu’elle avait presque envie de l’enlever.

« Avoir des hallucinations. »

Il fallait qu’elle résiste, ne pas se lever, ne pas s’approcher de la torche et de l’infime source de chaleur qu’elle représentait.

« Ressentir l’ivresse d’avoir un pouvoir sans limite. »

Elle ferma les yeux, pourtant l’orangé de la flamme dansait toujours derrière ses paupières.

« Faire l’amour avec un garçon que je n’aime pas. »

La liste de tout ce qu’elle aurait voulu faire avant de mourir était longue, il fallait qu’elle ne se concentre que là-dessus.

« Fuguer loin, sans rien dire à personne, même pas à mon amoureux. »

Ici, elle pouvait enfin être libre de tous les regards et de toutes les consciences qui auraient pu la juger.

Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: "[...]qu'elle se rende compte alors / Que c'est peine perdue de vénérer le royaume d'Hadès." Dim 4 Mai 2014 - 1:34

"Se marier plusieurs fois, et jamais par amour ; perdre au moins trois enfants dans une quelconque guerre, ou le même nombre de filles dans le sang de leurs couches ; sentir tes mains faiblir, sous le poids des années, et constater alors que ta beauté n'est plus. Accuser le mépris de plusieurs générations stupides, et sentir ton esprit s'embourber avec l'âge. Quitter ce monde terrestre dans un souffle de vent, en constatant peut être en avoir eu l'impact."

" L'existence a une valeur très surfaite si tu veux mon avis, Princesse."

Il ne le pensait pas vraiment. Pour preuve, sa vie, aussi longue fut-elle, arrivait encore à se montrer satisfaisante. Hadès n'était pas de ceux qui négligeaient l'insignifiant. Autrement, pourquoi se donnerait-il encore la peine de venir en personne traumatiser les mortels ?
Non, il avait juste un terrible esprit de contradiction.

La voix qui venait de résonner entre les murs de pierre n'avait à ce propos, rien de caverneux aha. Elle était au contraire, plutôt fluette. Musicale, tout à fait moqueuse, elle évoquait assez...celle d'un enfant. Je tiens à informer mon lectorat qu'il ne pourra pas venir me liquider en personne, je suis déjà au Mexique.

Adossé comme un propriétaire contre la roche, un bonhomme de dix ans s'était emparé de la torche. L'air de s'ennuyer un peu, il la faisait passer d'une main à l'autre comme quelque chose qui pourrait l'amuser une poignée de secondes. Les flammes se reflétèrent par épisodes dans ses yeux bleus un moment, tandis qu'elle effectuait quelques allers-retours. A droite. A gauche. L'éclair orange passait comme un pendule.
Forcément, on ne voyait pas grand chose. Mais à priori, ce gosse ressemblait en tous points à quelque chose de normal. Un bon mètre trente, des cheveux ébouriffés ; des centaines de petits bruns farouches comme lui courraient tous les jours dans les rues de Thèbes. Simplement, on les trouvait rarement en train de faire de la philosophie de mauvais goût dans les tombes des condamnés.

Hadès considérait généralement avoir passé l'âge de changer d'apparence au premier prétexte venu. Zeus faisait ça, à peu près tout le temps, principalement pour courir des jupons, et Zeus était à cet égard bien en dessous de sa maturité supposée.
Mais cette fois-ci, le seigneur des ombres jugea qu'il aurait été dommage de négliger une telle occasion. Le scène se prêtait trop bien à ce gamin cynique pour qu'il n’apparaisse pas pendant qu'Antigone fermait les yeux.  
Par ailleurs, la plafond étant trop bas pour permettre au Hadès habituel de tenir tout à fait debout, toute apparition officielle aurait méchamment frôlé le ridicule.


[Voilà. Je sais pas. Dis moi si tu trouves ça chelou, mais par pitié pas de cailloux j'ai une constitution fragile.]

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MessageSujet: Re: "[...]qu'elle se rende compte alors / Que c'est peine perdue de vénérer le royaume d'Hadès." Sam 17 Mai 2014 - 12:19

Ce grand globe lui-même et tous ceux qui l'habitent disparaitront bientôt sans laisser derrière eux ne serait-ce qu'un brouillard ;
Car nous sommes fait de la même étoffe que les songes, et notre courte vie est environnée de sommeil.
W.S.

Antigone n’avait même pas sursauté. Le surnaturel devenait quelque peu conventionnel, ces derniers temps, entre les impérieuses consignes divines, les devins, les rites sacrés et autres impératifs contradictoires fatigants. Ne pouvait-on pas la laisser tranquille, au moins au moment de sa mort ? Non, il fallait encore que les dieux viennent se moquer d’elle dans son tombeau.

Car il lui semblait évident que c’était un dieu, ou au moins un de ses messagers qui se tenait là. Personne d’autre qu’elle ne s’était risqué dans cette prison humide et laide, elle en était sûre. Elle redressa la tête et considéra un instant le petit bonhomme qui se trouvait là, jouant avec la torche. Elle eut bien du mal à ne pas suivre cette dernière, source de chaleur, de ses yeux avides ; mais elle était forte et parvint à planter son regard solidement dans celui du gamin.

Etait-ce une simple impression, ou bien ressemblait-il à Hémon ? Au petit garçon qu’un jour peut-être elle aurait pu avoir avec Hémon ? Et qui, parmi ceux qui peuplaient l’Olympe aurait eu l’audace de venir la voir ici-même et de lui répondre avec un tel cynisme, alors même que ce qu’elle venait de dire constituait peut-être les phrases les plus personnelles de son existence ?

Il fallait que ce soit quelqu’un de bien indécent. Une présence masculine. Zeus ? Mais quel intérêt aurait-il pu porter à ses petites histoires ? Il n’était pas concerné, et il ne lui semblait pas que prendre l’apparence d’un petit garçon lui ressemblât beaucoup. Hermès ? Il n’était pas vraiment connu pour sa discrétion ; mais ces paroles désabusées ne ressemblaient pas à l’image qu’Antigone se faisait de lui. Hadès ? C’était bien possible. Après tout, il était l’un des premiers concernés, c’était lui qu’elle avait honoré en cherchant à sauver l’âme de son frère.

Puis elle se dit que si c’était un dieu qui avait décidé de se jouer d’elle, il ne lui révèlerait ou ne lui ferait comprendre son identité que lorsqu’il l’aurait décidé. Elle trouvait cependant particulièrement mesquin le fait de venir lui expliquer sous l’apparence d’un bambin que la vie n’avait pas d’importance, elle qui avait tant rêvé être mère un jour.

« Je ne suis plus une princesse ici. »

Elle haussa les épaules. Elle devenait lasse.

« A ton avis, pourquoi me suis-je retrouvée ici ? J’aurais très bien pu me taire et faire semblant, comme les autres. Mais c’est trop laid… Tant de choses sont laides, tu ne trouves pas ? Je voulais que la vie soit belle, moi. Au moins la mort le sera-t-elle. »

Non, pas la larme. Retiens ta larme Antigone. Détends tes muscles un à un et dénoue cette boule qui se forme au fond de ta gorge. Elle n’a pas le droit d’être ici, nie lui le droit d’exister, c’est ton corps et c’est tout ce que tu possèdes encore, plie le à tes désirs et ne le laisse pas se désolidariser de ton esprit. Ne le laisse pas se désolidariser de ton esprit.

Elle ne pleura pas.

« Mon corps est tout ce que je possède encore… »

C’était étrange, prononcé de cette façon, plus murmuré que dit, devant un petit garçon qui pouvait très bien être un dieu. Mais elle avait besoin de sentir que cette enveloppe lui appartenait encore, elle avait besoin de s’assurer que cela au moins, ce repère le plus fondamental, elle y avait encore droit pour quelques instants.

Alors elle tendit un bras hésitant vers la torche. D’un œil interrogateur, le petit la lui tendit. Elle approcha son bras de la flamme. Elle n’avait plus que faire de la chaleur, elle s’était habituée à trembler, mais la brûlure et la douleur qu’elle ressentit lui permirent au moins de replacer sur un même plan les deux calques de son corps et de son esprit, et de se sentir à nouveau entière.

