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La vengeance d'Aphrodite [pv Hélène]

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MessageSujet: La vengeance d'Aphrodite [pv Hélène] Lun 10 Sep 2012 - 17:42

Edit Orphée : Thèbes, le palais




En entendant sa mère franchir les portes de leur petit palais céleste, Eros grimaça et tenta de s’envoler par une fenêtre.

- Tu sais bien que Mère a à te parler, émit une voix derrière lui.

Antéros, son frère plus grand et mûr bien qu’il eut été enfanté après lui, se tenait à quelques pas de lui. Il le fixait d’un air grave, l’air qu’il prenait lorsque ses élans de morale lui prenaient.

- Je n’ai pas envie de subir sa colère, laisse-moi, répliqua Eros en s’apprêtant à décoller.

La déesse de la beauté fit irruption dans la chambre et, apercevant son enfant en fuite, elle lui ordonna d’un geste de reposer pied à terre. Les charmes d’Aphrodite, d’ordinaire si envoutants, n’avaient qu’un effet modéré sur sa progéniture. Eros soupira et rejoignit sa mère, tandis qu’elle s’asseyait sur le lit dans une position gracieuse, étalant ses longues draperies autour d’elle.

- Je t’écoute, Eros. Quelle a été l’élue des dieux lors du vote de ce matin ?

- Hélène, répondit simplement le petit dieu.

- Evidemment ! La plus belle, la plus charmante… Hélène est la plus belle femme du monde connu, Eros. C’est la vérité. Mais la vérité est injuste ! Ce n’est même pas une vraie déesse !

- Puis-je disposer, Mère ? s’enquit Eros que le débat n’intéressait guère.

Aphrodite lui adressa un signe d’impatience, mais alors qu’il s’apprêtait à franchir une nouvelle fois la fenêtre, elle se ravisa et le rappela.

- Eros, dit-elle avec un sourire charmeur qui ne présageait rien de bon. Je veux que tu trouves Hélène. Je veux que tu la maudisses. Punis-la comme on m’a puni.

- Héphaïstos est laid mais il est attentionné et vif d’esprit, défendit Eros.

- Alors fais en sorte qu’Hélène connaisse un sort encore plus funeste que le mien ! Hâte-toi et je t’offrirai le présent que tu veux.  

Eros, frustré par les caprices de sa mère, fila dans les airs et se mit en direction de Spartes. Il avait pris soin d’emporter son arc et ses flèches, qu’il tenait dans son dos, et de se vêtir d’un pagne de tissu blanc. S’introduisant dans le palais spartiate, il chercha le couple souverain mais ne le trouva pas. N’ayant pas la patience d’en découvrir la raison, le jeune Dieu se posa simplement sur le sol et se présenta au premier domestique qu’il croisa.

- Où est la Reine ? demanda-t-il simplement.

L’employé écarquilla les yeux et bégaya des mots incompréhensibles.

- Par Zeus ! s’écria-t-il finalement.

- Oh non, ne me parlez pas de celui-là… Après tout, c’est bien sa faute si on en est là. S’il vous plait, dites-moi où est Hélène.

- Vous êtes si beau, mon enfant !

- Je suis beau mais je ne suis pas votre enfant. A présent répondez-moi où je vous fais tomber amoureux d’une chèvre !

- Hélène est à Thèbes, en voyage diplomatique. Puis-je…

L’homme avança doucement sa main vers le petit dieu.

- Me toucher ? Hors de question ! lança Eros en s’écartant.

Il s’échappa à nouveau par une fenêtre et mit le cap vers Thèbes. Cette mission commençait déjà à l’embêter, lui qui avait prévu d’aller observer les nymphes prendre leur bain.

Le jeune dieu arriva finalement dans la vaste cité de Thèbes, qu’il ne connaissait guère. Il ne lui fut pas difficile de trouver le palais royal, imposante et luxueuse bâtisse au centre de la ville. Manifestement peu accoutumé aux entrées ordinaires, Eros franchit de nouveau une fenêtre dans les hauteurs, ce qui le fit atterrir dans une chambre. Il entendit alors des pas doublés de voix confuses qui émanaient d’une pièce avoisinante, et se hâta de se coller au plafond.

Une femme pénétra dans la chambre. Elle avait de longs cheveux soyeux, l’allure digne et gracieuse, mais Eros ne la voyait que de dos, ainsi recroquevillé dans un coin du plafond. La dame conversait avec sa femme de chambre, exprimant sa mélancolie lorsqu’elle se trouvait loin de son pays. Elle évoqua également une sortie de protocole qui devait se dérouler le lendemain, durant laquelle elle et son mari parcourraient les rues de la ville dans une sorte de char, escortés par des gardes. Sa voix émanait quelque chose de spécial, comme une douce mélodie, pure et limpide.

Mais Eros, vivant auprès des dieux, était habitué à bien des charmes, et ce ne fut que lorsque la Reine, car c’était bien elle, se retourna, qu’il fut réellement subjugué par sa beauté. Il eut du mal à croire qu’elle vivait parmi les mortels. Un éclat divin émanait de sa personne, comme une aura. Une grande finesse dessinait ses traits et accompagnait ses gestes, une grâce douce et naturelle embrassait ses mouvements. Eros resta tétanisé pendant quelques secondes avant de se ressaisir, mais la splendeur d’Hélène continuait de le plonger dans la confusion. Il ne comprenait que trop bien la jalousie de sa mère.

Aussi rapide qu’un courant d’air, il s’enfuit de la chambre – par une fenêtre, bien entendu – et son départ ne fut perçut que comme une vive bourrasque, du moins pour les yeux des mortels. De retour dans la ville, ou plutôt au-dessus, Eros se mit en quête de l’élément premier de son plan d’action. Il chercha plusieurs heures, parcourant le ciel et les toits, lorsque ses ailes fatiguaient. Il finit par tomber sur un bonhomme assez répugnant, manifestement ivre. L’homme ne semblait pourtant pas pauvre ni démuni, il avait même l’air d’un riche marchand, le genre d’homme qui dilapide son argent en boisson et autres plaisirs plus ou moins classieux. Ce genre d’individu semblait posséder les pires vices de la nature humaine. Il beuglait en ce moment des paroles incohérentes – voire obscènes - en pleine rue, et personne n’osait le remettre à sa place.

Eros sourit de satisfaction alors qu’un plan subtil germait dans son esprit. La nuit tombée, il rejoignit l’homme dans une taverne, dissimulé sous une grand cape. Il s’assit en face de lui et sans attendre de réaction, il lui murmura :

- Tenez-vous près de la fontaine, demain, lors de la procession. La Reine désire s’entretenir avec vous. Surtout, soyez-là !

Sur ces dernières paroles, Eros quitta la taverne, laissant sa victime en pleine confusion. Fort heureusement, l’affreux marchand était bien au point de rendez-vous le lendemain matin. Le défilé, acclamé par la foule, se dirigeait vers la fontaine. Hélène, majestueuse dans sa robe brodée, saluait le peuple en retour en souriant vaguement. Ménélas, plus âgé qu’elle, attirait moins les regards mais il semblait tout aussi populaire.

Eros prit une flèche dorée de son carquois. Le char se rapprochait de la fontaine. Il banda son arc. Le char n’était plus qu’à quelques mètres. Le cœur battant, le petit dieu plissa les yeux. Le gros marchant se leva, attirant l’attention de la reine. Eros visa. Il visa juste. La flèche d’or fila dans les airs et se planta en plein dans le cœur d’Hélène, alors que ses yeux fixaient l’homme vicieux qui lui faisait face. Le plan avait marché. Pourtant, le jeune dieu de l’Amour peinait à éprouvait la satisfaction cruelle qui succédait d’ordinaire à ses entreprises. Peut-être avait-il commis une erreur.




Dernière édition par Eros le Ven 26 Juil 2013 - 10:54, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: La vengeance d'Aphrodite [pv Hélène] Mar 11 Sep 2012 - 22:21

    Un drôle de picotement. Voici ce que ressentit Hélène lorsqu'une flèche d'or invisible transperça son cœur. Cette sensation étrange la parcourut alors de la tête aux pieds, la faisant frissonner d'inquiétude. Et soudain, l'espace d'une seconde, peut être deux, elle oublia tout. Son identité, sa famille, son peuple. Tout. Et lorsqu'elle revint à elle, troublée, elle eût le sentiment que le monde marchait au ralenti, comme sous l'action d'une mécanique mal remontée. Tout lui semblait flou. Tout, sauf le visage disgracieux de ce vulgaire marchand Thébain qui se trouvait près de la fontaine. Hélène ouvrit alors de grands yeux et laissa sa main (qu'elle tenait en l'air et pivotait lentement pour saluer la foule jusqu'alors) tomber sur ses genoux.