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MessageSujet: Re: "[...]qu'elle se rende compte alors / Que c'est peine perdue de vénérer le royaume d'Hadès." Jeu 19 Juin 2014 - 1:59

[Nous sommes de retour/Pour vous jouer un mauvais tour]

Marrante, cette gamine. La ressource qu’elle déployait encore était parfaitement surprenante ; elle était toujours dans un sale état, pourtant, et le moment aurait été plutôt judicieusement choisi pour qu'elle s'accorde de tomber dans les pommes et de partir tout en douceur. Mais non, apparemment ce n'était pas prévu dans son plan. Et avec ça, elle lui servait un regard parfaitement haineux, tout à fait réussi.
C’était plutôt contradictoire, de la part de quelqu’un  qui avait mis au point sa magistrale exécution avec tant de soin, de mépriser à ce point le public. Il n'était là que pour l'encourager, après tout.
Il lui sourit très largement, d’un air parfaitement abject. Ça le faisait rire tout simplement. Cette gosse avait tout à fait raison d’adresser son mépris aux dieux, ou en l’occurrence, à lui. Ils ne méritaient certainement pas plus d'amabilité que ça de sa part. Hadès n'en demandait pas tant ; il ne s'occupait que des morts, et n'avait absolument cure de ce qu'ils pouvaient bien avoir à lui adresser.

Enfin, Hadès décida d'accorder à Antigone le droit de respirer encore un petit peu. A l'origine, il avait prévu de régler ça vite fait. Ceci dit, l’occasion était trop belle ; Il n'y avait strictement rien de neuf à faire en dessous, et la plupart des abrutis qui peuplaient le monde, vivants ou morts, étaient tout à fait incapable de pallier à l'ennui d'Hadès. Or, il était justement au milieu de quelque chose d'intéressant. Cela ne le resterait pas longtemps ; discuter avec une Antigone morte ne présenterait, c’était une certitude, aucune sorte d’intérêt, et cela n'allait plus tellement tarder. Mais il ne remettrait pas de sitôt la main sur un spécimen pareil ; son espèce était rare et sujette aux disparitions précoces.
Il n'allait quand même pas se priver de s'imposer, si ?

“Oh, tu sais, il te reste encore ta robe. Mais je ne recommande pas plus que ça de la brûler, à vrai dire.”
Le gosse avait un air très sérieux ; il ne souriait pas, et fixait Antigone sans ciller plutôt que de s’intéresser à ses doigts - qui dégageaient déjà une odeur assez intéressante. Comme s'il donnait son avis sur la couleur des murs.

Il haussa les épaules. Les mains désormais vides, il se laissa tomber en tailleur contre la paroi de la caverne.

“En fait je ne pense pas. Je suppose qu’être l’héritière d’Oedipe n’a pas dû aider ; mais je ne sais pas qui de toi ou de cette horrible laideur se jette dans les bras de l’autre en courant le plus vite. N’as tu jamais pensé qu’ils ne faisaient peut-être pas semblant ?”

Ah, ces martyrs autoproclamés. Ils étaient mignons ; et ils n'avaient pas l'habitude qu'on vienne les titiller.


“Dis moi si je me trompe, mais j'en ai vu quelques uns s'en sortir un peu mieux que toi ; peut-être qu'ils passaient un peu moins de temps à se frapper la tête contre les murs ?”


Allez. Ç’aurait été bête de mourir dans tellement d'héroïsme bien pensant si vite. Peut-être arriverait-il à la faire sortir de ses gonds avant la fin ?

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MessageSujet: Re: "[...]qu'elle se rende compte alors / Que c'est peine perdue de vénérer le royaume d'Hadès." Mer 25 Juin 2014 - 12:19

Car le Vice, rongeant ma native noblesse
M'a comme toi marqué de sa stérilité

Stéphane Mallarmée, Angoisse


« ... »

Antigone jeta un regard au pauvre morceau de tissu détrempé qui lui tenait encore lieu de vêtement.

« Pourquoi est-ce que je ne la brûlerais pas, elle aussi ? Pourquoi est-ce que je n’essaierais pas de mettre le feu à cette prison, d’avoir une mort incandescente plutôt que froide et humide ? Pourquoi est-ce que je n’ai pas cramé jusqu’à la dernière poutre le palais arrogant de mon oncle, les maisons sales et vulgaires des quartiers pauvres de Thèbes, les maisons fates des bourgeois et des nantis ? J’aurais peut-être dû, tiens. Comme j’en rêvais quand j’étais petite. On craque une allumette et hop, toute la laideur part en fumée. Ce doit être beau. »

Stop. Cela suffisait. Pourquoi s’acharnait-elle encore ? Il n’y avait plus rien, rien du tout, rien à sauver et rien à dire, plus personne à convaincre qu’elle-même.

Le temps était fini, la vie était finie, et même la douleur pourtant bienfaisante qu’elle ressentait à présent était d’une inutilité parfaite. Elle était dans son tombeau, et qu’elle soit maintenant morte ou vive ne revêtait plus le plus petit intérêt puisqu’aux yeux de tous elle avait déjà cessé de vivre –et le regard des autres détermine tout ce que nous sommes. Alors que cet insupportable enfant qui la toisait maintenant en riant se moque d’elle, elle n’en avait plus rien à faire ; ses remarques hautaines qui la jugeaient, ce sourire amusé et légèrement condescendant, plus rien de tout cela ne l’atteignait.

Elle regarda vaguement le petit bonhomme assis par terre, l’air légèrement hagarde. Il lui semblait être en train de devenir folle.

« S’ils ne font pas semblant, ils n’en sont pas moins méprisable. L’humanité est méprisable. Mon peuple est méprisable, ma race, mon sang, ma ville, tout cela est parfaitement digne du dernier degré du mépris. »

Un petit rire convulsif commença à la secouer. Il provenait des tréfonds d’une âme dérangée et supérieure qui jamais n’avait été comprise ; elle s’élevait beaucoup trop haut au-dessus de la logique.

« Tu me méprises, n’est-ce pas ? Tu as tort, je suis bien moins méprisable que tout ce que tu verras au dehors. Chacun de mes actes a contribué à m’éloigner de la Laideur contrairement à ce que tu penses, et à me rapprocher d’une esthétique plus grande. »

Elle replongea sa main dans le feu ; plus rien n’importait, certes, mais elle pouvait encore faire ce qu’elle voulait. Simplement, tout sens et toute signification avait totalement disparu. Elle reprit d’un air pensif, en éludant la dernière question du petit bonhomme :

« Tu vois, les êtres humains ne sont que la somme des opinions d’autres êtres humains sur eux ; ce qui fait que moi, finalement, je ne suis qu’une petite égoïste qui ne sait rien de la vie. Cependant, dans une réalité alternative mallarméenne, l’Idée ou l’Être pourraient avoir une signification absolue, et alors la Beauté aurait fait un pas de plus vers son parachèvement final. »

Ce qu’elle disait lui semblait parfaitement limpide, mais puisque plus rien n’avait d’importance, elle ne faisait plus aucun effort pour chercher à être comprise d’autrui. Son raisonnement de toute façon avait toujours été obscur pour tous ceux à qui elle avait tenté de l’expliquer, alors dieu ou pas, elle n’allait pas plus se fatiguer pour autant.

« Tu as déjà lu du Mallarmé ? Vraiment lu, je veux dire. »

Puis elle se concentra sur les sensations qu’elle ressentait sur chaque millimètre de peau que venait lécher la flamme. Elle se fichait à vrai dire pas mal de la réponse de son interlocuteur.

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MessageSujet: Re: "[...]qu'elle se rende compte alors / Que c'est peine perdue de vénérer le royaume d'Hadès." Mer 2 Juil 2014 - 2:29



”Et dans mon être à qui le sang morne préside
L'impuissance s'étire en un long bâillement.
[...]
J'attends, en m'abîmant que mon ennui s'élève…”

Le gosse récita sans trop se faire prier. Sa voix cristalline donnait un peu l’impression de plonger dans un bain rempli de glace .
Mouaip, Mallarmé. Ce gars là traînait dans l’une ou l’autre cave infernale ; comme tous les morts, il devait errer d’un air absent. Difficile de vraiment faire connaissance à ce stade ; ceci dit, c’est à cela que sert le parchemin, et il avait indéniablement fait preuve d’un certain génie de son vivant. Ce poème comptait parmi les chouchous d'Hadès.*

"Tu sais, être en mesure de lire de la poésie fait partie des privilèges qu’un gosse de dix ans du petit peuple comme moi ne peut pas vraiment concevoir.  Mais oui, j’ai lu Mallarmé.”


C'était pour enfonçer le clou. Les privilèges, ça s'oublie si facilement.
En tous cas, très rares étaient les livres - ou en l’occurrence, les copies sur parchemin roulé, qu'Hadès n'avait pas lus.

“Tu oeuvres pour la beauté alors ? Il est vrai que ta vie ferait sûrement un bon livre ; j’espère que tu t’es assurée de le faire écrire. Tu pourrais devenir la somme d’un joli paquet d’opinions.”