    - Par Zeus, murmura t-elle, bouche-bée.

    Elle ne pouvait décrocher son regard de ce pitoyable individu qui la fascinait. Ses lèvres tremblaient légèrement. Ménélas, voyant que sa femme avait arrêté de saluer et semblait fixer quelque chose sans ciller, il lui demanda en lui prenant la main doucement :

    - Est ce que tout va bien, ma mie ?

    Il y avait une pointe d'inquiétude dans sa voix. Il suivit son regard et comprit qu'Hélène dévisageait ce marchand qui se trouvait près de la fontaine. Intrigué, il continua :

    - Vous connaissez cet homme ?

    Hélène restait muette. Elle continuait à observer l'homme, qui avait l'air perturbé d'être fixé ainsi par une si jolie dame. Il se demandait ce qu'elle pouvait bien lui vouloir. Ménélas, commençant à s'impatienter, passa sa main devant les yeux de sa femme puis lui prit le menton pour l'obliger à le regarder (il faisait cela avec une grande délicatesse : il ne pouvait pas se permettre de s'emporter en public). Hélène le dévisagea d'un regard vide, se mit à rougir outrageusement. Puis elle se leva et ordonna qu'on arrête le char. Aussitôt, elle descendit et s'avança vers l'objet de sa fascination. Ménélas ne comprenait rien. Il la suivit et lui dit :

    - Hélène, mais que faites vous donc ? Y a t-il un problème ?

    La jeune femme se retourna, puis elle dit simplement :

    - Je dois parler à cet homme

    Hélène s'approcha du marchand en repoussant ses longs cheveux derrière ses épaules, et lui lança un regard charmeur. L'homme en question était de plus en plus troublé. Lorsqu'elle fût tout près de lui, il s'inclina si bas qu'il faillit en perdre l'équilibre.

    - Ma Reine

    Elle lui fit signe de se relever, et s'approcha encore plus près de lui. Ménélas n'en croyait pas ses yeux. Décidément, cette femme l'étonnerait toujours !

    - Quel est ton nom, Thébain ? demanda t-elle.

    - Je m'appelle Anthilopos. Puis-je faire quelque chose pour vous, madame ?

    Hélène posa sa main sur l'épaule d'Anthilopos. Le marchand se souviendrait toujours de ce bref contact : la jeune femme dégageait quelque chose de tellement puissant, qu'elle en était presque effrayante. Mais à ce moment, c'était surtout Ménélas qui était effrayé. Qu'arrivait-il à Hélène ?

    Tu me plais, Anthilopos. Joins toi à nous ce soir pour le banquet, au palais. Je préviendrais les gardes de ta venue.


    Ménélas ne pouvait plus y croire. Il se sentait ridiculisé. A quoi jouait-donc cette petite écervelée ? Ah, il était loin de se douter, que sa femme, elle, ne jouait pas. Il n'avait même pas soupçonné qu'elle fût atteinte de quelque sortilège divin.

    Sur ces mots, Hélène fit demi-tour et remonta dans le char, faisant signe à Ménélas de la suivre. "Quel tempérament !" pensa t-il. Il était encore sous effet de choc.

    - Je pense que nous devrons avoir une petite discussion sérieuse, vous et moi, lorsque nous retournerons au palais.

    La jeune femme leva le menton, faisant mine d'être nullement impressionnée. Ils continuèrent les saluts jusqu'à leur retour au palais. C'était un somptueux bâtiment, bien qu'il ne soit pas aussi majestueux à leurs yeux que leur propre foyer, le palais de Sparte. A peine eurent ils pénétré dans leurs appartements que Ménélas commença à s’enflammer de colère. Sur le moment, il s'était simplement senti ridicule, mais il avait eu le temps de réfléchir au comportement de sa femme pendant le trajet dans le char et il était tout simplement outré.

    - C'est un véritable scandale ! Comment osez vous ?! Me ridiculiser ainsi, devant le peuple Thébain ! Vous êtes une sorcière, une véritable sorcière ! Choisir l'homme le plus laid et le plus vulgaire que vous puissiez trouver dans la populace, lui lancer de doux regards, et l'inviter ensuite dans ce palais qui n'est même pas le notre ! Cela vous amuse ?!


    Hélène soutenait son regard, impassible, sans mot dire.

    - Insolente ! Furie ! Peste sans cœur !

    Les injures se multipliaient, et Ménélas se laissait aller à son courroux. Sentant que les choses allaient sans doute mal tourner, Hélène se réfugia dans sa chambre et donna ordre aux esclaves de ne laisser entrer personne, et sous aucun prétexte. Elle ne pensait même pas à la colère de son mari. Elle ne pensait qu'à celui qu'elle reverrait ce soir, lors du banquet. Elle pétillait de joie à cette idée, se laissant aller à de longs monologues ridicules sur la beauté et l'aura que dégageait Anthilopos. Elle ne cessait de répéter son nom.
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MessageSujet: Re: La vengeance d'Aphrodite [pv Hélène] Lun 24 Sep 2012 - 23:02



Eros, allongé sur un toit, observait la scène avec un grand sourire narquois. Ce sourire qu’il tendait à la manière de son arc, comme s’il voulait s’emparer du masque de la cruauté, et ne pas laisser le regret s’insinuer en lui. Il gloussa d’un rire jaune, amer, alors que la divine reine de Spartes tombait tragiquement dans la toile de son piège. Il la vit s’approcher de l’homme répugnant qu’il lui avait choisi, il la vit s’adresser à lui avec un respect absurde mêlé de fascination. L’expression épouvantée de Ménélas ne lui échappa guère non plus. Personne ne comprenait plus rien. Ce qui commençait par une simple farce semblait déjà prendre des proportions dramatiques, tant le statut de la reine pouvait être affecté par ce qui se passait en ce moment.

Eros le comprit. Il le comprit un peu trop tard. Peut-être sa mère, elle, l’avait-elle compris dès le début. Et lui aussi ne devenait qu’un instrument, l’instrument inavoué de sa vengeance. Ainsi submergé par les évènements, Eros se surprit à avoir les larmes aux yeux. Il n’avait qu’une idée en tête, fuir. Partir loin, oublier cette reine et le malheur dans lequel il l’avait plongée. Il aurait tôt fait de l’éjecter de son souvenir, en batifolant avec des nymphes ou en se baignant avec des néréides, retrouvant l’insouciance frivole qui semblait lui échapper présentement, comme un filet d’eau qu’on essayerait désespérément de retenir entre ses doigts.

Après tout, elle n’était que demi-déesse, cette reine. Et peut-être que ce n’était pas si grave. Peut-être que le marchand n’était pas si odieux et qu’elle n’était pas si envoûtée. Foutaise ! Aucun argument ne suffisait à le rassurer. Il filait à présent dans les airs, les bras devant lui pour se donner de la vitesse, comme si celle-ci lui permettrait de fuir sa faute. Mais le remord ne quitta pas le petit dieu lorsqu’il eut atteint les nuages et que la cité de Thèbes disparut de sa vue. Il était toujours là, et Eros, d’ordinaire si joviale, se tordait les mains d’angoisse.

N’y tenant plus, il reprit son envol et fusa vers la cité qu’il venait de quitter. Le ciel lui-même aurait été malade de ses allers et venues incessantes. L’air déterminé, il fonça vers le palais et se posa sur le rebord d’une fenêtre, proche de celle qu’il avait franchi la première fois. Il se colla ensuite contre le mur d’à côté, afin d’écouter sans être vu.

« Je ne ferai rien » se disait-il en lui-même, « je veux juste voir comment les choses se passent ».
Une petite voix maligne, tout au fond de lui, répondait tout de même « alors pourquoi as-tu ton arc dans le dos ? »

Un homme rugissait et son cri résonnait dans les couloirs du palais. Eros frissonna d’effroi. Il reconnaissait la voix de Ménélas, mais il n’avait jamais entendu dire que l’homme puisse se mettre dans de telles fureurs ! Et c’était bien contre la reine qu’il en avait !

La pauvre Hélène semblait totalement déconnectée de la scène qui se déroulait sous ses yeux. Les hurlements de son époux glissaient sur elle comme une brise sur une voile de bateau, ne l’ébranlant pas le moins du monde. Néanmoins, on sentait que ce qui devait être une simple nuisance sonore pour elle la dérangeait, et elle finit par s’enfermer dans sa chambre en exigeant une solitude absolue. Eros, loin de suivre ses commandements, bondit jusqu’à la prochaine fenêtre, bouchant ses oreilles agressés par les vociférations grossières du roi de Spartes.