Il allait être assez difficile de se mutiler suffisamment pour impressionner Hadès. Il passait lui même un certain temps à mettre ce genre de chose au point ; ceci dit la grotte avait maintenant nettement l’odeur de la viande grillée. N'importe qui de sain d'esprit se serait senti très mal, à vrai dire.

Du coup, le discours de la princesse avait franchement dépassé les limites d’une réflexion lucide. Ç’avait été plus rapide que prévu. A quel moment avait-elle tout à fait sombré dans la démence ? Peut être la fièvre et l'impunité faisaient-elle ressortir quelque trait de caractère enfoui depuis longtemps. Peut-être Antigone n’aurait-elle eu besoin que de quelques semaines de plus à la surface pour égorger quelque passant au hasard, laper goulument son sang et se fabriquer un collier avec ses tripes.
Mais, plus vraisemblablement entrevoyait-elle les limites de son opération, et son hystérie tenait-elle à l’angoisse que l’on ressent naturellement quand on se retrouve vivant dans sa propre tombe.
Alors, il continuait de se moquer en attendant qu’elle n’ait plus assez de bras pour tenir la torche ? Mhh. Ce serait rapide, comme fin.

“Je n’ai pas l’impression que le mépris que tu évoques soit le mien, dit-il. Il se saisit de la torche en soupirant, trop rapidement pour qu’Antigone ne l’en empêche. Elle l’écoutait à peine, absorbée qu’elle était par son oeuvre, et cela le contrariait. Et je n’ai pas non plus l’impression que tu te sois laissée emmener ici par simple dépit de n’avoir pu brûler Thèbes. Tu n’es pas une démente Princesse, tu n’as jamais attrapé de moustiques pour leur arracher les ailes. Et tu ne méprisais pas encore l’humanité entière il y a de cela quinze minutes.

La vie n'aura jamais que le sens que tu voudras bien lui donner ; quelques fous ont tenté de le noyer dans les flammes, pour les idéaux de beauté que tu décris. En général, leur oeuvre est aussi limitée que ridicule. Il est idiot de mépriser les hommes, parce qu'ils sont les seuls à qui le monde et sa beauté importent.

En fait, je crois que ton problème réside plus dans quatre murs de pierre que dans la folie des hommes. Enterrer Polynice était probablement une bonne idée ; tu avais le choix de le faire proprement, et tu as préféré attaquer la terre à t'en brûler les doigts pour te laisser enterrer vivante. Tu avais peut-être raison. Il est possible que la vie à laquelle tu viens de couper n’eût jamais trouvé ni le sens, ni le gloire que ceux que tu as donné à celle-ci.

Hadès se fit brièvement la réflexion qu’à sa place, il aurait plutôt essayé de liquider Créon pour que son fils prenne le trône, auquel cas elle serait devenue reine et enterré qui elle voulait, mais enfin ce n’était peut-être pas la peine de le lui dire.

Il n’empêche que tu ne me feras pas croire ce que tu viens de me dire. Me le raconter et essayer de t’en convaincre n’aura pas beaucoup de conséquences, puisque ta vie s’arrête à peu près maintenant. Ceci dit, si tu désires vraiment t’échapper d’ici avant que la mort ne vienne te chercher d’une manière désagréable, tu ferais peut être mieux d’utiliser le cordon de ta robe au lieu de divaguer comme une fumeuse d'opium.”


La taille de la grotte aidant, avec sa torche et son occupant et demi, la température ambiante avait grimpé de quelques bons degrés ; on avait un peu moins l’impression de sentir ses orteils tomber maintenant.

_______
*Rapport aux printemps, à Perséphone et à l'ennui. C'est fou.

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MessageSujet: Re: "[...]qu'elle se rende compte alors / Que c'est peine perdue de vénérer le royaume d'Hadès." Lun 25 Aoû 2014 - 14:58

C'est une maladie fréquente, la pathologie du mensonge.

Amélie Nothomb, Antéchrista

Le diamant de sa voix était trop pur. Trop immaculée. Trop glacial et pourtant pas froid. La petite capricieuse se figea.
Déjà le gamin, sans se douter de la musicalité déchirante qu'il avait mises dans ces quelques vers, rompait sans état d'âme la magie et continuait sur son éternel ton ironique.

Les privilèges. Qu'est-ce qu'on en avait à faire, des privilèges, quand on s'appelait Antigone et qu'à treize ans on s'était retrouvée orpheline de mère, à devoir mendier dans les rues pour un père/demi-frère aveugle et rongé par la culpabilité jusqu'à la dépression. Certes, elle, elle n'avait pas connu l'Ennui ; elle n'en était pas pour autant reconnaissante à l'existence.

« Mallarmé, lui il avait compris la Beauté. J'espère que dans les Enfers je pourrais aller le voir et lui dire mon admiration. »

Puis sa voix, déjà brisée, se changea en murmure.

« J'aurais tant voulu qu'on m'admire. »

La flamme lui léchait encore le bras, obsédante. Ses oreilles bourdonnaient. Elle voyait encore les lèvres du petit garçon bouger mais n'y comprenait plus rien, ne saisissait aucun des mots qui lui était destinés. Elle sentit qu'il lui retirait la torche, mais n'avait plus assez de forces pour protester de quelque façon que ce soit. Elle avait utilisé ces dernières tout le reste de ressources qu'il lui restait encore ; et la marche sous la pluie, et l'angoisse ambiante, et toutes ces dernières heures avaient achevé de l'épuiser tout à fait.

Il fallait dire que depuis quelques temps elle ne se nourrissait plus suffisamment. Il suffisait de la regarder, elle était d'une finesse déchirante. Pas encore au stade où cela devenait laid, non ; mais elle en était à la frontière. Manger ne présentait pas grand intérêt à ses yeux, et elle n'en tirait nulle satisfaction, au contraire. Il lui semblait bien plus beau de sentir la peau de son ventre se tendre un peu plus chaque jour, dans le bon sens, et son corps protester de plus en plus faiblement contre le manque d'apports énergétiques. Tout du moins était-ce intéressant : elle avait passé des années à rechercher de la nourriture pour elle et son père sans se poser de questions,  pour survivre, et du jour où le pain ne lui avait plus été compté, elle s'était mis à le fuir. La logique humaine...

Quoiqu'il en soit, elle était à présent en train de perdre le contrôle et une vague noire la rattrapait, lui ôtait tout discernement.
Pour parler plus vulgairement, en plus de tous les autres maux, plus spirituels ceux-là, qui s'abattaient sur elle, elle était en hypoglycémie. Une hypoglycémie chronique cependant, et en cet instant certainement assez avancée. Aligner deux phrases cohérentes dans les conditions physiques et mentales dans lesquelles elles se trouvait aurait certainement relevé de l'exploit.

« Je crois (sa voix rauque la surprit elle-même), je crois que tu as raison. Mais je ne peux pas m'empêcher de croire tout de même à toutes ces histoires, ces théories, ces divagations que j'ai construites pendant mes heures de vague à l'âme. En fait, je crois que je cherche juste à faire mon intéressante tu sais. Je peux bien te le dire à toi, je n'ai aucune idée de qui tu es et de toute façon comme tu me l'as rappelé je vais mourir dans quelques heures, si j'ai de la chance. »

Elle se mordit la lèvre inférieure du plus fort qu'elle pût mais cette fois-ci, elle ne put retenir le sanglot qu'elle sentait monter depuis un moment déjà. Il la prit depuis les tréfonds de son être et ce fut tout son épuisement que le bambin put observer en train de secouer la condamnée.

Ses membres ne la soutenaient plus. Au moment où son esprit virait à la démence, son corps également rendait les armes, et elle s'effondra au sol, possédée par des sanglots qu'elle ne pouvait pas maitriser, ce qui la rendait encore plus folle, elle qui en cessant de se sustenter avait voulu maitriser son corps.

Puis même les involontaires soubresauts finirent par se calmer ; ils avaient tout de même besoin d'énergie pour avoir lieu, il n'y en avait plus. Tout avait été pompé, jusqu'à la dernière goutte. Quand elle put de nouveau respirer normalement -c'est à dire en fait difficilement, dans cet espace clos qui commençait à l'étouffer depuis que la température avait monté- elle était allongée sur le dos, à même le sol, sans pouvoir ne serait-ce qu'envisager de se relever. Un instant elle se demanda même si elle aurait la force de faire fonctionner ses cordes vocales.

« Tout ceci est parfaitement ridicule," prononça-t-elle difficilement. "Et convenu. Les dernières confessions de la princesse capricieuse dans sa tombe à un parfait inconnu... [Insérer ici un petit rire jaune.] Comment es-tu rentré d'ailleurs ? ... Et qui es-tu ? »

Elle attendit un peu ; puis elle reprit.

« Et pendant que nous en sommes aux confessions, autant que quelqu'un sache deux-trois vérités à mon sujet que personne d'autre ne connait.
Je n'aimais pas mon père. J'ai déjà fait plusieurs tentatives de suicide. Et je ne suis pas vierge, contrairement à ce que tout le monde imagine.
»

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MessageSujet: Re: "[...]qu'elle se rende compte alors / Que c'est peine perdue de vénérer le royaume d'Hadès." Lun 1 Sep 2014 - 2:41

En fait, malgré quelques symptômes assez alarmants, il restait encore à Antigone une heure, trente-quatre minutes cinquante-trois secondes et quelques dixièmes de vie naturelle, en admettant que premièrement, personne n'aie l'idée saugrenue de venir détruire la paroi à coups de pioche, et deuxièmement, que la demoiselle ne décide pas elle même d'abréger un peu son supplice, disons, en avalant sa langue.

Pour rappel, Créon était en route avec ladite pioche ; et il aurait certes présenté une bonne chance d'arriver à ses fins si la deuxième équipe n'avait pas compté deux spécialistes avertis du décès, très motivés au demeurant à produire un cadavre dans les temps.

*Si tu insistes, je veux bien faire un geste pour Mallarmé, remarqua Hadès pour lui même. Il est un peu pâlot maintenant mais enfin... *


Hadès était bien disposé ; principalement parce que Créon était vraiment tout proche de payer quelques pots cassés. Avec son propre sang, comme il se devait. Il pouvait donc bien accorder une rencontre fortuite et statistiquement peu probable avec son héros à l’actrice principale de cette tragédie.

Même si elle avait un peu compromis sa pendaison en s'écroulant sur le sol, on pouvait largement pardonner à son talent, il fallait bien le dire. Et cela, quand bien même tomber dans les pommes en cet instant précis l'aurait exposé à un sauvetage des plus malheureux, un peu plus tard.

*Pas d'inquiétude poulette, les tréfonds de l’Hadès, contrairement à l’Olympe, ne laissent jamais tomber personne.*


Sans rien ajouter - de toute façon on ne l’écoutait plus vraiment - le gosse, toujours aussi placide, vint s’accroupir auprès de la princesse en souffrance. Elle n’était pas vraiment laide, c’était faux. La folie qui allumait encore ses yeux la distinguait singulièrement de la fadeur gracile de quantité de ses homologues poudrées. Les spasmes lui allaient beaucoup mieux que la soie rose.
C'est très encombrant, de dépendre d'une enveloppe mortelle. Sa principale occupation consiste en fait à décéder, vous entraînant lamentablement dans sa chute. Ça rend aussi le double des privations reçues en symptômes malvenus.

Hadès passa une toute petite main dans les cheveux trempés d’Antigone, que les muscles avaient abandonnée. Ils étaient encore glacés. C’était difficile à dire maintenant qu’ils étaient étalés et collés par l’eau, mais le petit garçon jugea tout de même qu’une coupe adroite leur aurait rendu meilleur hommage. Tout en y promenant sa petite mimine chaude, il décida qu’elle avait dû elle-même jouer des ciseaux pour leur donner une telle allure.

“Ta supposition sera la mienne, Princesse. Le fruit de ta folie, désespérée de se retrouver seule. Ta conscience. Ton fils, mort avant d’exister, que sais-je ? Un dieu à l’humour douteux, si tant est que les dieux se soient jamais souciés de ton sort ; je crois qu’ils n’ont pas jugé utile de se pencher sur ton berceau.”


Factuellement, les dieux se souciaient de bien peu de choses qui dépensassent le bout de leur nez. Hadès jugea inopportun de répondre sérieusement. Il préférait les devinettes.

“C’est un peu plus intéressant que ton barbecue improvisé, si je puis également me permettre d’être sincère. Assez pour retourner dans leur tombe un joli paquet d’historiens qui ne sont pourtant pas encore morts. Ce vieil Oedipe. (Maintenant dans nos caves !)Vois-tu, les drames sont toujours une affaire de divinités mesquines ; un devin avec une peau de loup sur le crâne parle au nom de je ne sais quel olympien de mauvaise humeur, et voilà un homme damné avant même de naître. Certes, c’était aussi ton frère, c’est regrettable. Mais je ne pense pas que qui que ce soit se soucie de la consanguinité, là haut. L’ordre qu’ils imposent est quelque part une bien vaste blague.”


Hadès appréciait l’ordre. Il avait à coeur de se considérer comme son dernier rempart, consciencieux et dévoué. Cela lui permettait de mépriser courtoisement beaucoup de ses cousins sans y regarder à deux fois. Bien sûr, ils n’étaient pas tout à fait incompétents, toutefois, ils semblaient apprécier ne ne rien suivre de leur propres directives, ce qui était rigoureusement ridicule. Ils ne comprenaient même pas ce qu’ils faisaient.

Apollon, Zeus, bien le bonsoir. Moui, ça va merci, je nettoie un peu derrière vous comme ça, tout ce bazar que vous m'avez laissé. Je discute avec les autochtones, je visite les lieux historiques.

“Je me permets de te donner mon point de vue, qui, si tu as suivi, est peut-être le tien illustré par la magnifique hallucination que je suis.. En tous cas, il me semble que cette tentative-ci a un peu plus de panache que de se jeter du haut d’un pont. Je l’approuve tout à fait, il y a du brio. Je ne sais pas si l’expérience a aidé, mais il me semble que l’attente en valait la peine."


Le gamin était tout près d’Antigone maintenant. Il lui caressait distaitement les cheveux, quoique le geste fut gentil ; il n’y avait apparemment aucun lien entre ce qu’il disait, ce qu’il faisait et son expression très légèrement amusée.

“Je suppose que tu as passé une bonne partie de ta vie à fuir la compagnie d’éminents psychologues. J’apprécie à leur juste valeur ces révélations spontanées tu sais. Mais tu ne devrais pas pleurer ; s’ils ouvrent cette tombe demain, sur un coup de tête, cela ferait beaucoup trop plaisir à l’excroissance un peu stupide qui a poussé sous la couronne.
Mais je t’en prie au fait, je serais ta confidente. Si tu veux un conseil, n’essaie pas d’avorter avec une aiguille à tricoter, ce n’est pas une bonne idée. Alors, laisse moi réfléchir. Je ne miserais pas trop sur Hémon. Il est gentil, mais dans le fond, c’est tout de même un nigaud… hhm, je ne sais pas, le petit garde avec la tignasse blonde ?”




[Une fois n’est pas coutume, pour une fois c’est moi qui pète un sérieux câble. Heu voilà xD A ma décharge, j'ai pas trop dormi, ce sera mon alibi . Je suis ouverte aux suggestions \o/]

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MessageSujet: Re: "[...]qu'elle se rende compte alors / Que c'est peine perdue de vénérer le royaume d'Hadès." Sam 4 Oct 2014 - 23:55

Avertissement:
 
Allez viens avec moi
Nos cœurs à la lumière
Les étoiles dans nos bras
Et nos âmes en enfer

Damien Saez, Soleil 2000

Ses yeux ne papillonnaient même plus, ils demeuraient mi-clos, fixés sur la paroi supérieure du trou humide dans lequel elle était en train de mettre les points finaux sur la démence de sa vie. C’était fini, les idéaux, les rêves de grandeur et de beauté, à présent il n’y avait plus que le reste ; le concret, la gentillesse et l’inquiétude plates qu’elle avait pourtant méprisées sa vie durant mais dont elle ne pouvait s’empêcher de vouloir faire preuve à présent ; la jeune fille encore candide et naïve qu’elle découvrait encore vivante lorsque tout le reste s’effondrait ; pas forcément la plus vraie ni la plus profonde, non, simplement la plus endurante –peut-être aussi parce que la moins sollicitée.

Il n’y avait plus rien, rien que l’image qu’elle emporterait d’elle-même et les dernières actions, les dernières paroles, les derniers souffles avant que la mort ne vienne l’étreindre de son souffle glacé. Pourquoi glacé, d’ailleurs ?

« Tu crois… Tu crois que la mort est froide ? »

C’est à ce moment-là qu’elle perçut la sensation de douceur de la petite main en train de caresser ce qui lui tenait encore lieu de cheveux ; de douceur, de soulagement profond, une sensation de chaleur à laquelle elle avait simplement envie de s’abandonner.
Or, Antigone ne s’abandonnait pas à la chaleur.