Hélène semblait réellement au bord de la folie. Elle faisait l’apologie de son nouvel amant sous mille et une formes plus ou moins poétiques, vantant des qualités inexistantes qui ne faisaient que confirmer l’aveuglement dont elle était victime. Pauvre Hélène ! Sa belle voix limpide comme une source de montagne était entachée par ces paroles vides de sens et de raison… Pourtant, son envoûtement n’enlevait rien à sa beauté. Eros fut si touché de la voir en tel état que de vraies larmes coulèrent cette fois sur ses joues puis sur la peau clair de son buste. Il se recroquevilla et se laissa tomber contre le long mur du palais, le visage dans les bras.

- Viens, dit soudain une voix qu’il connaissait.

- Laisse-moi Antéros, répliqua le petit dieu entre deux sanglots.

- Mère t’attend. Elle veut te féliciter.

Eros se laissa soulever comme une poupée de chiffon et suivit son frère dans les airs en direction de leur palais.


♠ ♠ ♠


- Félicitations mon fils. Tu peux me demander ce que tu veux.

Aphrodite, rayonnante malgré sa glaciale beauté, trônait sur un divan en se faisant servir une coupe de vin. Elle grimaça légèrement et fit également remplir une coupe à Eros.

- Je vois que l’émotion t’étreint. Tu es trop sensible. Bois.

Eros, inanimé, s’exécuta.

- Ne te laisse pas embobiner par le charme ravageur de cette bâtarde, dit-elle froidement. Tu as fait ce qu’il fallait.

- Moi aussi, je suis un bâtard.

- C’est différent ! C’est une hybride, une chimère ! Elle n’est rien comparée à toi ! A moi ! Bois.

Le liquide n’était pas bon. Mais il embrumait son esprit torturé et réchauffait son corps froid.

- Va, et penses à ta récompense. Tu l’as bien mérité. Viens m’embrasser.

Toujours sans réfléchir, Eros s’approcha de la déesse et lui déposa un baiser sur la joue. Sa peau était éclatante et douce comme la soie. Pourtant, le petit dieu ne put s’empêcher de ressentir un vague dégout, à l’idée de baiser cette femme dont la cruauté froide et calculée était bien loin de ses farces enfantines.

Le soir venu, Eros ne se coucha pas aux côté de son frère. En proie à une grande agitation, il quitta le petit palais familial sous les yeux d’Antéros, qui ne chercha même pas à le retenir, et se dirigea une nouvelle fois vers le palais de Thèbes.


♠ ♠ ♠


La soirée était déjà bien avancée, et le banquet bien entamé. Des dizaines et des dizaines de convives festoyaient, chantant, riant, dansant, bavardant, autour de la longue table garnie. Le couple royal dominait cette assemblée, accompagné des dirigeants de Thèbes, mais l’ambiance n’était pas des plus festive pour le roi de Spartes. Ménélas observait sa femme d’un œil mauvais tandis qu’elle batifolait ouvertement avec le répugnant marchand dont elle était « tombé » amoureuse. Les regards et les messe-basses leur étaient presque exclusivement réservés, et alors que le roi supportait de plus en plus mal cette humiliation, Hélène, elle, n’en était de toute évidence même pas consciente.

Eros, dissimulé derrière une colonne, regardait ce désolant spectacle la mine basse. Il ne savait pas quoi faire. Il ne DEVAIT rien faire. Il avait rempli sa part du contrat. Que faisait-il là, d’ailleurs, à attendre on ne sait quel dénouement heureux ? C’était aussi dans ses moments où son immense pouvoir devenait immense fardeau. Au bout de quelques heures, alors qu’Eros lui-même commençait à somnoler d’ennui, une scène monstrueuse l’ôta de sa torpeur.

Hélène, la belle et digne Hélène, approchait dangereusement son visage du gros marchand dégoulinant de vin. L’autre s’avança également. Leurs nez se touchaient presque. Ils fermèrent les yeux. Leurs bouches s’attirèrent l’une à l’autre…

Incapable de supporter un tel spectacle, Eros bondit dans les airs et surplomba le banquet. Il sortit une flèche de plomb de son carquois et visa sans réfléchir en plein dans le cœur obscurci d’Hélène. Tout s’était passé en un éclair. La catastrophe avait été évitée de peu.