Son corps en hypothermie, en hypoglycémie, mourait d’envie de se raccrocher encore à cette petite goutte de vie pourtant, comme un instant primitif et enfantin. Alors il fallut décider s’il fallait se battre encore contre des moulins à vent ou laisser faire la nature mère nourricière injuste.

« Ta main est chaude. La chaleur est bonne et désirable. Ce qui est bon n’est pas bon, ce qui est bon enlaidit et boursoufle. Il ne faut pas manger, il ne faut pas avoir chaud, il ne faut pas de reposer, il faut vivre intensément jusqu’à l’épuisement éthéré, et que le corps devienne léger comme une plume ! Et puis on s’envole, tu sais. On ne meurt pas cloué au sol, on est juste léger et c’est bien. Le bien et le bon sont différents, et il n’y a qu’à l’approche de la mort qu’on perçoit vraiment cette différence. »

Inexorablement, ses paupières se rapprochaient l’une de l’autre, bientôt le voile noir rougeâtre se déposerait sur sa vision, et à ce moment-là, la part d’elle-même qui avait encore un semblant de logique se doutait bien que ce serait fini. Elle ne pourrait plus se relever. Elle n’en aurait pas la force.

« Repousser le désir, ce n’est qu’une question de volonté. L’esprit le fait très bien, parfois c’est le corps qui a un peu plus de mal à suivre, alors il faut le forcer un peu si l’on veut pouvoir garder le contrôle ; parce qu’il n’y a qu’en gardant le contrôle qu’on parvient à vivre intensément, tu le savais ? »

Sa voix était douce et gentille, enfantine. Un long silence s’installa. Antigone prenait conscience non qu’elle allait mourir –elle l’avait compris depuis ses treize ans environ- mais qu’il ne lui restait que très peu de temps pour dire, taire et penser tout ce qui était important. Il fallait gagner du temps, encore un petit peu de temps ! Peut-être qu’elle ne saurait plus aussi bien ce qu’il fallait taire, une fois morte. Rien n’est plus ardu que l’art des silences.

Elle ne parlerait pas au petit bonhomme de la confusion métaphysique ultime dans laquelle son geste la plongeait. Elle ne lui dirait pas à quel point il lui réchauffait le corps et l’âme, à quel point elle avait le désir de se sentir entourée. Il ne saurait rien de l’élan de tendresse d’une humanité incroyable qu’elle ressentait soudain envers lui, ni qu’elle combattait encore ce désir, ni que toujours en elle la lutte perdurait. Elle se concentrerait sur les actes, lui raconterait ceux qu’elle n’avait racontés à personne, jamais, en vertu de cette loi du silence qui sublime le fait.

« Ma folie ne craint pas la solitude, non plus que quoi que ce soit en moi ; tu es bien trop logique et rationnel pour être ma conscience, et trop sophistiqué aussi, je ne suis pas aussi compliquée tout au fond. Pourquoi aurais-je eu un fils et non une fille ? Les dieux sont bien trop indifférents, comme tu le reconnais toi-même, et aucun humain n’aurait accepté de me suivre dans ce mouroir infâme.

« Je pense que tu es ma schizophrénie. »

Elle avait conclu d’une voix naturelle et tranquille, et n’attendait de la part du principal intéressé pas grand-chose d’autre qu’un acquiescement. (Du reste, elle ne se trouvait pas si loin que cela de la réalité : sa démarche était devenue tellement mortuaire ces derniers temps qu’elle aurait pu se permettre d’avoir Hadès pour personnalité secondaire. Ce qui, avouons-le, est le véritable signe de son caractère si exceptionnel.)

Ce point-là étant désormais considéré comme clos par notre petite Antigone, il lui restait à présent à raffermir toute la volonté dont elle était capable pour se concentrer sur le nécessaire, qui s’élevait à présent encore un cran au-dessus du vital. La condamnation vous donne un sens des priorités tout à fait intéressant.

Elle reprit avec un petit soupir résigné (tiens, la résignation aussi était l’apanage des emmurés vivants !).

« Ils sont encore plus consanguins que nous. Je n’ai toujours pas saisi ce qui leur a pris, de se mêler soudain de nos histoires alors que lorsqu’on a besoin d’eux, il s’en trouve si peu pour être là. Et de ceux qui sont là, ce ne sont bien souvent pas ceux qui font le plus de bruit…

« Mais là n’est pas la question. Je comprends qu’ils n’aient rien éprouvé pour mon père, parce que moi non plus, si ce n’est par moments une légère pitié dégoûtée et plus souvent encore de la crainte. C’est dur, tu sais, de devoir prendre son père en pitié. Ce n’est pas naturel. »

Elle faillit se fermer lorsqu’il en vint aux tentatives de suicide, c’était là un sujet très sensible pour elle et même la situation ne parvenait pas à atténuer l’impudeur de son évocation. Mais s’il était son autre personnalité, une partie d’elle en quelque sorte, il fallait bien, pour qu’elle meure intègre et entière, qu’il soit au courant de tout ; au moins des faits, elle se l’était promis, et tout était question de volonté.

« Je suis heureuse qu’elle te plaise. C’était pourtant la tentative la moins acharnée ; c’est toujours quand on s’y attend le moins que les résultats arrivent, n’est-ce pas. »

Il y avait une légère amertume qui surnageait de cette dernière remarque.

« Je ne me suis jamais jetée du haut d’un pont, parce qu’aucun pont n’était assez haut dans les environs pour qu’on ne retrouve jamais mon corps, et je ne voulais pas que l’on enterre une Antigone défigurée, tu comprends…

« J’avais réfléchi à me jeter sous les rails d’un train, mais je ne voulais pas être étalée partout sur la voie publique, ni donner ma mort en spectacle. Enfin, pas de cette façon-là du moins. Alors il  me restait l’asphyxie, j’ai respiré du gaz. C’est mon père qui m’a trouvée inconsciente dans le garage. Il m’a dit que les suicidaires étaient des lâches. Ce jour-là, j’ai définitivement su que nous ne pourrions jamais nous comprendre. Il ne saisissait rien de l’essence du monde telle que moi, je la percevais, et j’ai été déçue de le découvrir parce que j’avais toujours pensé qu’il était un des rares êtres doués de la même intelligence que moi.

« Puis j’ai tenté le coup des veines, c’est très joli tout ce sang mais très douloureux, n’essaie jamais. On n’arrive pas à se concentrer sur la magnifique couleur carmin, c’est du gâchis. Et l’efficacité est nulle. La preuve, me voici en parfaite forme à te raconter tout ceci.

« L’idéal aurait été de trouver un poison suffisamment efficace… Je n’en avais pas. Et puis l’automutilation avait quelque chose d’attirant, un je ne sais quoi. C’était beau je crois. »

Elle ne réalisait pas trop ce qu’elle venait de raconter, les confidences qu’elle venait de faire sur le ton de la conversation. Dans sa logique, elle était en train de se parler à elle-même, ce n’était donc pas censé être trop grave.
La main continuait à se balader dans sa chevelure, la lutte continuait en Antigone. Antigone ne s’abandonne pas, non, jamais.

« Je serai morte quand ils l’ouvriront, mon sang aura coagulé, ils prendront les larmes pour de l’humidité et voilà tout. Mais tu as raison, autant ne pas laisser ce plaisir à mon oncle, ni cette souffrance de plus à Hémon.

« Je l’aime bien, Hémon, tu sais. Il est droit. Mais tu as raison, ce n’est pas lui. Ce n’aurait pas pu être lui. C’est un poète, le mien, un poète fort, grand, mystérieux et sombre. Il m’a dit des vers au creux de l’oreille. Jamais à voix haute, ça les aurait dénaturés. Le reste du temps, il courtisait ma sœur. Je crois qu’elle était sa maitresse, qu’il lui avait fait des promesses, il me semble même qu’elle y avait cru ; l’histoire classique, tu vois. »

Elle s’était faite à la fois cynique et rêveuse, en ayant conscience que ces deux traits se dégageaient de son discours et que sa part d’adolescente énamourée était parfaitement ridicule. Elle s’en fichait totalement.
Elle serra les dents. Encore un tout petit peu de volonté et elle parviendrait à s’arracher à la douceur chaude qu’émettait l’enfant.

A force d’effort, elle parvint à se redresser et à tenir son buste droit pour lâcher sur un ton indifférent les quelques dernières phrases de son récit.