Pourtant, ce n’était pas encore le temps du dénouement heureux et soulagé qu’Eros attendait. Afin de se racheter définitivement, il laissa la reine accuser le choc comme elle pouvait et se mit en quête du nouvel instrument de son plan, un plan bienfaisant et tout en beauté, comme il les aimait. Cette fois, ça marcherait. Hélène serait enchantée, et cela compenserait sa faute. Simple calcul ! Tout ragaillardi par ces perspectives encourageantes, Eros parcourait l’assemblée à la recherche d’un jeune homme séduisant, affûtant ses flèches à l’éclat doré.




Dernière édition par Eros le Ven 26 Juil 2013 - 10:58, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: La vengeance d'Aphrodite [pv Hélène] Sam 29 Sep 2012 - 12:10

    Un picotement, à nouveau. La reine de Sparte plissa les yeux, comme si elle avait du mal à distinguer la personne qui se trouvait en face d'elle. Lorsqu'elle découvrit les traits grossiers de cet affreux marchand, si près de son visage, elle eut un sursaut et ne put s’empêcher de faire un petit bond en arrière. Soudain, tout lui échappait : que faisait-elle aussi proche de cet homme vulgaire ? La simple vue de ce Thébain lui donnait la nausée. Elle ne se souvenait plus bien des évènements du jour, et ressentait à présent une haine profonde pour cet homme. Constatant son malaise, Anthilopos posa sa main sur celle d'Hélène.

    - Quelque chose ne va pas, ma Reine ? demanda t-il en s'approchant d'elle à nouveau.

    Surprise et scandalisée par ce comportement, Hélène le repoussa en fronçant les sourcils. Qui était donc cet homme pour se permettre de pareilles libertés ? La jeune femme ne s'était jamais sentie aussi confuse. Elle ne comprenait plus rien, et autour d'elle, tout lui semblait flou. Effrayée par ses perceptions vaseuses, et sentant des regards posés sur elle, elle essaya de se maîtriser. Elle avait besoin d'être seule. La reine se leva soudain et annonça d'une voix se voulant calme et assurée - qui néanmoins laissait paraitre un soupçon d'inquiétude, qu'elle avait mal à la tête et se retirait dans ses appartements. Ménélas ouvrit alors de grands yeux, et il suivit sa femme des yeux jusqu'à ce qu'elle soit sortie de la salle.

    Elle se dépêcha de rejoindre sa chambre, essayant tant bien que mal de remettre de l'ordre dans sa tête. Mais que lui était-il arrivé ? Elle se demanda si on avait pu lui servir une quelconque sorte de poison pendant le banquet.

    *Ressaisissez vous, ma fille, ressaisissez vous*
    se disait-elle, levant machinalement son index comme sa mère avait coutume de le faire lorsqu'elle était enfant.

    Elle s'assit et prit sa tête entre ses mains, et elle essaya de se concentrer pour se souvenir des évènements de la journée. Mais rien, rien ne voulait lui revenir, et la seule image qu'elle voyait lorsqu'elle fermait les yeux lui glaçait le sang : le visage, si proche, si laid, de ce marchand vulgaire.

    Désespérée, Hélène décida de se coucher. La nuit lui apporterait peut être la réponse à ses nombreuses questions. Mais à l'instant même ou elle allait fermer les yeux, son mari fit son entrée dans la chambre. Il était rouge de colère, et avait un regard étrange. La reine songea alors qu'il avait du boire un peu trop. Elle se redressa et lui demanda :

    -Tout va bien ?

    Ménélas était scandalisé : c'en était trop. Il s'exclama :

    - Comment ? Vous passez votre journée à me ridiculiser devant le peuple Thébain en flirtant avec cet idiot, et vous osez me demander si tout va bien ?


    Puis il s'approcha d'elle et la prit au col, l'air menaçant :

    - Je ne me suis jamais senti aussi humilié de toute ma vie, ajouta t-il en la fixant d'un regard noir.

    Hélène tremblait de tout son corps. "Flirter avec un idiot ?" L'humilier ? Non, cela ne lui disait rien. Elle lui répondit alors d'une petite voix :

    - Ménélas je... Je ne me souviens plus de rien. Je ne sais pas ce qu'il m'arrive. Mais je n'ai jamais désiré vous humilier...


    Ménélas, ne pouvant se contrôler, gifla Hélène, puis il recula d'un pas et s'écria :

    - Je le ferai exécuter, votre Anthilopos.


    Et il sortit de la pièce, plus énervé que jamais. Au son du prénom d'Anthilopos, Hélène eût soudain quelques souvenirs des évènements, et elle fût de nouveau prise de nausées. Elle passa une nuit cauchemardesque, mais cependant, elle aurait voulu que le matin ne vienne jamais, car elle craignait les représailles de son époux.

    Le lendemain, elle essaya de se faire toute petite. Elle ne se fit pas remarquer - même si ce n'était pas aisé pour une reine, et elle chercha par tous les moyens à être seule. Assise dans le jardin, elle remarqua la présence d'un homme. Il jouait de la lyre et chantait d'une voix ravissante. Tandis qu'elle le regardait vaguement, elle fût saisie par de nouveau picotements. Et lorsque l'image redevint nette, elle se leva et marcha vers cet homme comme un automate. Arrivée près de lui, elle s'assit et le fixa avec passion. Le musicien semblait à la fois mal à l'aise, et subjugué par la beauté d'Hélène.

    - Je suis Hélène, reine de Sparte, dit elle en guise d'introduction.

    - Je sais.
    répondit le musicien en posant sa lyre et en s'inclinant légèrement. Permettez moi de me présenter, mon nom est Glipanlmene et je suis musicien au palais

    Ah ! Pauvre Hélène ! Manipulée à nouveau comme une simple marionnette...
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MessageSujet: Re: La vengeance d'Aphrodite [pv Hélène] Lun 22 Oct 2012 - 17:14



Eros avait le coeur déchiré. Il ne supportait plus d'entendre ce roi arrogant s'acharna sur la belle Hélène. Il criait, hurlait, vociférait ses insultes sans relâche, semblant marteler le coeur de son épouse à chaque parole. Quel homme faible et mauvais ! Ignorait-il à qui il s'adressait ainsi ? Oh mais en vérité, ce n'était pas à Ménélas qu'Eros en voulait réellement. Non. C'était à lui. Il était à nouveau dévoré par la culpabilité.

Ce sentiment le dérangeait. Il n'y était pas accoutumé. Le petit dieu ne se souciait guère du sort de ses victimes d'ordinaire, et à vrai dire il n'avait que peu conscience des conséquences que ses actes insouciants pouvaient provoquer. Mais à présent... A présent qu'il entendait les rugissements de cet homme à l'encontre de son inocente victime, à présent que tout le poids de sa faute alourdissait ses frêles épaules, à présent il pleurait de rage et d'amertume.

Il se félicita intérieurement d'avoir fait en sorte d'arranger cette situation dramatique, comme pour se réconforter. Se réconcilier avec lui-même. Le lendemain, tout serait arrangé.


♠  ♠  ♠


Cette nuit-là, Eros ne retourna pas dans son petit palais céleste. Il demeura auprès de la jeune reine, veillant sur son sommeil agité jusqu'à l'aube. Le matin, Hélène était pâle, les traits tirés, une immédiate sensation de crainte dissimulée mais perceptible tout de même, sur son visage. Malgré tout, sa beauté et sa grâce naturelles étaient intactes. Dès les premiers rayons du Soleil, Eros s'était à nouveau extirpé par la fenêtre et avait observé la jeune femme en secret.

Il chercha ensuite des yeux le beau garçon qu'il avait déniché la veille. Celui qui réparerait sa faute. C'était un jeune homme à la stature droite et sculpté, doux et bon, le coeur pur. Un musicien. Il serait parfait pour Hélène, qui ne connaissait pas la compagnie d'hommes dignes d'elle. Il n'était guère riche ou important, mais la reine n'avait cure de ces atouts.

Elle avait l'air si seule, ainsi abandonnée à sa solitude et à sa honte. Elle avait l'air perdue.

- Tout ira bientôt mieux, ne cessait de se répéter Eros. Tout ira mieux.

Il était intimement persuadé que la jeune femme serait toute heureuse de tomber sous le charme d'un homme tel que ce musicien. Encore une fois, sa naïveté juvénile ne lui permettait pas de concevoir quelles terribles conséquences une telle liaison pourrait avoir. Il oubliait qu'Hélène, au-delà d'être une femme, était aussi une reine.

Alors qu'Hélène se trouvait, comme Eros l'avait prévu, dans le jardin, le petit dieu attendit qu'elle pose son regard sur le jeune musicien occupé à chanter une mélopée, accompagné d'une lyre. Caché dans un arbre, il bandait son arc, tirant sur la flêche dorée qu'il pointait déjà sur le coeur de la jeune femme. Dès l'instant où les yeux clairs d'Hélène se plongèrent dans le regard de velours du jeune homme, Eros tira.