« C’était à une soirée donnée par Ismène, je m’étais endormie sur un lit et quand j’ai ouvert les yeux, il était assis à côté de moi et me regardait. Je ne l’ai pas revu souvent après ça et toujours avec ma sœur. »

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MessageSujet: Re: "[...]qu'elle se rende compte alors / Que c'est peine perdue de vénérer le royaume d'Hadès." Mar 28 Oct 2014 - 0:56

Il y avait des contradictions partout, chez cette petite. Ses cheveux auraient eu du potentiel, si quelqu'un avait pris la peine de faire quelque chose.  On aurait dit du velours velours noir liquide, tout trempé et coupé à la serpe. Le rendu était, disons, une image authentique du chaos originel. 
   «Ne dis pas de bêtises. Le froid est le privilège des vivants..»
Hadès choisit au harsard quelques mèches, et entreprit distraitement d'en faire une sorte de natte compliquée.
   "Disons que ça se défend. Mais qu'espères-tu au juste du ciel ? Les dieux jetteront ta pauvre âme de l'Olympe d'une pichenette, et tu n'auras plus qu'à rejoindre ta carcasse. Aux enfers, si tu as de la chance. S'ils viennent te chercher, et encore. Tu n'as même pas de pièce pour Charon.

Pour rappel, tarif : un siècle d'errance.

Alors, en faisant passer cette mèche par là, et en la glissant ici...

   "Enfin, ce sera seulement si tu parviens à t'envoler. Mais je crois que la faim a un effet inverse. Elle engourdit. Elle fait peser sur des épaules chétives leur propre poids, ce qui est déjà bien trop. Elle fait glisser dans un sommeil trop lourd pour que persiste un espoir de réveil. Et en tous cas, elle aurait plutôt tendance à peser vers le bas que l'inverse.
Tu vois, c'est la vie qui est froide. C'est la vie qui est dure. La mort ne se pose pas plus ce genre de questions que la poule ne se soucie de politique. C'est l'arrêt, tout simplement. Le statu quo. C'est elle qui te susurre à l'oreille d'abandonner. C'est elle qui te tend ses mains engageantes et te demande pourquoi te donner la peine de souffrir encore. Elle est chaude est douce comme une tasse de chocolat ; comme la tiédeur qui prend celui qui s'endort, mort de froid, dans la neige."
Hadès haussa les épaules.
"Les morts ne souffrent pas. Ni du froid, ni d'autre chose."

Pour la plupart.

A la suggestion d’Antigone, il ne put retenir un sourire goguenard. Mais si, c'était plausible.

   " C'est très bien d'accepter ses démons ! ” Remarqua-t-il. "Tu vois, je pense qu'il n'est pas utile de surmonter le problème que représente une double personnalité de mon standing. Je veux dire, je n'ose même pas imaginer ce que tu aurais pu faire dans cet endroit sinistre sans la contribution amicale de ta folie. Je te dis ça en toute cordialité.  Mais on se lasse de se rouler en boule pour pleurer, non ?"
En fait, il était tout à fait plausible qu'Antigone fût habitée, par ailleurs, par un petit garçon cynique et malveillant aux tendances suicidaires. Cela aurait expliqué quelques petites choses.

Hadès finit une torsade par une jolie boucle en forme de trèfle. Si, c’était pas mal. Une autre un peu plus haut, comme ça...
   “Il n’y a que les plus malsains pour se déplacer. C’est malheureux. Ils s’ennuient, peut-être.”
Il tirait la langue comme un véritable enfant très concentré.

   “Ou peut-être qu’ils ont peur. Ils prennent les devants, en donnant de bonne raisons aux plus dangereux de se foutre en l’air, comme ça, sous quelques prétextes moraux inventés de toute pièce. Un petit devin avant une naissance et hop. Crève toi les yeux, Oedipe, cette inconnue était ta mère. Erre par les chemins. Deviens inoffensif.”
Hadès n’était pas intimement convaincu que les blagues les plus courtes fussent les meilleures. Pas du tout, en fait. Quelqu'un aurait peut-être dû le prévenir.


   “Oh tu sais, les résultats attendent un peu de passion.
Non, j’aime bien, emmurée vivante. Ça fait un peu de changement. Et puis, tu t’es bien débrouillée. C’était juste assez héroïque. Juste assez pitoyable. Tapageur au bon moment, et discret sur la fin. Je salue l’ajout sympathique de la schizophrénie pour le dénouement, d'ailleurs.”
Il lui sourit comme s’il avait vraiment dix ans. Mais il n’était pas sûre qu’elle soit en état de le remarquer. On discute on discute, mais le temps passe, et le souffle de cette petite commençait à tenir de celui du mulot prématuré. En plus laborieux.


   “Ce sera ton final alors ? La Princesse endormie dans la neige, sa chevelure d’ébène éparpillée comme une couronne de fleurs.“ Une pause faussement compatissante.  Et puis, un drôle de sourire en coin.  "Ça manquerait un peu de panache non ?”
Nouvelle pause.

   “Oh, je vois. Il est peut-être en train de consoler Ismène. S’il s’y prend bien, il pourrait devenir roi.”

Hadès laissa Antigone se relever. De dos, on voyait discrètement une mèche finement tressée émerger d’un coin de chaos. Appelons ça la signature de l'artiste.

Dans un coin de la petite caverne, une torche agonisait doucement. Le petit brun se mit en tailleur, les mains posées sur le bout de ses sandales. Il fixa deux yeux bleus rigoureusement enfantins, interrogatifs sur l’adolescente.

Elle était déjà décidée.

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MessageSujet: Re: "[...]qu'elle se rende compte alors / Que c'est peine perdue de vénérer le royaume d'Hadès." Dim 23 Nov 2014 - 17:32

Descendez, descendez, lamentables victimes,
Descendez le chemin de l'enfer éternel!
Plongez au plus profond du gouffre, où tous les crimes,
Flagellés par un vent qui ne vient pas du ciel,
Bouillonnent pêle-mêle avec un bruit d'orage.

Charles Baudelaire, Femmes damnées

Spoiler:
 

Si c’était un reste de cohérence qu’il cherchait dans sa chevelure, c’était peine perdue, songeait Antigone tandis qu’Hadès agitait ses petits doigts avec minutie.

Il avait du reste diablement raison, et tout se para soudainement de sens lorsqu’il énonça cette vérité universelle : c’est la vie qui est froide. La douceur avait disparu depuis longtemps ici-bas, et un être humain ne peut pas se passer éternellement de douceur. La vie passe avec son usure, mais chacun trouve toujours son baume pour aider les gerçures à se faire oublier ; pas Antigone. Les douches chaudes, le chocolat, l’étreinte de bras amis… Rien de tout cela n’était venu aider les deux bords de la plaie à tenir encore un peu. Elle les avait tous repoussé, un par un.

Conséquences directes : tout d’abord, la rupture était proche.

En second lieu, cet illustre délire de son esprit. S’il s’agissait bien d’un délire ; qui du reste aurait pu le dire ? Il se pouvait très bien que les dieux de l’Olympe n’eussent jamais existé, et qu’ils ne fussent que le pur produit de l’imagination épuisée de la petite protégée d’Hadès.

Elle ne répondait plus. Elle le laissait parler, l’entendait parler de froid, de chocolat chaud et de devins et ça lui rappelait les conversations qu’elle avait de son vivant –car bien qu’elle ne fût pas encore tout à fait morte techniquement parlant il n’était pas envisageable d’admettre que cette carcasse comportait encore en elle ce qu’on appelle la vie. Ces conversations préfabriquées, au cours desquelles tout ce qu’elle avait à faire était d’acquiescer de temps à autres, et auxquelles elle ne tentait même plus de participer sous peine de consternation de son interlocuteur à la moindre de ses remarques. Ça ne manquait jamais, il y avait toujours un décalage émission/compréhension avec ses proches depuis la mort de son père.

« Si tu es ma maladie, ce ne sera pas mon final mais le tien. J’aurais besoin d’un diagnostic plus précis pour savoir si ça change réellement quelque chose. Du reste, on s’en fiche. »

Elle serra les dents.

« Que veux-tu que je fasse du panache ? On n’est défini que par ce que les autres voient de nous, je te l’ai déjà dit. Et il n’y a vraiment rien d’autre que moi ici, je n’ai plus de soucis à me faire. »

Un instant de réflexion, puis :

« A moins que les dieux existent, ce qui rendrait une bonne partie de ma démarche bien moins absurde, et puis une bonne partie des préceptes moraux de l’univers auxquels les humains se tiennent aussi. Je crois qu’en fait je n’ai jamais su si je croyais aux dieux ou non. Je voulais juste ne pas être comme les autres quoiqu’il arrive. C’est plutôt réussi non ? »

Un vertige la prit et le voile noir bien connu se déposa un court instant devant ses yeux ; le coton dans la tête, le bourdonnement sourd des oreilles, elle connaissait tous ces symptômes pour les contracter fréquemment. Ils n’étaient habituellement pas gênants parce qu’il y avait longtemps qu’elle avait pris son parti de ne plus rechercher ce qui était agréable dans ce monde et donc à ne plus fuir non plus les situations désagréables, mais en l’instant présent elle les trouvait contrariants : impossible de savoir ce qu’elle avait déjà dit ou pas, ce qu’il était utile de formuler encore ou non, sur quoi il était urgent de mettre des mots et ce qu’il fallait oublier. Avec un cerveau dans un tel état, elle allait rater sa mort à coup sûr. Elle se prit à prier pour que rien n’ait de sens, et que l’Olympe n’aie jamais été qu’une rêverie singulière de sa part –attitude paradoxale s’il en est.  Cela aurait du moins compensé l’absence de panache de ses derniers instants.