Un voile passa devant le visage de la reine de Sparte alors que le délicieux poison de la flêche d'or imprégnait son être entier. Les deux individus, irrésistiblement attirés, se rapprochèrent et se présentèrent. Eros les trouvait déjà beaux.

Ils batifolèrent gaiement dans les élégantes allées du jardin jusqu'au soir. Ni l'un ni l'autre n'eut envie de manger, de dormir ou autre besoin essentiel. Ils se nourrissaient de leur amour mutuel. Cette petite idylle ne devait pas durer. Une domestique fouineuse, intrigué par les éclats de rire des deux amants, eut tôt fait de les découvrir au détour d'un buisson, tous deux allongés dans l'herbe, tendres et joyeux. Plaquant sa main contre sa bouche, la domestique tourna les talons et avant qu'Eros eut le temps de comprendre ce qu'il se passait, elle filait vers le palais à toutes jambes.

Sa félicité fit alors place à une angoisse terrible qui assaillit son coeur. Il était encore plus terrifié que lors du banquet. Encore plus désespéré que lorsque Ménélas avait hurlé sur Hélène. Il sentait que cette fois était une fois de trop. Ménélas ne se contenterait pas de hurler.
Hélène, étourdie par l'enchantement qu'elle subissait, était imperméable au drame qui s'apprêtait à lui tomber dessus. En vérité, pour la première fois sûrement, Eros était le seul qui prenait pleinement conscience de ce qui survenait en ce moment.

Ménélas sortit bientôt du palais, une expression crispée tordant les traits de son visage durci. Il était accompagné de deux gardes. Le coeur d'Eros s'emballa.
Le roi de Spartes arriva jusqu'à la cachette improvisée des deux jeunes gens, guidée par la domestique comère qui les avait dénoncés. A la vision de leurs dous ébats, le regard de Ménélas se teinta de rouge et une veine palpita à son cou. Il vibrait de colère.

- Hélène !!! rugit-il.

La pauve femme repoussa vivement son compagnon, agitée d'un violent sursaut.

Son teint de nacre s'empourpra sous sa gêne. Eros, toujours dissimulé dans l'arbre, observait la scène, fou d'impuissance.

- Ne dis rien !! rugit le roi. Je ne veux plus t'entendre !!!

Ses cris envahissaient le jardin entier. Eros avait bien envie de le tuer. Mais les dieux ne le permettraient pas. Pas un roi. Pas lui. Ménélas fixait sa femme sans ciller, dévoré par la rage. Hélène, les yeux embués de larme, soutenait son regard, totalement désorientée. Ménélas finit par lancer sur un ton glacial :

- Saisissez-les.

Les gardes empoignèrent les deux jeunes gens qui se débattirent sans succès. Ménélas s'approcha de sa femme, la mâchoire serrée.

- Je ne vous laisserai pas m'humilier de la sorte, siffla-t-il entre ses dents. Mettez l'homme aux cachots. Il sera exécuté à l'aube. Enfermez ma femme dans sa chambre en attendant que je trouve un châtiment digne de sa traitrise.

Le roi ignora les appels à la clémence d'Hélène et repartit en direction du palais de Sparte. Eros resta seul au creux des branches, tandis qu'Hélène et son récent amour se faisaient entrainés par les gardes royaux, sous les yeux choqués des gens de la cour qui assistaient à la scène. Le petit dieu pleura beaucoup, cette fois. La situation lui échappait complètement. Il ne savait plus comment s'en sortir.

Très rarement, Eros décidait d'abandonner son orgueil. Lorsque les évènements devenaient trop dramatiques pour permettre de telles futilités, il se résignait à laisser de côté sa fierté légendaire. Cette situation faisait partie de ce cas de figure.

Il quitta son arbre plusieurs heures plus tard, car ne croyez-pas que c'était une décision facile pour l'enfant vaniteux qu'était le Dieu de l'Amour. Volant avec détermination jusqu'à la fenêtre d'Hélène, il se posa sur le bord et alors qu'il s'apprêtait à confesser à la jeune reine toute son entreprise, il vit que la fenêtre avait été condamnée et qu'elle ne pouvait s'ouvrir. Il ne put qu'apercevoir la silhouette fine d'Hélène allongée sur son grand lit princier, son corps frêle secoué de sanglots.


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La vengeance d'Aphrodite [pv Hélène]

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