Elle tournait le dos au petit garçon en contemplant les restes de la torche enflammée qui périssait lentement mais sûrement. Elle n’allait tout de même pas mourir en même temps que ces braises… ? Ce serait d’un commun parfaitement désolant. Il fallait donc à présent décider qui de la flamme ou de la fille allait encore survivre le plus longtemps. Il n’y avait d’argument véritablement tangible ni d’un côté ni de l’autre, cette prise de position relevait un peu du « qui de l’œuf ou de la poule… » auquel Antigone n’avait pas la force de s’attaquer.

« Tu as raison. On se lasse de se rouler en boule pour pleurer. Mais on le fait quand même, parce que parfois ce n’est pas un choix, juste une perte de contrôle. »

Elle se retourna lentement, chercha le petit garçon du regard ; il était un peu plus bas que ce à quoi elle s’attendait, assis par terre, à la regarder tranquillement. C’était véritablement perturbant que de considérer cette présence à ses côtés sans pouvoir déterminer avec précision si elle était étrangère à sa personne ou non ; elle commençait à se lasser de tout cela, elle était fatiguée.

La fin ne relevait plus d’une décision mais d’une nécessité, et même d’une fatalité ; elle était condamnée de toute façon, et pas uniquement depuis que les gardes avaient refermé le trou derrière elle quelques heures plus tôt. Elle était condamnée depuis qu’elle était née, sans qu’elle sache véritablement à quoi elle l’était.
Par moment c’était à la vie, à d’autres moments à la mort. Impossible de déterminer lequel de ces deux états était le plus redoutable.

« La plus grande question de la vie est le déterminisme. »

Ce n’était plus de la philosophie, il y avait longtemps que la superficialité de cette discipline ne l’intéressait plus. Elle, elle pratiquait à temps plein la réflexion appliquée. Autrement plus difficile à mettre en place sans mauvaise foi. Elle avait cessé de vouloir en expliquer l’importance à ses proches –d’ailleurs elle avait cessé de vouloir expliquer quoique ce soit en général. Le gamin comprendrait bien ce qu’il voudrait, ce n’était pas son problème.

Elle s’étira comme elle put, ressentit les pans de sa robe encore humides et collants contre sa peau si fine, se mordit la lèvre inférieure en sentant une boule se nouer dans sa gorge. On voyait les os de ses épaules dessiner leurs contours légers derrière cette enveloppe ténue qui la maintenait encore dans le monde des vivants. Un souffle, et elle ne serait plus.

Le plus déchirant était ses clavicules. Il n’y avait rien de plus à ajouter.
Elle se pencha un peu, elle ne songeait en cet instant pas du tout à ce qu’elle avait fait de son corps –ou à ce qu’elle aurait pu en faire si elle avait eu un peu plus de temps.

De ses mains froides et gourdes, elle agrippa fermement le bas de sa robe déjà déchirée. Elle tira un coup sec, le reste vint plus facilement. Ce n’était pas ça qui était difficile, rien n’était fait encore –et puis tout ceci était d’une telle évidence que ça ne demandait aucun effort.

Puis, un regard circulaire autour d’elle ; une constatation : il n’y avait rien ; une conclusion : la bande de tissu qu’elle venait de voler à ce qui restait de sa robe ne lui servait à rien.

Cette fois-ci, les larmes lui brûlèrent violemment les yeux. Elle faillit en laisser échapper une ; elle les sentait, acides, derrières ses paupières closes où dansaient les ombres obsédantes de tous les cadavres de sa famille, les formes indécises de ses remords, de sa culpabilité et de son insatisfaction chronique, de la peur d’être en vie et de la douleur de mourir. Son rythme cardiaque s’accélérait. Ce devait être la fin, l’univers entier ne le sentait-il pas ?

Sa respiration devait sembler au bambin de plus en plus saccadée, mais son manège et ses intentions n’avaient pas pu lui échapper. Elle essayait de relever les paupières, de laisser la faible lumière arriver de nouveau jusqu’à elle, mais quelque chose l’en empêchait, la retenait parmi ses fantômes, et l’angoisse et la panique l’emplissaient de plus en plus. Un bourdonnement s’intensifiait dans ses oreilles, ses membres étaient paralysés, il fallait que cela s’arrête, l’urgence était à la fuite de cet état beaucoup trop vivant.

Sa conscience tourbillonnait autour d’elle et la cernait, de toute part elle ne voyait que tout ce qu’elle avait toujours cherché à fuir.

Et au milieu de toutes ces obsessions, bientôt finit par surnager une certitude qui grandissait et prenait de l’ampleur et s’enfonça dans son crâne un peu plus profondément à chaque seconde : il fallait qu’elle meure. Elle y était déjà décidée un instant auparavant mais à présent que toute l’angoisse de son existence se concentrait en une torture pire que la vie elle en ressentait le besoin comme un impératif immédiat. Une priorité.

Une fois qu’elle eut conscience de cela, elle put relever les paupières ; elle tourna son regard noyé de peur et de panique vers Hadès. Il ne pouvait pas ne pas s’y plonger, il ne pouvait pas ne pas comprendre son égarement total, sa supplique muette et désespérée.

Ses membres la lâchèrent, elle s’effondra au sol comme la poupée de chiffon qu’elle était. Son corps et sa tête étaient vides comme une bulle de savon.
Ce ne furent pas eux mais une conscience plus impérieuse qui ordonnèrent à ses lèvres bleuies par le froid de murmurer d’une voix nouée et rauque :

« Je dois mourir… »

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MessageSujet: Re: "[...]qu'elle se rende compte alors / Que c'est peine perdue de vénérer le royaume d'Hadès." Dim 23 Nov 2014 - 20:14

Ils me disent, tandis que je sanglote encore :
« Dans l’ombre du sépulcre où sa grâce pâlit,
Elle aspire la paix passagère du lit.
Les ténèbres au front, et dans les yeux l’aurore.

« Elle aura la splendeur de l’Esprit délivré,
Rêve, haleine, musique, essor, parfum, lumière.
Le cercueil ne la peut contenir tout entière,
Ni le sol, de chair morte et de pleurs enivré.



Hadès se tut. Il aurait été… malvenu, vulgaire d’intervenir. Il y a un temps pour tout, pas vrai ?
Les mortels étaient quelque chose d’insaisissable, de fragile et de surprenant. Comme autant de papillons, ils se désespéraient, frénétiquement, de vivre, armés en tout et pour tout de deux petites pauvres ailes, face à tous les dangers du monde. Et, de manière tout à fait admirable, ils se battaient. Tenaient de longues années, à force de courage, oubliant parfois même que leur temps était compté.
Pourtant, Hadès était leur cancer. Il les guettait longtemps longtemps, et invariablement, il les rattrapait. Comme un espèce de collectionneur plus malsain que la moyenne, il aimait à tremper leurs corps bigarrés dans une peinture épaisse et grise avant de les coller dans un album sans nom.
Comme tout collectionneur, il aimait les papillon. Il en faisait sa vie, sa passion, sa flamme. Il pouvait les regarder pendant des heures, déterminer avec exactitude si à telle espèce correspondait tel motif, tel couleur, tel climat. Il avait ses préférences, souvent, quelque spécimen rare et étonnant. Il pouvait parler, des paillettes dans les yeux, des heures durant, de la trajectoire d’un vol selon des paramètres très précis, n’ayant cure de n’intéresser personne tant il les adorait.
   Mais ce qu’il appréciait le plus, c’était de les attraper. Avec un joli filet, un piège, toutes les méthodes étaient bonnes. Il n’attendait que de les enfermer dans un bocal, pour qu’ils s’endorment lentement, très lentement. Et puis, il les récupérait avec mille précautions, armé de jolies pincettes, le soleil au coeur.

Hadès était lucide sur son cas. C’était un vieux collectionneur, il avait perdu un peu de l’enthousiasme des débuts. Il passait plus de temps, maintenant, à feuilleter ses prises, qu’à courir la campagne. Il ne s’extasiait plus, sur tel petite chose colorée, qu’il avait déjà vue mille fois, un peu lassé par l’habitude.
Mais tout de même.
Antigone voyait fort bien les parois de son bocal d’ether. Hadès ne l’écoutait plus que d’une oreille. Il la regardait. Tituber, un peu gauchement. Chercher ses mots. Haleter, tenter de réfléchir encore, un peu, malgré tout.

Tombera, tombera pas.

Du déterminisme ou du choix, il n’aurait su dire. Personne ne le pouvait. On se lasse des questions sans réponses, quand on a cherché trop longtemps ; on fait avec. L’important c’était le résultat, en fin de compte. Hadès savait comment obtenir un résultat.

Il écoutait son coeur s’affoler. Il était jeune, du genre tanace. Il ne rendrait pas les armes, pas encore. Pas tout seul.

Mais n’y avait pas de prise. La voûte de la caverne était lisse comme l’intérieur de la coquille d’un oeuf.
Hadès capta le regard de la fillette, déjà embué de noir, liquide d’effroi.

Ce n’était pas dans ses principes, mais...c’était demandé si gentiment.

Antigone ne retomba certes pas sur le sol, mais bien dans les bras de son attentionnée démence ; une place encore moins demandée que le pire des ronciers vénéneux - allez savoir pourquoi, mais la plupart des gens auraient choisi la pierre.
La princesse n'atterrit évidemment pas sur un gamin de dix ans, ce qui eut été fort malheureux, mais bascula plutôt en arrière dans l'étreinte un peu inquiétante de quatre-vingt kilos de sommeil éternel.

La mort était haute de taille, et ses longs cheveux blancs, sa mise impeccable et son air égal offraient un contraste certain avec la petite chose brune qu’elle avait rattrapée. Épuisée, celle-ci ne tenait plus que retenue par les épaules, comme une poupée un peu mal en point.
Il la déposa lentement sur le sol, et tous deux se retrouvèrent assis par terre, la seconde comme endormie contre le premier. Dans un contexte différent, c'eût pu être attendrissant. Hadès avait un regard doux, et une certaine fibre maternelle qui faisait que bercer doucement une mourante de seize ans ne le dérangeait pas. Il lui écarta même quelques mèches de devant la figure, avant de lui passer une main dans les cheveux comme s'il n'avait véritablement d'autre intention que de la réconforter.
Hadès aimait bien illustrer ses propos. De fait, il lui arrivait d'être tiède et accueillant.

   Il lui prit les mains, lesquelles tenaient encore un joli morceau, humide, de sa robe. Elle ne le voyait pas, évidemment ; tourner la tête était déjà au dessus de ses forces. Mais eût-elle été consciente, et elle l’était encore un petit peu, elle aurait pu le sentir se pencher sur son oreille.

“T’en fais pas, chuchota Hadès en desserrant délicatement ses petits doigts crispés.  Je vais m’occuper de ça pour toi.”

La torche sembla se raviva quelque peu, comme de sa propre initiative, tandis qu’il soulevait ses cheveux pour lui passer le morceau d'étoffe au cou. Elle n'esquissa qu'un semblant de résistance.

"Cela ne prendra que quelques minutes. Tu vois, il suffit de bien serrer..."

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La nuit, dont la langueur ne craint plus le soleil,
L’enveloppant du bleu féerique de ses voiles,
Éteint jusqu’aux lueurs lointaines des étoiles,
Et le vin des pavots lui verse le sommeil.

Renée Vivien, Cendres et Poussières, 1902

________________________________


Il n’y avait plus personne. Et plus rien à voir. La boucle était bouclée. Dans un coin, Hémon se vidait lentement de son sang, mais ça ne l’empêchait pas d’être un peu fadasse, comme d’habitude. Il était mort comme il avait vécu.
Ils reviendraient les chercher plus tard. Tout le monde était un peu secoué, il fallait croire. Mais on leur trouverait une jolie tombe, et on penserait même à leur coller une obole sous la langue, pour Charon.

Tout était bien qui finissait bien, pas vrai ? Il était temps de s’éclipser. Hadès jeta un œil sur le couple de cadavres.  L'autre était à moitié affalé sur la gamine ; c’était un peu pitoyable.

Hadès le poussa du pied, et il roula sur le côté. Bon. Ce n’était pas beaucoup mieux. Il avait étalé de son sang insipide partout, cet empoté.
Tant pis.

Le seigneur des enfers adressa un dernier clin d’oeil à la petite. Il ne se reverraient probablement pas. Il ne disposait que d’un intérêt limité pour les morts, d’une manière ou d’une autre.

Alors, sans s’éterniser plus avant, Hadès disparut, sans même un petit chuintement, dans le silence épais de cette fin d’après-midi.

_____________________________

[J’ai genre, battu un record xD Voilà. Pardon. Je pense que ça valait le coup. Tu me dis si c’est parti dans “Le roman à l’eau de rose lambda” parce que ce serait malheureux. Mais je crois que ça va encore. ]
[Pour l’anecdote, j’ai genre perdu un temps monstrueux, demain je vais me donner des gifles. MAIS FLUTE CA VALAIT LE COUP AUSSI HAHAHA JE N’AI PAS DE REGRET.]



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MessageSujet: Re: "[...]qu'elle se rende compte alors / Que c'est peine perdue de vénérer le royaume d'Hadès." Sam 7 Mar 2015 - 0:33

Tout était gourd. Le froid pourtant se fit tiédeur entre les bras d'Hadès.
Antigone en tombant blessa une partie de l'humanité ; sa chute fut comme un coup de poignard porté aux entrailles d'une communauté qui ne s'en remettrait jamais.

On ne guérit pas d'une telle blessure. Elle cicatrisera en surface, il nous faudra apprendre à vivre avec et à faire semblant, au quotidien, de l'avoir oubliée et de ne pas y penser ; on ne peut pas éternellement se concentrer sur ses plaies, c'est vrai. Mais une marque demeurera visible à jamais à fleur de peau, et chaque faux mouvement il nous ressouviendra avec douleur de cette atteinte ancienne.

Tout avait été grand dans cette petite histoire, les noms ne mourraient pas. Antigone avait joué son rôle avec la force de conviction que donne la vedette. Hadès avait apporté ce qu'il manquait de hasard et d'indécis pour que jusqu'à la dernière seconde tout soit encore possible -sans que personne ne se fasse plus aucune illusion cependant. Les idées avaient été portées en bannière et éclaboussées du sang des morts que l'on regrette, ceux qui sont morts sans avoir jamais rien plaidé. Des innocents en somme, coupables de n'avoir rien fait pour mérité le trépas. La vie est trop courte d'absurdité pour que l'on se permette de ne pas prendre parti, Antigone vous crache-t-elle au visage.

Tout avait été petit dans cette grande histoire, le monde oublierait les visages. Hadès et Antigone entrelacés demeureraient à jamais des inconnus de l'Histoire. Ils ne se feraient jamais connaître dans ce qu'ils avaient de plus essentiel, mais le nécessaire de leurs personnes traverseraient les âges avec parfois un individu pour le comprendre. Les cheveux mouillés et la pauvre carcasse de cette indécente sylphide, l'allure juvénile et l'expression moqueuse de cet illustre pygmée, cela ne regardait qu'eux.

De même que l'étreinte bizarrement urgente d'un Hadès ayant recouvré toute sa morgue compassionnelle.

Antigone était déjà morte lorsqu'elle rendit son dernier souffle. Son petit corps tournait à vide et son regard était liquide. Elle voguait déjà entre deux mondes lorsque la mort passa un petit morceau de chiffon humide autour des cartilages de son cou gracile. Les doigts de l'Hadès lui effleurèrent la gorge dans un subtil mouvement quelque peu ambivalent. De l'affection, de l'indifférence, de la résignation, un léger regret, qui eut pu le dire.

Son souffle et ses dernières paroles furent ce qu'elle emporta avec elle vers le Styx. En un éclair fulgurant, les ciseaux de la Parque tranchèrent le fil et la lumière s'éteignit au profond de ses yeux pour la première fois. Pour la première fois, elle avait senti qu'elle était au bon endroit, entre les bras de la mort révélée.

Antigone aujourd'hui est poussière.
Vous fuyez encore Hadès par de dérisoires subterfuges.
L'un et l'autre vous rattraperont toujours.

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Credits to Hadès pour le deuxième♥
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"[...]qu'elle se rende compte alors / Que c'est peine perdue de vénérer le royaume d'Hadès."

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